CHAPITRE XLVII
Comment messire Jean de Luxembourg assiégea Beaumont en Argonne.
Au commencement de cet an, fut le siège mis à l’cnviron de Beaumont en Argonne par messire Jean de Luxembourg, accompagné de plusieurs hommes nobles des marches de Picardie. Auquel siège mettre y eut plusieurs escarmouches entre les assiégeants et les assiégés. Esquelles, entre les autres, fut pris et mené dedans la ville un nommé Enguerrand de Brigonval, vigoureux et subtil homme d’armes. Pour la prise duquel le dit de Luxembourg fut moult fort troublé, doutant que le dessus dit ne fût navré ou mort; car, par grand’ malice, Guillaume de Flavy fil mettre un linceul en terre, veuillant par ce fait donner â entendre que ce fût le dit Enguerrand qui éloil trépassé. Et lui fit faire un service solennel, tendant, comme on pourroit supposer, à icelui fortraire secrètement hors de la ville et mener en un lieu secret et sûr, pource qu’il savoit le dit prisonnier être riche homme pour payer bonne finance. Toutefois, nonobstant qu’iceux assiégés se missent très vigoureusement à défense, si furent-ils en bref de toutes parts environnés, et tellement approchés que bonnement ne pouvoicnl saillir hors de leur dite ville, sinon en grand péril de leur vie.
Et pour tant le dessus dit Guillaume de Flavy, voyant qu’au long aller le conviendroit être mis en subjection, non espérant avoir secours, fil traité avec le dit messire Jean de Luxembourg, environ l’issue du mois de mai, par tel si que lui et les siens s’en iroient sauvement en emportant tous leurs biens. Et par ainsi, le dit messire Jean de Luxembourg eut l’obéissance du dit Beaumont , dedans laquelle il mit garnison de scs gens; et y constitua capitaine
CIIKOMQIjES D’ErsGUERRÂIND DE MONSTRELET.
Yalôricn de Bournonville , et avec lui rendit sain et sauf en vie le dit Enguerrand de Brigonval. Durand lequel Icmps furent trêves données, tant d'un côté comme d’autre, entre messire Jean de Luxembourg et ceux de la ville de Monson, jusqu’au jour de la Saint- Demi ensuivant. Dedans lequel jour dessus dit, ceux de la dite ville dévoient aller devers le roi Charles savoir si de lui auroient secours ou s'ils se rendroient au dit messire Jean de Luxembourg. Après lesquels traités achevés par le dit messire Jean, donna congé à scs gens et s’en retourna en son chàtel de Beau- Revoir. Et Guillaume de Flavy pareillement donna congé à ceux qui l’avoient servi, et s’en alla à privée mesgnie sous bon sauf-conduit à Lyencourt, en l’iiôtel de monseigneur son père; car entre-temps qu’il étoit assiégé à Beaumont, le duc de Bar fit démolir et abattre une forteresse nommée Neuvil!e-sur-Meuse , laquelle tenoient les gens du dit Guillaume de Flavy; et là avoit sa chevance de sa retraite.