CHAPITRE XLYIII
Coinmeiil te traité se fil entre le duc de Bourgogne et la duchesse Jacqueline de Bavière, pour la guerre de Hollande;
et le contenu d’icelui.
Après que le duc de Bourgogne fut retourné, comme dit est dessus, au pays de Hollande, et qu’il eut fait de grandes préparations, tant de gens comme d'habillements de guerre, pour combattre et subjuguer la ville de la Gaude, où étoit la duchesse Jacqueline et ses aidants , la dite duchesse et ceux de son pays, considérant la puissance du dit duc de Bourgogne, et que déjà la plus grand’ partie des nobles et communautés de son pays s’étoient tournés contre elle avecque sa partie adverse, doutant non pouvoir résister au dit duc, prit conseil avecque ses plus privés et féaux serviteurs, et se conclut de traiter paix avecque son beau cousin et adversaire te duc Philippe de Bourgogne; lequel traité, par le moyen d’aucuns ambassadeurs envoyés entre les deux parties, fut tel qu’il s’ensuit.
C’est à savoir que la dite duchesse connoîtra et tiendra son beau cousin le duc de Bourgogne être son droit hoir et héritier de tous ses pays ; et dès lors le fit gouverneur et main-
I bourg des dessus dits pays, promettant icelle I mettre en ses mains toutes les villes et forteresses qu’elle tenoit, dedans les(|uelles icelui duc metlroit capitaines tels qu’il lui plairoit; promit aussi icelle dame de non soi jamais marier, sinon du consentement du dit duc; et avec ce demeuroit à icelui duc la ville et forteresse de Zenenberghe.
Et par ainsi le dit traité de paix conclu et finé entre les deux parties, convinrent ensemble certaines journées ensuivants en la ville de Delft; auquel lieu, après qu’ils eurent conjouy l’un l’autre révéremment, prirent d’un consentement, eux deux ensemble ou leurs commis, les serments de plusieurs villes. Et par ainsi le dit pays de Hollande , qui par longue espace avoit été travaillé d’icelle guerre, demeura en paix; et retourna le dit duc de Bourgogne, donnant congé à ses Picards, en son pays de Flandre et d’Artois.