CHAPITRE XX
Conimunl Anloinc, duc de I.embourg, cul la possession delà duché de lirab.ml, cl depuis de la ville de Trccl, à la grand’ déplaisance des Liégeois.
Antoine, duc de Lembourg, frère germain du dit Jean de Bourgogne, après la mort de la duchesse de Brabant , pardevant déclarée , succéda en la dite duché et les appartenances. Tous les Brabançons, tant gens d’église comme nobles, excepté ceux de Trect, lui firent hommage, en lui promettant, comme à leur droiturier seigneur, foi et loyauté; et après qu’il eut pris la possession d’icelle duché, octroya sa comté de Rethel à Philippe, comte de Nevers, son moins-né frère, et du consentement de son frère aîné, le duc de Bourgogne, et aussi en accomplissant le testament et dernière volonté de leurs feus père et mère. ]..aquelle comté le dit Philippe reçut agréablement.
En outre, la moitié de la ville de Trect étoit de la duchesse de Brabant, et d’autre partie à l’évèché de Liège ; et ne dévoient faire serment qu'à l’un d’iceux tant seulement comme ils disoienl, c’est à savoir au premier entrant; et pouree qu’autrefüis avoient fait le dit serment à Jean de Bavière, furent refusants de le faire au duc de Brabant ; duquel refus icelui duc ne fut pas bien content, et conclut avec ceux de •on conseil de les contraindre par force de guerre; et manda gens d’armes à venir vers
lui de plusieurs pays; entre lesquels y vinrent son frère, le comte de Nevers, les comtes de Saint-Pol et de Namur, les seigneurs de Saint- George et de Croy, de par le duc de Bourgogne, avec plusieurs autres en très grand nombre. Aussi envoyèrent pareillement le roi Louis et le duc de Bcrri.
Finalement , après qu’il eut assemblé très grand’ compagnie de ses gens d’armes de plusieurs pays, il se départit de Brabant avec les nobles du pays et grand’ foison de communes et de charrois et habillements de guerre, et prit son chemin en tirant vers la dite ville de Trect. Mais en passant parmi la terre de Liège et ès frontières d’environ, il y eut plusieurs Liégeois qui s’assemblèrent en très grand nombre et firent plusieurs empêchements à son ost, en rompant tous les passages, en partie pour l’amour de ce qu’ils savoient icelui de Brabant être d’alïïnité à Jean de Bavière, leur adversaire. Et tant continuèrent en icelles assemblées qu’ils se trouvèrent bien vingt mille hommes armés avec leur nouvel évêque, et se mirent en bataille rangée contre le duc de Bra-i bant pour garder leurs seigneuries des dommages ; et vouloient à toute fin mener leur dit nouvel évêque en la dite ville de Trect à main armée, voulant qu’il entrât avec le dit duc, comme vrai évêque, et qu’il y fût reçu comme seigneur. Toutefois celle assemblée se partit sans effusion de sang d’une partie ni d’autre. Et entretemps le dit de Brabant fit traiter secrètement avec ceux de la ville de Trect, tellement qu’ils furent contents de le recevoir à seigneur; et enfin le reçurent et lui promirent à entretenir foi et loyauté. Et après de là s’en retourna et départit et donna congé à tous ses gens d’armes ; et quand ce fut venu à la connoissancc des Liégeois, ils requirent hâtivement à ceux de Trect qu’ainsi qu’ils avoient juré au dit duc de Brabant, ils jurassent à leur nouvel évêque, qui étoit leur droiturier seigneur ; laquelle requête ne leur fut point accordée. Mais leur fut répondu qu’ils avoient autrefois fait serment à Jean de Bavière, et lui reçu comme seigneur, et qu’autre serment ne feroient ; pour laquelle réponse les dits Liégeois, avec leur rnaimbourg et nouvel évêque, furent très indignés à l’encontre d’eux, et se disposèrent à toute puissance pour leur mener guerre,
et aussi pour les assiéger, comme ci-après plus à plein sera déclaré.