‹ ChroniquesChapitre 314 sur 562 · SECOND · texte numérisé non relu

SECOND

tout en hâte en aide, si ne me voulez perdre perdurablement. J’ai espoir qu’ainsi ferez ; car, mon très redouté seigneur et père , je ne desservis oneques par devers vous, ni jà ne ferai tant que je vivrai aucune chose qui vous dût déplaire ; ainçois suis toute prête à recevoir mort pour amour de vous et de votre noble personne ; car votre noble domination me plaît très grandement. Par ma foi, mon très redouté seigneur et prince , toute ma vraie consolation et espérance, il vous plaise , pour l’amour de Dieu et de monseigneur saint George , considérer tant en hâte comme faire pourrez mon très douloureux affaire , qu’encore n’avez vous point fait ; car il me semble qu’entièrement m’avez mise en oubli. Autre chose ne vous sais pour le présent que récrire, fors, mon très redouté seigneur et père , que j’ai moult tôt envoyé par devers vous rnessire Louis de Monlfort; car il ne peut plus être avecque moi, nonobstant qu’il m’a accompagnée quand tous les autres m’ont failli , qui vous dira tout plus à plein que je ne voussaurois écrire.

» Pour ce je vous supplie, mon très cher seigneur et père, qu’il vous plaise lui être bon seigneur, et ù moi mander et commander vos bons plaisirs , lesquels je ferai de tout mon cœur. Ce sait le benoit fils de Dieu, qui vous doint bonne vie et longue, et grâce que je vous voie à très grand’ joie !

"Ecrit en la fausse et traître ville deMons, de très douloureux cœur, le sixième jour de juin.»

L’infrascriplion éloit : «Votre dolente et très aimée fille , souffrant très grand’ douleur par votre commandement.

"Votre fille, de Qüieneboukg.»

A icelles lettres dessus dites en furent trouvées unes autres dont la teneur s’ensuit ;

« Très cher et bien aimé cousin', je me recommande à vous. Et vous plaise savoir qu’à l’heure que ces présentes furent écrites, j’étois très dolente en cœur, comme faussement et déloyaument trahie. Et si vous voulez savoir aucune chose de nouvel , mon très cher et aimé cousin, sachez qu’encore pour le présent ne vous saurois que récrire ; mais veuillez demander à notre très cher et redouté seigneur, qui vous en dira plus que n’en voudrez ouïr. Autre chose ne vous en saurois que récrire.

excepté que vous tenez la main à ce que savez, afin que mon redouté seigneur veuille venir, ou autrement ni lui ni vous jamais ne me verrez.

» Et quant à ce que vous m’avez écrit de venir deçà la mer, c’est trop lard ; mais hâtezvous, atout si grand’ puissance que vous me puissiez délivrer des mains des Flamands, où je serai dedans huit jours. Très cher et bien aimé cousin , je prie à Dieu qu’il vous doint bonne vie et longue.

» Ecrites à la fausse et traître ville de Blons, le sixième jour de juin.

» Jacqueline de Quienebourg.»

Par la teneur de cette , appert que moult cremoit la dite duchesse à aller en Flandre.

Après que les députés de la ville de Mons en Hainaut furent retournés devers les ducs de Bourgogne et de Brabant en leur ville, et que plusieurs choses eurent sur ce été traitées à la grand’ déplaisance de leur dame, la comtesse de Hainaut , douagière , et la duchesse Jacqueline, sa fille , néanmoins, le treizième jour de juin de cet an, la dite Jacqueline, non pouvant à ce contraire , se départit de la ville dé Mons, en la compagnie du prince d’Orange et autres seigneurs à ce commis de par le duc de Bourgogne , qui la conduisirent et menèrent à la ville de Gand , et se logea en l’hôtel du dit duc, où elle fut administrée honorablement selon son état. Et le duc Jean de Brabant, son mari, eut le gouvernement, comme dit est, de tout le dessus dit pays de Hainaut. Et lors fit-on départir du dit pays toutes gens de guerre, et fut faite abolition de toutes besognes par avant passées. Ainsi et par celle manière que dessus est déclaré, livrèrent et contraignirent ceux de la ville de Mons en Hainaut leur dame et vraie héritière , outre son gré , en la main du duc de Bourgogne , nonobstant que par avant avoient juré et promis au duc de Gloceslre de la garder et défendre contre tous ceux qui nuire ou grever la voudroient.

Page 1