CHAPITRE XXX
Conimenl les prélats et gens d’église de toutes les parties du royaume de France furent mandés à aller à Paris devers le roi pour l’union de sainte église.
En ce temps furent mandés à Paris , de par le roi, à venir tous archevêques, évêques, abbés et tous autres notables et sages ecclésiastiques de toutes les parties du royaume de France et du Dauphiné , afin d’avoir avis ensemble, avecque le grand-conseil du roi , pour l’union de toute l’universelle église. Lesquels venus, ou au moins la plus grand’ partie, pource que le roi n’éloit pas en bonne santé , fut faite une procession générale eldite une messe solennelle du Saint-Esprit en la chapelle royale du palais , el fut célébrée par l’archevêque de Reims. Et le lendemain s’assembla le conseil au palais; auquel lieu étoit, pour représenter la personne du roi , le duc d’Aquitaine, dauphin de Vienne , et avec lui les ducs de Berri , de Bourgogne et de Bourbon, accompagnés de plusieurs autres nobles hommes. Et pour la matière commencée, un cordelier, très sage docteur en théologie , de par l’université de Paris leur proposa les faits pourquoi celle assemblée étoit faite, en remontrant bien authentiquement et notablement comment l’église universelle avoit été par très long temps et encore étoit en très grand’ perplexité par le discord des deux papes conlendanls à la papalilé; disant outre qu’il étoit nécessité d’y mettre brève provision , ou autrement, si ainsi ne se
faisoit, en pourroit la dite église être mise en grand’ dérision et destruction.
En après le lendemain du jour Saint-Eloi, le roi, qui avoit recouvré santé, fut en personne au dit conseil, et les princes pardessus nommés avecque lui ; et fut au siège royal, auquel lieu il promit faire et entretenir tout ce qui seroit délibéré et conclu par la cour de parlement. Et depuis, par aucuns jours ensuivant, fut prononcé et publié par toutes les parties du royaume de France et au Dauphiné que tous les bénéfices ecclésiastiques, tant dignités comme autres, ne fussent donnés par les deux contondants dessus dits. Et avec ce, que les finances qui étoient accoutumées d’ôtre portées en la chambre apostolique ne fussent plus payées; ains scroient iceux bénéfices donnés et conférés par les élus souverains et par les patrons ordinaires, ainsi comme jadis avoit été fait, par avant les réservations et constitutions faites par le pape Clément, sixième de ce nom.