‹ ChroniquesChapitre 29 sur 562 · CHAPITRE XXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIIL

Comment le duc d’Orléans alla à puissance de gens d’armes,

de par le roi, en la duché d’Aquitaine, et assiégea Blaye et

Bourg.

Item, en cet an, Louis, duc d’Orléans, par l’ordonnance du roi son frère se départit de Paris pour aller en la duché d’Aquitaine faire guerre aux Anglois, et emmena très grand nombre de gens d’armes et d’archers avec lui , jusqu’à six mille combattants; et si se mirent avec lui messire Charles d’Albreth, connétable de France , le marquis du Pont , fils au duc de Bar, le comte de Clermont, Montagu, grand maître d’hôtel , et plusieurs autres grands seigneurs, qui tous ensemble s’en allèrent mettre siège devant la ville de Blaye , et très fort la travaillèrent de leurs engins, et tant qu’en assez bref temps la dame d’icelle ville fit traiter avec icelui duc par telle condition qu’elle lui rendroil, au cas que la ville de Bourg, laquelle le dit duc avoit conclue d’assiéger, se soumettroit à lui : et si promit aussi que durant le siège de Bourg elle feroit délivrer par ses sujets vivres aux François, pour juste prix. Lequel traité conclu , icelui duc d’Orléans s’en alla assiéger la dite ville de Bourg, qui étoit très

’ Le moine de Saint-Denis raconte avec beaucoup de détails tout ce qui se rapporie à ces querelles ecclésiastiques. Il parle aussi, à la même année 1407, du grand mécontentement produit en France par la conduite du prince et des grands, qui d’autorité faisoient prendre par leurs valets, chez les marchands et laboureurs, non pas ce qu’il leur falloit pour la dépense de leur maison à certains jours, mais de quoi faire des magasins. Ils envoyoient, dit-il, jusque dans les fermes et les granges, pour défendre, sous de fortes amendes, qu’on n’en vendit rien qu’ils n’eussent choisi ce qui leur convenoit; et quand on se présentoit à leur hôtel pour demander une foible partie de cette dette, ils vous faisoient jeter dehors sans rien donner. Le conseil du roi, craignant l’effet de ces actes de tyrannie, fit faire défense de rien prendre sans payer; mais, ajoute le moine indépendant, ce qui surprit tout le monde, c’est qu’on eût inséré dans l’ordonnance qu’elle étoit faite à l’instance de la reine et du duc d’Orléans, qui étoient ceux dont les déprédations étoient les plus tyranniques.

i.IVRE PREMIER.

Ll40bj

fort garnie de grand nombre de gens d’armes anglois et gascons. Si furent dressés plusieurs engins contre les portes et murailles par les François , qui fort les dommagèrent : mais ce nonobstant, les dits assiégés se défendirent vigoureusement. Durant lequel siège le dit messire Clignet de Brabant , amiral de France , se mit sur la mer atout vingt et deux nefs pleines de gens d’armes pour résister contre les navires du roi d’Angleterre, qui à grand’ puissance pareillement étoit sur la mer; et se rencontrètrèrent l’un contre l’autre très durement, tant qu’il y eut de chacune partie plusieurs morts et navrés ; mais sans qu’il y eût nulles des dites parties outrées, se départirent l’un de l’autre. Mais les François y perdirent une de leurs nefs, en laquelle étoient Lionnelt de Bracquemont , Amé de Saint-Martin et plusieurs autres, qui étoient au dit duc d’Orléans ; lesquels furent menés par les Anglois à Bordeaux ; et les dits François, c’est à savoir messire Clignet, amiral, messire Guillaume de Villannes, capitaine de la Rochelle , messire Charles de Savoisy et les autres retournèrent vers Bourg, et racontèrent à icelui duc l’aventure qu’ils avoient eue sur mer : lequel duc , après qu’il eut été environ trois mois au dit siège, voyant la force d’icelle ville, et aussi la mésaisc et mortalité qui étoit en son ost, prit conclusion avec ses capitaines et s’en retourna à Paris, donnant congé à ses gens d’armes. Pour lequel retour le peuple de France et aussi aucuns nobles murmurèrent fort contre lui, pour tant qu’à l’instance d’icelle armée on avoit par tout le royaume levé une grand’ taille.

Page 1