CHAPITRE XXAT
Comment le duc Jean de Bourgogne eut, de par le roi , le
gouvernement de Picardie; de l'ambassade d’Angleterre, et
de l’état de Clignet de Brabant, chevalier.
Au commencement de cet an, le duc de Bourgogne, par l’octroi du roi, des ducs d’Orléans et de Berri et de tout le conseil royal, reçut le gouvernement des pays de Picardie. Si envoya de par lui sur les frontières de Boulenois messire Guillaume de Vienne, chevalier, seigneur de Saint-George, atout six cents bassinets, et moult de Genevois arbalétriers, lesquels furent mis en garnison sur les dites frontières, et y firent forte guerre aux Anglois , mais pourtant ne demeura point que le pays ne fût souvent couru et dégàlé tant des dits Anglois comme de ceux des dites frontières. Auquel temps retournèrent à Paris devers le roi et son grand-conseil les ambassadeurs du roi d’Angleterre : c’est à savoir le comte de Pennebroch, l’évèque de Saint-David et aucuns autres, qui firent requêtes bien acertes que trêves fussent baillées entre les deux rois et leurs pays, et que marchandise pùt être faite et avoir son cours, et aussi que le roi de France voulsît donner et octroyer sa fille aînée, Isabelle, jadis femme au roi Richard, au fils aîné du dit roi Henri d’Angleterre en mariage, sous telle condition qu’icelui roi d’Angleterre, prestement ledit mariage consommé, meltroit le dit royaume en la main de son fils et l’en revêtiroit L
’ On trouve dans Rymer l’acte qui autorise Henri, évêque de Winchester, Thomas, seigneur de Camoys, .Tean de Norhury, écuyer, et .le.in Caleryg, trésorier de l’église de I. incoin, à se rendre auprès de Charles VI pour traiter de la paix. Un autre ace, dalé du 22 mai de la même année, autorise révê(pie de Winchester à négocier le mariage de Henri, prince de Calles, duc de Cornouailles et comte de Chester, fils aîné d’Henri IV,
Lesquelles requêtes ouïes et entendues par le dit conseil royal, furent par aucuns jours mises avant et débattues par diverses opinions; mais enfin, pour les fraudes que par avant on avoit vu en iceux Anglois, rien des dites besognes ne leur fut accordé ; et aussi le duc d’Orléans contendoit avoir icelle fille de France en alliance pour Charles, son premier fils, comme depuis il eut.
Si s’en retournèrent les dits ambassadeurs en Angleterre, tout déplaisants de ce que rien n’avoient pu besogner, et tantôt après fut la guerre moult enfélonie entre les François et les Anglois; et mêmement messire Clignet de Brabant, chevalier de l’iiôtel du duc d’Orléans, qui nouvellement avoit reçu l’office d’amiral de France au lieu et du consentement de messire Régnaut de Trie L qui s’en éloit démis moyennant une grand’ somme d’argent qu’il en avoit reçue pour les pourchas et sollicitude du dit duc d’Orléans, s’en alla à Harfleur atout six cents hommes d’armes aux dépens du roi , auquel lieu il trouva douze gallées toutes prêtes pour entrer en mer et mener guerre aux dits Anglois , et avec ce pour prendre la possession de son dit office; mais quand il dut entrer dedans, lui fut défendu de par le roi qu’il n’allàt plus avant. Si s’en retourna à Paris, et brief ensuivant, par le moyen du dit duc d’Orléans, épousa la comtesse de Blois, douagière, jadis veuve de Guy, comte de Blois , laquelle étoit sœur au comte de Namur, auquel moult déplut du dit mariage; et pour tant qu’un sien frère, non légitime, avoit consenti de traiter icelui mariage, le fit depuis prendre par ses gens et décoler, et par ainsi fit son sang satisfaction à sa volonté.
Durant lequel temps le duede Berri, qui étoit capitaine de Paris, traila tant avec le roi et son conseil que les Parisiens eurent congé d’eux garnir d’armureset d’autres habillements de guerre, pour eux garder et défendre si besoin étoit ; et, qui plus est, leur furent rendues
avec une des filles (cum aliquâ de filiabus) du roi de France; mais il n’est nulle part fait mention que son père lui cédera le trône d’Angleterre.
’ Pierre de Brabant, dit Clignet, fut fait maréchal de France par la résignation de Begnaut de Trie et par lettres-patentes du Ur avril liOS. [f^oy, l’Histoire da Chastillon, 1. 4, ch. C, § 130.)
[jvrf: premier.
la plus grand’ partie des dites armures qui étoicnt au Palais et au Louvre dès le temps des maillets de Paris.