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CHAPITRE VI

Comment les François éclielèrcnl cl prirent la forteresse de Dommarl en l’onlhieu; et plusieurs autres matières.

Le vingtième jour de mars de ce présent an, les François échelèrent et prirent la forteresse de Dommart en Poiithieu, dedans laquelle étoit Le Borgne de Fosseux, chevalier, et .Jacques de Craon, son beau-fils, lesquels se sauvèrent à petite compagnie secrètement par une poterne quand ils ouïrent l’effroi. Et messire Simon de Boulenviller, Jean de Douceurie et plusieurs autres étant au dit cliàtel furent détenus pri- 8onn ers avec la femme du dit de Fosseux. Et généralement tous lesbiens d’icelui furent pris, ravis et butinés ; desquels biens y avoit grande abondance, tant de la dite vdle de Dommart comme du pays. Et bref ensuivant, le seigneur du Crotoy atout trois ou quatre cents combattants s’en alla loger en une forteresse appartenant à l’évèque d’Amiens, nommée Periiois, séant à une lieue auprès du dit Dommart, pour là tenir frontière et garder le dit pays contre les dits François. Et après aucuns jours ensuivant , fut un traité fait avec iceux François , par condition qu’ils reiidroient la dite forteresse et s’en retourneroient au Crotoy atout leur gagnage ; et étoit le chef d’iceux un nommé Dandonnet.

En cette saison, le duc de Glocestre eut en mariage la duchesse Jacqueline de Bavière , comtesse de Ilainaut et de Hollande laquelle

long temps par avant, comme dit est dessus , étoit allée en Angleterre, nonobstant que la dite Jacqueline avoit épousé le duc Jean de Brabant, qui pour lors éloit encore vivant; pour lequel mariage moult de gens furent grandement émerveillés.

En l’an dessus dit, alla le roi d’Aragon en Italie, à la requête de la reine Jeanne, femme à Jacques de Bourbon, laquelle avoil élu pour son hoir et héritier le dit roi d’Aragon; et lui venu au dit pays, déchassa le duc d’Anjou, qui SC nommoil roi de Sicile, et tous ses gens; et après attrahit vers lui et à son accord tous les capitaines de la dite reine, c’est à savoir Forte, Brace, Tartaille et aucuns autres anciens et des plus principaux de toute Italie. Lesquels, bref ensuivant, tous d’un commun accord, iceux et le dit roi d’Aragon firent tenir prisonnière la dite reine Jeanne ; et par ainsi fut punie de telle punition qu’elle avoit puni son seigneur et mari Jacques de Bourbon. Et demeura le dit roi d’Aragon seigneur et maître de la plus grand’ partie d’Italie, certaine espace de temps. El le pape même s’accorda à lui et y envoya le cardinal de Saint-Ange pour faire ledit accord. Lequel cardinal, en faisant son voyage, si comme il entroit par une planchette en une forteresse , chut du haut en bas ès fossés, et se blessa tellement que bref ensuivant il mourut.

Au temps dessus dit, vinrent les nouvelles ès marches de France des hérèses et rebelles contre la foi chrétienne étant à Prague et ès marches de là environ ; lesquels se metloient en peine de acquérir cl mettre en subjeclion châteaux et forteresses sur les chrétiens. Et éloienl iceux hérèses en plus grand’ erreur et plus puissants que par avant n’avoienl été ; et tant que l’empereur ne pouvoit résister contre eux, et s’en retourna en son pays de Hongrie sans eux rien méfaire.

En l’an dessus dit, les gens de messire Jacques de Harcourt firent secrètement plusieurs courses ès pays de Vimeu, de Ponlhieu, d’Artois et des marches à l’environ ; et mèmement prirent cl emmenèrent plusieurs charrues aux censiers du mont Saint-Eloi emprès Arras. Si les menèrent vendre et butiner dedans la ville du Crotoy : pour lesquelles courses les riches laboureurs du pays n’osoient coucher en leurs

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lieux et hôtels ni faire labeurs. Et d’autre part , les François qui se tenoient eu la comté de Guise alloient et venoient souvent au dit Crotoy et Rue , par quoi le pays étoit alors moult travaillé, tant d’une partie comme d’autre, et n’étoit justice en rien obéie.

En cet an furent les bourgeois et communauté de Tournai en grand’ dissension l’un contre l’autre, et s’assemblèrent en armes atout les bannières de leurs métiers par manière de commotion , c’est à savoir les grands contre les petits, et reçurent le seigneur de Moy, qui tenoit le parti du roi Charles ; et leur bourgeoisie et plusieurs hommes de petit état firent leurs capitaines, en doutant les prévôts, jurés et autres gouverneurs. Et toujours la plus grand’ partie d’iceux soutenoient la partie du dit roi Charles. Toutefois ils se apaisèrent pour icelle fois sans coup férir ; et depuis par plusieurs fois se mirent en armes en faisan, pareilles mutations à celle dessus dite.

Auquel an aussi s’assemblèrent en Normandie deux mille et cinq cents Anglois, sous la conduite du seigneur de La Pôle, de Thomas Burry et aucuns autres chefs de guerre, lesquels se mirent à chemin et passèrent le pays du Maine ; et de là, en dégâtant pays , allèrent jusque devant Angers , où ils firent de grands dommages et prirent au dit pays grand nombre de prisonniers , bétails et autres biens , atout lesquels ils s’en retournèrent loger par plusieurs journées à une grosse ville nommée Buisignes-de-Ia-Gravelle.

Durant lequel temps, Jean, comte d’Aumale, qui par ceux du pays savoit cette chevauchée, et avecque lui le baron de Colonges, seigneur de Fontaine, du pays d’Anjou, et messire Pierre Le Porc, firent grand amas de gens d’armes et de communes, et les attendirent assez près d’illec au dit lieu de Gravelle en très bonne ordonnance. Et lors que les Anglois les aperçurent , descendirent tous à pied et mirent tout leur bagage arrière d’eux. Si les assaillirent les François très vigoureusement et de grand courage ; et en étoit la plus grand’ partie à cheval ; et les Anglois se défendirent assez vaillamment. Et y eut un très dur estour ; mais finablement iceux Anglois furent tous déconfits, et en demeura lors sur la place douze cents largement. Et y fut pris le seigneur de

La Pôle, et avecque lui bien trente gentilshommes ; et des communes de la partie françoise moururent six vingts personnes sur tout,

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