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CHAPITRE CXI

Comment messire Jean de I uxcmbourg assembla gens et s’en alla en Champagne comre les François, où il conquit plusieurs forteresses, et autres matières.

Au mois de juillet en l’an dessus dit, messire Jean de Luxembourg, comte de Ligny, assembla jusqu’à mille combattants ou environ par l’ordonnance du roi Henri et du duc de Rourgugne ; lesquels il conduisit et mena au pays de Champagne et vers le Rhételois, pour combattre et subjuguer aucunes forteresses que tenoient les gens du roi Charles en iceux pays et à l’environ, et qui moult oppressoient le dit pays. Avec lequel de Luxembourg se mit le seigneur de Ternant, qui lors étoit accompagné de Rhételois. Et de première venue, fit loger ses gens autour d’une forteresse nommée Guétron, en laquelle étoient de soixante à quatre vingts combattants tenants te parti du roi Charles ; lesquels en assez bref terme, quand ils aperçurent la force de leurs ennemis, furent moult ébahis et effrayés , et sans grand’ défense laissèrent prendre leur basse-cour; et assez bref ensuivant, commencèrent à parlementer, offrant de rendre la dite forteresse et eux en aller, saufs leurs corps et leurs biens. A laquelle offre ils ne purent être reçus, et leur fut dit qu’ils se rendissent à volonté. Et en conclusion, le capitaine fit traiter avec les commis du dit de Luxembourg, par telle condition que lui quatrième ou sixième demeureroit à volonté. Après lequel traité conclu et que les promesses d’icelui entretenir furent faites, le capitaine retourna dedans son fort, mais il ne dit pas à scs compagnons la vérité du dit traité ; ainsi leur donna à entendre qu’ils s’en iroient tous saufs leurs vies.

Et quand ce vint à livrer la dite forteresse, tous ceux là étant furent mis prisonniers, et le lendemain, par la sentence et commandement de messire Jean de Luxembourg, furent tous pendus et étranglés à plusieurs arbres, réservés les quatre ou six dessus dits. Et fut le bourrel pour eux exCcuter l’un de leurs compagnons. Si advint à l’un d’iceux une aventure qui bien fait à ramentevoir, car, depuis qu’il fut bouté jus de l’échelle, la corde qui étoit attachée à l’arbre se férit contre le menton d’icelui, par quoi il ne sepouvoit en hâte étran¬

gler, et entre-temps le bourrelen pendoit aucuns autres; durant lequel temps icelui dessus dit fut avisé d’aucuns gentilshommes là étant, auxquels il en prit grand’ pitié, et en y eut un qui coupa la corde d’une gisarme, et chut à terre et fut assez bref revenu en sa bonne santé et mémoire; et depuis par iceux gentilshommes fut faite requête au dit de Luxembourg que pour Dieu et pour pitié il pùt avoir la vie sauvée; lequel enfin l’accorda, et par ainsi il s’en alla franchement.

Et en outre, après que le dit messire Jean de Luxembourg eut fait l’exécution dessus dite, il se partit de là atout son armée; mais premier fit démolir la dite forteresse de Guétron , et s’en alla devant le fort de Tours en Parcien, où il fut par aucuns jours, durant lesquels ceux de dedans traitèrent par condition qu’ils rendroient le dit fort et s’eu iroient sauve leur vie, sans emporter nuis de leurs biens, réservés les canonniers et ceux qui autrefois avoient fait serment pour la partie du roi Henri; et en y eut d'aucuns pendus, et la dite forteresse fut démolie de fond en comble. Et de là le dit messire Jean de Luxembourg s’en alla devant Ralhin, où étoit un capitaine nommé Barète, lequel, en assez bref terme, traita avec le dit messire Jean de Luxembourg par tel si qu’en lui rendant la dite ville lui et les siens s’en iroient, saufs leurs vies, corps et biens, et par ainsi se partirent. Si vint en ce temps devers messire Jean de Luxembourg pour lui faire aide, s’il en avoit besoin, l’enf.mt de Warwick, anglois, et messire Gilles de Clamegy, atout quatre cents combattants; mais pour tant que les François n’éloient point au pays de Champagne ni à l’environ à puissance pour résister contre le dit de Luxembourg, les deux dessus dits s’en retournèrent en assez bref terme à Meaux en Brie et ès garnisons dont ils étoient venus. Etadoneque de ce môme voyage furent mises en obéissance de par le dessus dit messire Jean de Luxembourg plusieurs villes et forteresses qui tenoient le parti du roi Charles avec celles dessus nommées, les unes par traité et les autres par force.

En ce temps, le seigneur de l’Ile-Adam, qui portoit l’ordre du duc de Bourgogne, fut reconstitué maréchal de France de par le roi

Henri d’Angleterre et ceux de son conseil. Si assembla jusqu’au nombre de six cents combattants, dont il y avoil une partie Anglois, et avec lui étoient messire .Tean, bâtard de Saint- Pol, et un sien frère, lesquels il conduisoit, et les mena jusqu’auprès de Lagny-sur-î\Iarne, que tenoient les gens du roi Charles, laquelle il cuida prendre par soudain assaut, mais elle lui fut bien défendue par ceux qui étoient dedans.

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