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CHAPITRE XLII

Comment la forteresse de la Malle-Maison, qui étoit à l’évêque de Cambrai, fut prise par messire Jean Biondel, etautres matières.

Au commencement de cet an, fut prise la forteresse de la Malle-Maison, séante à deux lieues près du Châtel en Cambresis, laquelle étoit à Jean de Lens, seigneur de Liekaerque et évêque de Cambrai, à cause de son évêché. Et la prit messire Jean Blondel, tenant le parti du roi Charles, accompagné de ses gens, qui étoient en pelit nombre. Dedans icelle étoit comme capitaine par le dit évêque un bel écuyer, nommé Watier de Bâillon, lequel fut

trouvé en son lit. Et entre-temps, les dessus dits, en traversant les fossés parmi l’eau, et montant par échelle de dedans la basse-cour au dit lieu, prirent le guet; et après ils s’embûchèrent devant le pont du donjon ; et, au matin, quand le portier avala le dit pont, ils saillirent sus, les épées traites, et occirent et tuèrent le dit portier; puis entrèrent tout paisiblement dedans, sans y trouver quelque défense ni empêchement, jà soit ce que ce fût la plus forte place et mieux gardable qui fût en toutes les marches és pays d’environ. Pour laquelle prise, tout le pays, ce sachant, fut mis en grand effroi ; et mêmement ceux du Châtcl en Cambresis et le dit évêque , qui léans étoit à celle heure, furent moult grandement émerveillés que ce pouvoit être; car, pour lors, n’éloit au dit pays nouvelle de nulle guerre. Toutefois, l’évêque de Cambrai envoya aucuns de ses gens, avec grand’ partie de la communauté du dit chàtel, jusqu’au dit lieu de la Malle-Maison, pour savoir et connoilre qui c'étoit. Et eux là venus et arrivés, parlèrent à aucuns de ceux qui l’avoient prise : lesquels, par malice, firent leur cri de Bourgogne et de Luxembourg : et pour tant les dessus dits envoyés s’en retournèrent en la dite ville du Chàtel en Cambresis.

Et bref ensuivant, le dit messire Jean Blondel se pourvut de vivres et de gens en grand’ abondance; et après commencèrent àcouiir et à fouler le pays de Cambresis et plusieurs autres, en faisant maux inestimables. Avec lesquels s’assemblèrent, par plusieurs fois, à faire les dites courses aucuns des gens du duc de Bourgogne et de messire Jean de Luxembourg. Et entre-temps, icelui évêque envoya par devers le duc de Bourgogne savoir si c’étoit de son consentement que sa forteresse avoit été prise. Auquel fut répondu que non, ains seroit conforté et aidé par le dit duc tant qu’il r’auroit sa forteresse.

Item, après la mort et trépas du duc Jean de Brabant, fut faite une grand’ assemblée de seigneurs en la ville de Valenciennes; à laquelle furent le duc de Bourgogne, les comtes de Namur, de Penthièvre et de Conversan, le prince d’Orangc, messire Jean de Luxembourg, les évêques de Tournai et d’Arras, et plusieurs autres nobles gens d’église; et fut

pour la cause de savoir qui auroit le gouvernement du pajs de Hainaut. A quoi par mûre délibération de conseil fut ordonné et établi que le dit pays demcureroit en la main et gouvernement du duc de Bourgogne; lequel, sur ce, y pourvut de gouverneurs et offîciers. En cet an, le comte de Warwick et plusieurs autres Anglois tinrent siège devant la ville de Pont-Orson ; et tant contraignirent les assiégés qu’ils se mirent en composition, et promirent de, à cerlain jour, rendre le fort en la main du dit comte de Warwick, en cas qu’ils n’auroient secours des François et Bretons si fort et puissant que pour combattre icelui comte. Lequel secours ne fut point envoyé; et pour tant, comme promis l’a voient, rendirent la place aux Anglois.

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