CHAPITRE XCIV
ComiiK'nl nti-'siro Jran ilo I-uxoïnbourf: cnlroprit le gouvcrncmcnl du siège de Coiiip égne, el des ordonnances qu’il y fil; et autres matières.
Après ce que le duc de Bourgogne fut parti, comme dit est, de devant la ville de Compiègne, assez brof ensuivant vint messire .Tean de Luxembourg atout scs gens devant icelle ville, et en prit la charge el gouvernement de tout le siège, ainsi que par le dit duc lui avoit été requis et ordonné. Si fit sans délai pourvoir et besogner nécessairement t\ la grande bastille de devant le pont, et encommencer deux autres moindres sur la rivière au lez versNoyon, dont Guy de Roye cul la charge de l’ime, accompagné d’Aubellelde Follevüîe et autres de sa compagnie el de ses gens ; el la seconde fut baillée à un routier de Boulenois, nommé Branart, avecque lequel furent commis aucuns arbalétriers génevois, porlugalois et autres d’étrange pays. Et après, le dit de Luxembourg se prépara pour passer l’eau, el par-dessus le neuf pont , contre Venéte, alla loger en l’abbaye de Royaulieu , avec lui messire .Tacques de Brimeu, maréchal de l’osl, messire Hue de Launoy, le seigneur de Créquy, le seigneur de Saveuse , le seigneur de Hurniéres, messire Daviod de Poix, Ferry de Mailly, messire Florimont de Brimeu ; et plusieurs autres notables hommes se logèrent tant en l’abbaye comme au village, qui éloit moult désolé , et ès vignes et jardins à l’environ, et demeura le comte de Huntingdon à son logis de Venéte avec ses gens. Durant lequel temps, firent les assiégés plusieurs saillies de pied et de cheval , auxquelles, tant d’une part comme d’autre, furent aucuns pris et navres, non mie en grand nombre. Si fut par les dits assiégeants encommencé une grand’ bastille, à un Irait et demi d’arc près la dite ville, en tirant vers la porte de Pierrefons, dedans laquelle pour la garder furent commis le dessus dit maréchal de l’osl, le seigneur de Créquy, messire Florimonl de Brimeu, avec eux trois cents combattants ou environ, qui tous ensemble se logèrent dedans la dite bastille, avant qu’elle fût du tout parfaite ni fortifiée, et y furent par longue espace de temps logés. Auquel temps les assiégés souffrirenl moult grand’ détresse de famine, et
ne pouvoient pour nulle finance recouvrer des vivres dedans leur ville; car en l’espace do quatre mois entiers n’en fut dedans icelle ville vendu en public.
Si furent adonc envoyés plusieurs messagers au maréchal de Boussac, au comte de Vendôme et aux autres capitaines du roi Charles, pour eux requérir instamment qu’ils voulsissenl secourir icelle ville de Compiégne, laquelle étoit moult oppressée par les dits assiégeants.
Entre-temps que les tribulations dessus dites duroient, s’assemblèrent le maréchal de Boussac, Polhon de Sainte-Treille, Théolde de Valleperge et plusieurs autres capitaines françois. Si allèrent assiéger la ville de Proisysur-Oise, dedans laquelle éloit le bâtard de Chevreux, atout quarante comballanis ou environ, qui assez bref furent contraints d’eux rendre à volonté ; et en y eut la plus grand’ partie mis à mort par les gisarmiers du dit maréchal de Boussac. Et depuis qu’ils se furent ainsi rendus, la forteresse fut démolie, et pareillement furent prises par les dessus dits Cathu, le fort moûtier. le chàlcl et aucunes autres places. Esquelles furent exécutés à mort la greigneur partie des compagnons qui dedans éloient.
Toutefois, le dit maréchal de Boussac ni les autres de la partie du roi Charles ne firent sur les assiégeants de Compiégne aucune entreprise , comme il est accoutumé de faire en tel cas, jusqu’au derrain que le siège fut levé, comme ci-après sera plus à plein déclaré. En ce temps, le duc de Norfolk, anglois, se lenoit à très grand’ puissance sur les marches de l’Ilede-France, où il mit plusieurs forteresses en l’obéissance du roi Henri, c’est à savoir Dampmartin en la Gohelle, la Chasse-Mongay el aucunes autres. Et pareillement, d’autre côté, le comte de SlalTorlprit d'assaut la ville de Brie- Comte-Robert , par le moyen de laquelle se rendit la forteresse -du lieu, laquelle étoit moult forte Et de là le dit comte s’en alla passer l’eau de Seine avecque toute sa coinpagnie et fourrager tout le pays jus(|u’ assez près de Sens en Bourgogne; et après s’en retourna atout grand’ proie au lieu dont il s’étoil parti, sans ce qu’il trouvât nuis de scs ennemis qui lui fissent aucun détourbier. Et bref ensuivant, pritleQuesne en Brie, Grand-Puis, Rapillon,
et en fil bien pendre quatre vingts de ceux qui ] éloieni dedans le dit Quesne. El pareillement prit la forlc tour de Bus, laquelle avec les autres places dessus dites fut toute désolée ; et éloient dedans Brie-Comle-Roberl, quand elle fut prise, messire Jacques de Hlilly et messire Jean de La Haie ; lesquels furent prisonniers aux Anglois et depuis écbappérenl de leurs mains, parmi payant grand’ finance.