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CHAPITRE CCLXXII

Comment la reine d’Angleterre retourna en France grandement accompagnée; et des états qui furent tenus dedans Paris, et autres matières.

Le vingt-et-unième jour de mai de cet an mil quatre cent et vingt-deux, Catherine, reine d’Angleterre , qui long temps par avant étoit purifiée de son premier fils, nommé Henri comme son père, arriva au port de Harfleur en noble appareil et grand’ compagnie de navires pleins d’hommes d’armes et d’archers , desquels le duc de Bedfort , frère du roi Henri , étoit chef. Et après qu’ils eurent pris terre , allèrent à Rouen et de là au bois de Vincennes devers le roi. Et chevauchoit la reine Catherine en état royal , toujours le dit duc avec elle, à très grand’ puissance de gens d’armes. Auquel lieu alla de Meaux à l’encontre d’elle le dit roi Henri, son seigneur et mari, avec ses princes, duquel elle fut reçue joyeusement comme l’ange de Dieu ; et des roi et reine de France fut faite toute liesse au dit lieu du bois de Vincennes pour la venue de leur beau-fils et de leur fille la reine. Et le trentième jour de mai , prévigile de la Pentecôte, les dits rois de France et d’Angleterre et les reines leurs fem-

mes partirent du dit bois de Vincennes et entrèrent à Paris en moult noble état, et se logea le roi de France et ta reine en son hôtel de Saint-Pol, et le roi d’Angleterre et sa compagne la reine ftirent logés au chûtel du Louvre , èsquels lieux célébrèrent chacun des dits rois en droit soi réalement en leurs logis la solennité de la Pentecôte, qui lors étoit. Et à ce dit jour furent ensemble le dit roi d’Angleterre et sa femme tant glorieusement comme pompeusement à leur table à dîner, et couronnés de leurs précieux diadèmes. Là sirent aussi, en la salle où étoicnt le roi et la reine à table , où étoient gentement appointés les ducs et princes, gens d’église , gonfanoniers et chevaliers de la gente angloise, chacun comme à son état appartenoit, et furent remplis de diverses viandes et de boires précieux. Et tinrent à ce dit jour les dits roi et reine noble cour et large, et tous les Anglois qui étoient là venus à cette fête. Et là le peuple de Paris en grand nombre allèrent au dit châtel du Louvre pour voir les dits roi et reine d’Angleterre séants ensemble en portant couronne; mais le dit peuple, sans être administré de boire ni de manger par nuis des maîtres-d’hôtelsde léans, se partirent contre leur coutume, dont ils murmurèrent ensemble; car, au temps passé, quand ils alloient en si haute solennité à la cour de leur seigneur le roi de France, étoient administrés des gouverneurs de boire et manger à sa cour, qui étoit à tous ouverte ; et là ceux qui se vouloient seoir étoient servis très largement par les serviteurs du roi des vins et viandes d’icelui. Mais alors le roi Charles, qui tout le temps de sa vie avoit été , comme ses prédécesseurs , large et courtois , se séoit en son hôtel à Saint-Pol, avec lui la reine sa compagne, assez seuls, et, ainsi que tous, mis arrière et en oubli des grands seigneurs de son royaume et aussi des autres. Et pour ce temps étî)it issue et éloignée toute la puissance du dit royaume d’icelui roi Charles, et entrée ou arrêtée en son beau-fils le roi Henri. Et pour lors le dessus dit roi ne gouvernoit pas son dit royaume; mais étoit gouverné et mis comme au néant au regard de la noble et grand’ puissance qu’il avoit eue autrefois durant son règne. Pour lesquelles choses plusieurs loyaux François avoient au cœur grand’ tristesse et

non pas sans cause. Esquelles jours icelui roi Henri, étant au dit lieu de Paris , fit en icelle ville cueillir la taille des marcs d’argent dont dessus est faite mention, pour forger la nouvelle monnoie, ainsi et par la manière qu’on l’avoit déjà cueillie ailleurs. Si s’en émurent plusieurs rumeurs ; mais finablement, pour la doute et cremeur du dit roi Henri , les Parisiens n’osèrent montrer semblant de désobéissance ni rébellion aucunement.

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