CHAPITRE CCLXXI
Comment, après la rendition dessus dite, plusieurs villes et
forteresses se rendirent à icelui roi d’Aiigleierre, auxquelles commit gens de par lui.
Après la rendition du marché de Meaux, furent mises en obéissance du roi Henri plusieurs bonnes villes et forteresses , tant en la comté de Valois comme ès pays à l’environ , par le moyen du seigneur d’Offemont, dessous lequel elles étoient obéissants. Entre lesquelles y furent mises les villes de Crespy en Valois , le châtel de Pierrepont, Merlan, Offemont et aucuns autres. Toutefois demeurèrent au dit seigneur d’Offemont ses villes et forteresses; et avec ce fut mis à pleine délivrance de son corps, par condition qu’il jura la paix finale dernièrement faite à Troyes entre les rois de France et d’Angleterre. Et, pour ce entretenir, bailla pleiges sufiisants, c’est à savoir l'évêque de Noyon et le seigneur de Chauny, lesquels pour sûreté ils obligèrent corps et biens. Et d’autre côté, rendirent les prisonniers qui avoient été pris dedans Meaux, comme dit est dessus, plusieurs forteresses en l’obéissance des deux rois dessus dits.
En après, quand les capitaines tenant la partie du dauphin ès marches de Beauvoisis virent et ouïrent dire comment ce roi Henri, leur adversaire, prenoit vigoureusement et prudentement les villes, cités et forteresses de ce royaume qui étoient imprenables, eurent si grand doute que bref ensuivant, par cette cremeur, envoyèrent devers le dit roi leurs ambassadeurs pour traiter avec lui qu’ils se pussent départir sauvement en dedans certain jour, au cas que le dauphin ne les secourroit au jour dessus dit, lequel ils lui feroient savoir. Entre lesquels traita le seigneur de Gamache pour la ville de Compïègne, dont il étoit capitaine, et aussi pour les forteresses de Remy, de Gournai-sur-Aronde , de Mortemer, de Neufville en Hez , de Tressonsac et d’aucunes autres au pays dessus dit; et bailla ôtage de les rendre le dix-huitième jour du mois de juin ensuivant
ès mains des rois de France et d’Angleterre , ou de leurs commis et députés.
Et en cas pareil traitèrent messire Louis de Thiembronne pour la ville de Gamache, moyennant qu’ils s’en iroient où bon leur sembleroit, sous bon sauf-conduit du dit roi Henri , atout leurs biens, et la dite ville et les habitants demeureroient paisibles, en faisant le serment de la paix finale. Et avec ce , fut rendue , par le pourchasde Pierron de Luppel, en l’obéissance des deux rois la forteresse de Montagu , qui tenoit grands pays en sa subjection par sa force, et avoit fait de grands dommages aux villes de Rheims et de Laon, et ès pays à l’environ. Et d’autre partie , ceux qui tenoient le châtel de Moy vers Laonnois, sachant les renditions des villes et forteresses dessus dites , doutant que messire Jean de Luxembourg et les Anglois ne les allassent assiéger soudainement, boutèrent le feu dedans le dit châtel et s’en allèrent à Guise : et pareillement ardirent et désolèrent les châteaux de Mouleront et de Bussy.