CHAPITRE XXXIII
Coniinenl les ainbassaücurs du pape Grégoire vinrent à Paris devers le roi cl l’université atout une bulle d’icelui pape.
En après les ambassadeurs du papeGrégoirc, romain, avec bulles qu’ils apportèrent du pape, vinrent en ces jours à Paris, vers le roi et l’université , en disant à eux , comme en la dite bulle éloit contenu, le dit pape être prêt et appareillé de céder pour l’union de la dite église universelle , et faire tout ce qu’il semblcroit au roi et à ta dite université expédient, pour mieux et plus tôt parvenir à la dite union de l’église, moyennant que Bénédict, son adversaire, voudroit céder pareillement. Les dits ambassadeurs , avec leurs bulles , du roi et de leur conseil tout joyeusement furent reçus; et étoit la teneur de la dite bulle telle qui s’ensuit :
« Grégoire, évêque, serf des serfs de Dieu, à mes fils de l’université de Paris, salut et apostolique bénédiction. Nous nous sommes plus préparé , nos amés fils , à votre université écrire , pour ce qu’à schisme vous avez condescension piteuse donnée ^ ; et pourtant, par cette même raison , par la miséricorde de Dieu , le tout-puissant, nous verriez très affectés ; car Innocent , pape VH, notre prédécesseur, de recordation envieuse, de ce siècle fut ôté par un samedi sixième jour de novembre. Nos vénérables frères de la sainte église romaine, cardinaux, de quel nombre adonc nous étions, la grâce du Saint-Esprit appeltic , au palais apostolique à Saint-Pierre, pour ta collection du pape romain à venir, en conclave étant entrés, moult de choses diverses par plusieurs jours furent traitées , tant qu’en la parlin nous qui étions prêtre-cardinal, du titre de Saint-Marc , d’une même volonté leurs yeux à nous adressèrent, et d’une concorde tous ensemble évêque de Rome nous élurent. Lequel fait à prendre, pour l’imbécillité de nous, très grandement nous cremtmes ; toutefois l’espérance mise en icelui qui fait choses merveil-
• La traduction de cctlc bulle est plus surchargée de phrases péniblement arrangées dans le manuscrit •347
leuses , ce faix dessus nos épaules si mîmes , non mie de notre vertu , mais de la vertu de Dieu ; duquel la chose être faite nous sommes confié. Nous donc , l’office pastoral reçu , non mie pour notre profit, mais pour l’honneur de Dieu et l’utilité publique, à ce, devant toutes choses, tournons notre courage, afin que cette brisure venimeuse, par laquelle si long-temps le peuple chrétien a failli à vivre , à réintégration nous la ramenions. Sur laquelle chose si grand’ grâce à nous de là haut nous espérons être donnée , que ce que nous désirons et convoitons dedans bref temps à effet sera démené. Et pour ce toute contention ôtée, à notre adversaire jà avons écrit afin qu’à paix et union il nous ensuive, en nous offrant être appareillé à cession de droit et à la renonciation de la papalité du tout par nous-même être faite , moyennant que notre adversaire ou son successeur, quelconque il soit, pareillement ainsi fasse; c’est à savoir qu’il renonce totalement à la papalité ; et aussi que ceux qui à notre dit adversaire pour être cardinaux se sont ingérés veuillent concorder et convenir avecque notre collège , afin que de ce que d’un pape romain seul une élection canonique s’ensuive. Et en outre nous offrons toute autre voie raisonnable par laquelle schisme soit ôté et que l’union s’ensuive; laquelle offre, afin qu’elle fût et soit faite plus sûre, nous avons juré, promis et voué devant notre élection , par ce môme moyen , être de fait accomplie avecque tous nos vénérables frères cardinaux de cette même église, au cas (ju’aucuns de nous à pape seroit élu et pris. Et après cette assomption , et à lui à constance plus ferme, avons juré, voué, promise! ratifié nos orateurs aussi hâtivement de nous envoyés, qui de lieu idoine et secret avecque eux doivent disposer pour cette union faire. Vous donc, très amés fils, à ce de toute force vous veuillez exposer et nous aider à cette heure parfournir, afin que l’église de cette maladie langoureuse plus ne soit travaillée, lui faisant par affection aide salutaire.
» Donné à Rome , à Saint-Pierre , le onzième jour de décembre l’an 1406. »
En outre, après que les dits ambassadeurs du pnpe Grégoire eurent bien et à point remontré tout l’état de leur ambassade, et offert que le dit pape cloit prêt de céder, comme dit est dessus ,
CllIlOMQl IvS D ENGUERRAIND DE MONSTRELET. [1407j
et qu’Üs eurent i.\ Paris été reçus honorablement, et aussi (lu’oii leur eût promis d’envoyer devers le pape lliMiédiel , ils se partirent cl rctournbrenl devers leur mailrc et seigneur. El environ la Chandeleur ensuivant , le roi de rrance et runiversité de Paris, par la délibération des prélats, du clergé cl du conseil, envoyèrent certains ambassadeurs devers le pape Bénédict ; c’est à savoir le patriarche d’Alexandrie , qui lors étoit à Paris, les évéques de Cambrai cl de Beauvais, l'abbé de Saint-Denis, l’abbé du 3Ionl-Sainl-Michel , le seigneur de Corroville , maître Jean Toussain , secrétaire du roi , et autres docteurs de l’université , avecque plusieurs autres notables personnes; lesquels, tous ensemble, prirent leur chemin à aller ù IMarscille, où se tenoit lors le dessus dit Bénédict avec aucuns cardinaux qui éloienl scs favorables. Et avoient iceux ambassadeurs charge de lui remontrer amiablement comment son adversaire s’offroit de céder pour l’union de l’église , et mêmement, au cas qu’il n’y voudroit entendre, de lui sommer et intimer que, si ainsi ne faisoit, tout le royaume deFrance généralement, le Dauphiné et plusieurs autres pays des chrétiens feroient soustraction à l’encontre, et que plus n’obéiroichl à ses bulles ni autres édits apostoliques ; et pareillement le feroient ù son dit adversaire, au cas qu’il ne voudroit entretenir ce que par ses ambassadeurs avoit fait savoir au roi de France et à l’université de Paris. Lesquels ambassadeurs devant dits, venus jusques au dit lieu de Marseille, furent assez bénignement reçus d’icelui Bénédict et des dits cardinaux. Néanmoins, quand ils curent exposé l’état de leur dite ambassade, et remontré tout au long ce pourquoi ils étoient venus, le pape leur dit de sa bouche qu’ils auroient réponse dedans brefs jours ensuivant, et entre temps ne mit pas en oubli qu’on le menaçoit de faire soustraction à l’encontre de lui. Et pour y pourvoir, sans que nul des cardinaux en sût rien, fit une constitution, sur grand’ peine durant à perpétuité, à l’encontre de tous ceux qui se soustrairoient à son obédience, et aussi mômement de ses successeurs; laquelle constitution il envoya à Paris par devers le roi et l’université, par un messager dont on fut moult émerfeillé. Et après qu’il eut fait réponse à iceux
ambassadeurs devant dits , non mie telle qu’ils désiroient, mais assez contraire, ils s’en retournèrent par plusieurs journées en la ville de Paris, très indignés et mal contents d’icelui pape, eüù racontèrent ce qu’ils avoient trouvé. Mais le dit patriarche demeura au dit lieu de Marseille, sur intention d’incliner le dit Bénédict à céder et venir à une seule union de l’universelle église i.