CHAPITRE CIX
Comment le jeune roi Henri d’Angleterre vint à Paris en
grand’ eonipagnie pour être consacré à roi de France.
Environ l’issue du mois de novembre, vint le jeune roi Henri de Pontoise à Saint-Denis en France, sur intention d’aller à Paris pour lui faire enoindre, sacrer cl couronner roi du royaume de France. Si éloient avccque lui , de la nation d Angleterre, son oncle le cardinal de Yincestre el le cardinal d’York , son oncle le duc de Bedfort cl le riche duc d York , les comtes de Warwick, de Salsebcry, de Suffolk el aucuns autres notables chevaliers el écuyers de la nation de France; y éloieni les évêques de Thérouenne , nommé messire Louis de Luxembourg; de Beauvais, maître Pierre Cauchon;deNoyon, maître .lean delMailly; de Paris et d’Evreux, messire .lean, bâtard de Sainl- Pol, messire Guy Le Boutillier ; le seigneur de Courcelles, messire Gilles de Clamecy, messire .îacqui'S Painel, messin' .Tean de Pressi, le seigneur de Passy, le bâtard de Thien et aucuns autres. Si pouvoit avoir le dit roi Henri, tant en sa compagnie comme au pays assez près à
l’cnviron , de deux à (rois mille coniLallanls pour la sùrelé de sa personne, et se partit de Saint-Denis pour aller à Paris environ neuf heures du malin. Et vinrent à l’encontre de lui jusqu’à la chapelle d’entre Paris et Saint- Denis messire Simon Morier, prévôt de Paris, pour lui faire révérence et honneur, et plusieurs autres, tous vêtus de satin vermeil et chaperon de bleu, avec lesquels étoicnt grand nombre des plus notables bourgeois de la ville de Paris, vêtus et affublés de vermeil. Et après qu’ils eurent fait la révérence, vinrent audevant du dit roi les neuf preux à cheval, chacun armé des armes à lui appartenant.
En après, vinrent le chevalier du guet , le prévôt des marchands, avecque eux les ollîciers de la cour, tous vêtus de pers et chaperons vermeils. Et un petit après ensuivant, vint maître Philippe de Morvilliers, premier président, en habit royal, et tous les seigneurs de parlement, vêtus de longs habits de vermeil.
Et après suivoient les seigneurs de la chambre des comptes, les gens des finances, les maîtres des requêtes et les secrétaires , et avoient robes vermeilles. Et ainsi comme ils venoient l’un après l’autre, chacun selon son état , ils faisoient au roi la révérence et aux seigneurs étant avecque lui ; et quant est du commun, il y en avoit sans nombre.
Et quand le roi vint à l’entrée de la porte Saint-Denis, les armes de la ville y étoient si grandes qu’en la nef d’icelles armes y avoit six hommes, l’un en guise d’un évêque; le second, l’université; le tiers, les bourgeois; et les trois autres étoient comme sergents ; lesquels, à l’entrée de la dite porte, présentèrent au roi trois cœurs vermeils, dont au premier avoit deux coulombs , et au second de petits oiselets qu’ils laissèrent voler par-dessus le chef du roi ; et le tiers cœur étoit plein de violettes et autres fleurs qu’ils jetèrent sur les seigneurs. Et là, tantôt le prévôt des marchands et les dits échevins apportèrent un ciel d’azur semé de fleurs de lys d’or, et le mirent et portèrent tout parmi la ville par-dessus le roi. Si avoit au poncelet Saint-Denis un échafaud sur lequel étoit comme une manière de bois où étoient trois hommes sauvages et une femme, qui ne cessèrent de combattre l’un
! contre l’autre tant que le roi et les seigneurs
j fussent passés. Et avoit dessous le dit échafaud une fontaine jetant hypocras et trois seraines dedans, et étoit le dit hypocras abandonné à chacun. Et depuis le poncelet, en tirant vers la seconde porte de la rue Saint- Denis, avoit personnages, sans parler delà nativité Notre-Dame, de son mariage et de l’adoration des trois Rois, des Innocents et du bon homme qui semoit son blé; et furent ces personnages très bien joués. Et sur la porte Saint-Denis fut jouée la légende Saint-Denis, qui fut volontiers vue des Anglois.
En outre, devant les Innocents avoit une manière de forêt en la rue , dedans laquelle avoit un cerf vif. Et quand le roi passa devant, on fit courre le dit cerf et des chiens et veneurs , après fut grand’ pièce chassée à force, et se vint rendre emprès les pieds du cheval du roi, lequel roi lui fit sauver la vie.
Et à l’entrée de la porte du Châtelet avoit encore un échafaud sur lequel avoit en personnage un petit enfant, en semblance du roi, vêtu de fleurs de lys, deux couronnes sur son chef; et à côté dextre étoit en son personnage le duc de Bourgogne et le comte de Nevers, qui lui présentoient l’écu de France, et au côté sénestre le duc de Bedfort , son oncle , et les comtes de Warwick et de Salsebery, qui lui présentoient l’écu d’Angleterre, Et étoient tous vêtus, par personnages , des cottes d’armes des dessus dits seigneurs. Et de là s’en alla au palais , où lui furent montrées les saintes reliques, et à ceux qui étoient avecque lui, et puis fut mené en l’hôtel des Tournelles pour prendre son repas. Et quand il eut dîné, il alla voir la reine, sa grand’ mère, à l’hôtel de Saint-Pol. Et le lendemain fut mené au bois de Vincennes, où il fut jusqu’au quinzième jour du mois de décembre, qu’il retourna au palais. Et le dix -septième jour d’icelui mois se partit de là atout grand’ seigneurie, tant de gens d’église comme séculiers, et s’en vint en l’église Notre-Dame de Paris pour être sacré. Auquel lieu de Notre-Dame de Paris avoit en la nef un grand échafaud de bois de quatre vingts pieds de long et haut jusqu’au crucifix. Si montoit-on dedans icelui par la nef et descendoit-on par autre lieu par le chœur. Et fut le dit roi sacré par le cardinal
CimOMQliES D’ENGÜERKAND DE MONSTRELET.