CHAPITRE XV
Comment deux maîtres en arts furent envoyés en la cité do
Tournai pour admonester et entretenir le peuple en l’amour du roi Charles; et autres matières.
TM l’an dessus dit , vinrent en la ville de Tournai doux maîtres en arts , illec envoyés par le roi Charles, pour admonestrer les bourgeois et le commun qu'ils se voulsissent entretenir toujours en leur bon propos vers le dit roi , si comme ils avoient fait long temps par avant, promettant par la bouche des dessus dits qu’ils en seroient moult bien guerdonnés, au plaisir de Dieu, si le roi retournoit en sa seigneurie. Lesquels ambassadeurs furent très honorablement reçus des nobles et du commun ; et leur furent faits beaux dons, et leurs dépenses administrées et payées aux dépens de ta ville très largement. Et après qu’ils eurent été en icelle ville et cité de Tournai certaine espace de temps , l’un retourna en Berri et l’autre demeura encore à Tournai , en faisant plusieurs prédications , en attrayant toujours iceux que bien ils s’entretin.ssent au parti du roi. Mais enfin son état fut amoindri; et se refroidirent ceux de Tournai de lui faire si grands biens qu’ils lui avoient fait de première venue. Au mois d’avril ensuivant, messire Jean de Luxembourg assembla ses gens d’armes , et avecque lui sire Thomas de Raveston , chevalier anglois , lesquels allèrent mettre le siège devant Oisy en Thicrasche, et dedans brefs jours ensuivant traita le cadet, qui en éloit capitaine, avecfiue le dit de Luxembourg, par telle condition qu’il lui rendroit la forteresse au cinquième jour de mai ensuivant; et par ainsi se départit le siège , et lui fut rendue au jour dessus dit.
Auquel an , le dit de Luxembourg assiége.i l’église de Broissi , laquelle avoient fortifiée aucuns saquemenls tenant le parti du roi Charles, qui moult faisoient de dommages au pays. Et pareillement assiégea la tour Le Borgne , et furent pris en ces deux places bien quatre vingts d’iceux , entre lesquels étoit un nommé Le Gros Breton, un de leurs capitaines, et furent tous pendus aux arbres près de Sery-les-Ma?ières.
Item , en cet an furent arses de feu , de
ineschef, six cents maisons ou environ, en la ville de Saint-Amand , avccquo la porte de la basse-cour de l’abbaye ; et deux chambres de deux moines du dit lieu , et ne demeura que deux pauvres maisons entre les deux portes de la ville; dont le menu peuple de la dite ville fut tout désolé, et eut grande tristesse et troublement.
Item^ en cet an se rompirent les trêves qui avoient duré l’espace de treize ans entre le Soudan de Babylone et le roi de Chypre , par le rapport d’aucuns faux chrétiens , qui rapportèrent au Soudan que les Chypriens occioient ses gens quand il les pouvoient atteindre. Sur lequel rapport, sans autre défiance faire au roi de Chypre, le dit Soudan envoya six galées pleines de Sarrasins descendre en Chypre, et faire guerre par feu et par épée. Et premièrement ardirent et détruisirent du tout la ville de Lymesson, avecque grand’ foison d’autre pays. Et lors le roi de Chypre, de ce averti, afin de résister , envoya un sien chevalier, messire Philippe Prévost, atout grands gens; lequel, venu aux dessus dits Sar rasins, en escarmouchant é eux, fut féru d’une flèche au visage, duquel coup il chut. Et tantôt les dits Sarrasins lui tranchèrent incontinent le chef, et prirent ses éperons dorés avec la dite tête , et se retrahirent en leurs galées , et puis retournèrent en Syrie.