‹ ChroniquesChapitre 297 sur 562 · CHAPITRE XAT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XAT

Comment messire Jean de Luxembourg assiégea le cbâlel de AViègue; et comment il fil une embûche, où Potlion de Sainle-Treille et ses compagnons furent déconfits.

En ce temps, messire .Tean de Luxembourg assiégea la forteresse de Wiègue très puissamment, lequel siège dura environ trois semaines, continuant toujours le dit de Luxembourg de faire abattre et dérompre par ses engins icelle forteresse. Et enfin les dits a siégés, non espérant avoir secours, firent traité avec le dit de Luxembourg, par tel si qu’ils s’en iroient, sauves leurs vies, en délaissanttousleurs biens, promettant d’eux non plus armer deçà la rivière de Loire, sinon en la compagnie du roi Charles. Après lequel traité se départirent en allant à Guise, et la forteresse fut démolie et abattue. Et après, le premier ou second jour

ensuivant, le dit messire Jean de Luxembourg se délogea avec aucuns de ses plus féables.

En ce temps, fut Polhon de Sainte-Treille pris, si comme vous orrez.

Je vous dis que messire Jean de Luxembourg, durant le dit siège, se mit en embûche derrière une petite église envers les marches de Guise, pour voir et pour attendre si aucuns de ses ennemis feroient aucune envahie après ses gens. Laquelle chose advint comme il l’avoit proposée, car le dit Pothon de Sainte- Treille, l’Estendard de Mailly, le seigneur de Verduisant etaucuns autres experts et éprouvés en armes saillirent hors de la ville de Guise , en venant vers la dite embûche. Et adoneque le dit de Luxembourg voyant sur eux son avantage, atout les siens alla vigoureusement contre eux ; et tantôt par grand’ vigueur les mit en grand déroi, et y fut pris le dit Pothon , le seigneur de Verduisant et aucuns autres en petit nombre. Mais le dit Eslendard de Mailly de pleine venue assit sa lance dessus Lyonnel de Vendôme. Si le porta jus de son cheval, et le blessa très durement vers l’épaule, tant que le dit Lyonnel tout son vivant en fut affolé de bras et de jambes. Après lequel coup icelui Estendard, voyant que prouesse ne pou voit rien valoir, et que scs ennemis étoient trop forts, se trahit vilement dedans la ville de Guise; et messire .Tean de Luxembourg, avec ses gens, chassa longuement les autres, qui s’enfuyoient en plusieurs parties; et après retourna et assembla ses gens , en menant grand’ liesse de la bonne aventure qui lui étoit advenue. Et ainsi atout ses prisonniers retourna en son châtel de Beau-Revoir, donnant congé à ses capitaines jusqu’à son rappel.

Page 1