CHAPITRE XXVm
sommez et requérez par vos dites lettres de rappeler et dédire ce par les miennes écrit vous ai, ou sinon vous ôtes prêt de défendre votre corps contre le mien, et de moi combattre, vous laisse savoir que le contenu de mes dites lettres, je dis et tiens être vrai, et d’encôté icelui veuille demeurer; et déjà est approuvé par ce que vos gens, et à votre mandement, ont fait et perpétré en ma dite comté ; ni pour vous, ni pour autre ne sera par moi appelé : ains, à l’aide de Dieu et de Notre-Dame et de monseigneur saint George , le contenu en mes dites lettres vous ferai de mon corps contre lé vôtre connoître, et jahir être vérité par devant quelque des juges qu’avez élus, car tous deux me sont indifférents.
« Et poureeque désirez la chose être brève, comme je fais pareillement , parce que mon dit beau frère est plus prêt, je suis content de parfaire la chose par devant lui , et l’accepte pour juge. Et le jour que mîtes en mon élection , je vous assigne le jour monseigneur Saint-George prochain venant ou autre , à la discrétion de mon dit frère, auquel, au plaisir de Dieu, je serai prêt, et ne faudrai. Et en cas que mon dit frère ne voudra emprendre la chose, je suis content que ce soit devant très haut et puissant prince l’empereur. Et pareillement, si l’empereur ne le veut , beaufrère Oldeberlh ou autre juge indifférent. Mais pource que je ne sais si vous voudrez demeurer d’encontre votre signet, je vous somme et requiers que par le porteur de celte m’envoyez autres lettres qui soient scellées de votre scel, pareillement que du mien sont ces présentes. Et quant au dit de Brabant, si vous voulez ou osez dire qu’il ait meilleur droit que moi en cette présente querelle, je suis prêt de le vous faire connoître , mon corps contre le vôtre, au jour et devant ceux que dessus est dit, que j’ai meilleur droit, et aurai, à la grâce de Dieu, Notre-Dame et saint George. Et afin qu’il vous appère ce que dessus est dit , et veuil entretenir, faire et accomplir, j’ai écrit mon nom en ces présentes , et à icelles fait mettre mon scel. Ecrit en ma ville de Soignies , le seizième jour de mars l’an mil quatre cent vingt et quatre. »
Comment le duc de Bourgogne retourna en Flandre; et comment il envoya unes secondes lettres au duc de Glocestre
et la copie d’icelles.
Entre- temps qu’aucunes des lettres dessus dites s’envoyèrent par iceux princes l’un à l’autre , retourna le duc de Bourgogne en son pays de Flandre , et fit grand’ partie de ses gens aller en l’aide du duc de Brabant, comme dit est dessus ; et aussi récrivit au duc de Glocestre unes lettres scellées de son scel , en acceptant le jour après ledit Glocestre, desquelles la teneur s’ensuit:
« Haut et puissant prince Honfroy, duc de Glocestre, je, Philippe, duc de Bourgogne, comte de Flandre et d’Artois , ai aujourd’hui reçu vos lettres-patentes , écrites et signées de votre main, répondant aux miennes que dernièrement vous envoyai, écrites le treizième jour de ce présent mois; lesquelles faisoient mention que vous avez refusé le traité par grand’ délibération , avisée par beaufrère le régent et moi , sur le discord étant entre beau-cousin de Brabant et moi, et vous y répondez que c’est moins que vérité. Mon dit beau-frère le régent et tout le conseil de France savent bien que fait en avez; et aussi fais-je. Je ne le veuil ignorer; et si ignorer je voulois, si ne puis-je, si comme vos dites lettres le contiennent. Sur ce , vous fais à savoir que sur ce serai trouvé véritable, et vous non, comme apparoir pourra par le rapport des ambassadeurs envoyés devers vous , atout la cédule de l’accord avisé par les dessus dits beau-frère, moi et le dit conseil, lequel avez refusé : et contre la teneur d’icelle de fait entré au pays de Hainaut , combien que beaucousin de Brabant l’eût pleinement accordé.
» Et à ce qu’avois écrit que mensongèrement et à tort m’avez mis sus aucunes choses, et qu’assez m’éloit déshonneur et outrage qu’aviez fait au dit beau cousin de Brabant et moi, sans vouloir charger mon honneur et renommée: par quoi vous sommois et révoquois de rappeler et dédire ce que par vos lettres avez écrit, quej’a.ois contrevérité plusieurs choses donné à entendre; ou si ce non , j’étois prêt de m’en défendre, et le mien corps contre le vôtre , devant l’empereur ou beau-frère le régent i me laissez savoir que le contenu en
vos dites lettres tenez être vrai , et d’encôté icelles voulez demeurer, et que déjà est approuvé, par ce que mes gens ont perpétré au dit pays de Ilainaut, que pour moi et autre ne rappellerez. Ainçois le contenu en icelles vos lettres me ferez de votre corps contre le mien reconnoître et rejahir être vérité par-devant quelque des deux juges devant nommés.
■> Et pource que désirez la chose être brève, pareillement comme je fais, et que le dit beaufrère le régent est plus près, vous êtes content de faire la chose devant lui, et l’acceptez juge, en assignant la journée le jour Saint-George, ou autre, à la discrétion du dit beau-frère : je vous réponds que du jour et du juge je suis très bien content, et à l’aide de Dieu et de Notre-Dame défendrai et maintiendrai te contraire par mon corps contre le vôtre, en faisant à tous apparoir que mensongèrement et à tort m’avez mis sur les choses dessus dites, et y garderai ma loyauté et mon honneur.
» Et quant à ce que mes gens ont fait au pays de Ilainaut , s’ils avoient aucune chose qui fût au bien et à l’honneur de beau-cousin de Brabant , j’en serois bien joyeux et bien lie. El pource que vous faites doute si le dit beau-frère acceptera cette besogne, j’enverrai premièrement devers lui mes ambassadeurs notables le prier chèrement, et si accepter ne le veut, je suis content de l’empereur, ainsi que par mes dites lettres vous ai écrit.
» Et à ce que m’écrivez que si je veuil ni ose dire que mon dit beau-cousin de Brabant ait meilleur droit que vous, vous me ferez connoître de votre corps contre le mien, au jour et devant ceux que dessus , le contraire : je vous réponds que par la sentence de notre saint père te pape , devant qui cette cause est pendante, pourra clairement apparoir qui aura droit ou tort; à la puissance et autorité duquel ne voudrois pour rien déroger ni désobéir. Aussi n’esl-il point en nous deux d’ordonner ni déterminer à qui le droit en appartient. Et si ai espérance en Noire-Seigneur .Tésus-Christ et en sa glorieuse Vierge mère, qu'avant que nous déparlons de la journée par vous ainsi entreprise, de tellement défendre ma bonne querelle qu’il ne vous sera jà besoin d’autre nouvellelé mettre en avant. Et quant à ce que me requérez que sous mon scel je veuille
envoyer la copie de mes lettres qu’envoyées vous ai sous mon signet, je vous les envoie, ainsi que requis le m’avez. Et ce que j’ai écrit veuil franchement tenir et accomplir. »