‹ ChroniquesChapitre 376 sur 562 · CHAPITRE XCIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIII

Conimonl le duc Pliilippc de Crabanl trépassa; cl comment

le duc de Bourgogne prit la possession de la dite dticlié.

En ce temps , mourut en la ville de Louvain le duc Pliiliiipe de lîrabant, (;ui par long temps devant sa mort avoit été moult grevé de maladie langoureuse. Si furent aucuns de ses privés serviteurs soupçonnés d’èlre coupables de sa mort, et mémement en y eut aucuns pris et très durement questionnés par diverses manières de gebennes. Néanmoins la besogne ne vint plus avant à clarté , et fut dit par aucuns maîtres en médecine dont il fut visité qu’il étoit mort de sa mort naturelle par les excès qu'il avoit faits en sa jeunesse, tant en Joutes comme en autres choses. Si fut enterré avec ses prédécesseurs. Et fut la mort du dit duc tantôt mandée au duc de Bourgogne, qui étoit à son siège devant Cornpiégne, pource que la plus grand’ partie de la duché de Brabont et des appartenants, et par spécial les nobles, en disoient icelui duc de Bourgogne être vrai héritier, pour tant que le devant dit duc de Brabant n’avoil nul enfant, car il n’avoit point été marié. Et les autres disoient que la comtesse de Hainaut, douairière et tante d’iceux deux ducs, étoit plus prochaine, et qu’à elle apparlenoit la succession. Toutefois, icelui duc de Bourgogne, sachant la mort dessus dite, constitua à son siège de Compiégne aucuns de ses plus féables capitaines et chevaliers, c’est à savoir messire Jacques de Brimeu, maréchal de son ost ; messire Hue de l^aunoy, le seigneur deSaveuse et aucuns autres, pour d’icelui avoir le gouvernement et l’entretenir avec le comte de Iluntingdon et ses Anglois ; et avec ce remanda hâtivement et sans aucun délai messire Jean de Luxembourg, qui étoit au pays do Soissonnois, en lui requérant instamment par scs lettres et messages que sans délai atout ses gens soudain il retournât devant Lompiégne, pour du tout avoir la charge de son ost, en lui signifiant les alTaires qui lui étoient survenues, et comment il étoit de nécessité qu'il s’en allât au dit pays de Brabant.

Après lesquelles besognes ainsi faites et que le duc de Bourgogne eut mis provision, comme dit est, en son ost, par la manière ci-dcvanl dériarét', et aussi qu’il eut devant la porte du

pont fait fortifier et garnir de gens d'armes et d’habillements de guerre une grande et forte bastille, de laquelle fut capitaine messire Baude de Noyelle, prenant premier congé au comte de Iluntingdon, il se départit, et alla à Noyon, et de là par aucuns Jours s’en alla à Lille, où il eut conseil avec ses principaux conseillers, avec lesquels il s’accorda d’aller au dit pays de Brabant prendre la possession et saisine d’icelui et de toutes les appartenances. jVu parlement duquel s’en retourna la duchesse sa femme au pays d’Artois et bref ensuivant fut le dit duc reçu comme seigneur et duc de toutes les villes et appartenances de la duché et autres jiays que naguère tenoit le dessus dit duc de Brabant défunt. Toutefois la dessus dite comtesse de Hainaut, douairière, sa tante, y entendoit avoir aucun droit, comme dit est par dessus. Nonobstant ce, elle, considérant la grand’ puissance de son beau-neveu, contre lequel ne pouvoit résister; voyant aussi la plus grand’ partie des nobles et bonnes villes être déjà contre elle, se déporta de plus avant en faire poursuite, et pour tant icelui duc de Bourgogne en fut par tous les pays plus libéralement obéi. En ce même temps, la damoiselle de Luxembourg, sœur au comte Waleran, moult ancienne, laquelle étoit au château de Beau-Revoir, au gouvernement de messire Jean de Luxembourg, son neveu, appréhenda et fit relever pour lui et en son nom toutes les seigneuries Jadis appartenantes au dessus dit comte "Waleran, son frère ; lesquelles de nouvel lui étoient échues comme la plus prochaine héritière de côté de son beau-neveu le duc de Brabant, naguère trépassé. Si furent par elle partout renouvelés les serments des ofiieiers ; et se nomma depuis ce Jour en avant comtesse , de Ligny et de Saint-Pol, sa vie durant; et pour tant qu’elle aimoit moult cordialement son dit neveu messire Jean de Luxembourg, lui donna à prendre et avoir grand’ partie d’icelles seigneuries après son trépas, dont point ne fut bien content le comte de Conversan , seigneur d’Enghicn , frère aîné de messire Jean de Luxembourg ; et depuis eurent aucunes rédargations, mais enfin se concordèrent l’un avec l'autre.

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