CHAPITRE CXIII
Comment les François cnidércnl prendre le clnUcau de Rouen.
Le troisième jour de février en cet an, par l’entreprise du maréchal de Boussac, s’assem¬
blèrent le seigneur de Fontaines, messire Jean Fo’jlquet, le seigneur de Mouy et plusieurs aulres, jusqu’au nombre de six cents combattants ou environ, en la cité de Beauvais, et s’en allèrent jusqu’à une lieu près de Rouen, et là se mirent en embûche dedans le bois, et envoya le dit maréchal secrètement un gentilhomme nommé Richarville, avec lui de cent à six vingis combattants, tousdepied, exceptéquatre ou cinq, qui étoient sur petits chevaux, jusqu’au châlel de Rouen, dedans lequel icelui maréchal par avant avoit fait moyens certains d’un saqiiement nommé Pierre Audebeuf Biernois, qui tenoit le parti des Anglois; mais par moyens avoit fait traité et accord avec lui de livicr le dit châtel, laquelle chose il fit et entretint sa pronu'sse quant à ce, car le dessus dit Richarville et ceux qui étoient avec lui les trouvèrent tous prêts, cl de fait entrèrent tous dedans, réservé deux ou trois qui gardèrent les chevaux. Si conquirent et gagnèrent tantôt la plus grand’ partie du dit chàtel, et par spéi ial la grosse tour, qui étoit moult bien garnie. Dedans lequel chàtel étoit couché le comte d’Arondel et plusieurs Anglois, lesquels, ou la plus grand’ partie du dit chàtel, se sauvèrent au mieux qu’ils purent par-dessus la muraille, sinon aucuns qui se reirahirent vers la ville, et là ^e tinrent, et si en y eut aucuns morts et navrés par les dits François.
Et après que les besognes furent ainsi avancées, le dessus dit Richarville remonta assez tôt à cheval et retourna moult hâtivement où il avoit laissé le maréchal et scs gens, auquel il raconta tout l’état et gouvernement de l’entreprise dessus dite, en leur disant qu’ils chevauchassent soigneusement et bien en hâte pour secourir leurs gens, et que sans doute en bref temps seioit le chàtel tantôt parconquis. Mais, à bref dire, pour chose qu’il sut remontrer, oneques ne put tant faire qu’ils se voulsissent conclure ni mettre en voie pour y aller, jà soit chose que le dessus dit maréchal et grand’ partie des plus notables de ceux qui étoient avecque lui leur eussent promis de leur foi, à leur département, qu’ils les secourroient sans point de doute, s’il advenoilque la dite entreprise vînt bien. Néanmoins ils n’en vouloienl rien faire, car quand Ils furent ainsi qu’à une lieue près de Rouen à toutes gens, ils se com-
65G CHROMQLLS 1) E^GüERlWISD DE MONSTREl.ET. [1432]
mencèrcnt à débattre l’un contre l’autre pour avoir la plus grand’ part du butin, lequel point n’étoit encore gagné. Et à cause de ce retournèrent sans aller plus avant, et laissèrent leurs gens en ce danger. Pour quoi quand le dessus dit Richarville, qui vaillamment avoit achevé son entreprise, fut retourné, leur dit plusieurs grands injures et reproches, lesquels ils souffrirent assez patiemment, et se départirent de là hâtivement. Si s’en retournèrent à Beauvais et ès autres lieux dont ils éloient venus, lequel retour déplut moult grandement à icelui de Richarville, pour tant qu’il avoit été meneur des dessus dits entrepreneurs, cl aussi fit-il à aucuns autres qui y avoicnl de leurs prochains amis, pour tant ne demeurèrent-ils mie qu’ils s’en retournassent au dit lieu de Beauvais comme les autres. Et entre-temps, les dessus dits qui étoient en icelui châtel contendoient de tout leur pouvoir à débouler les Anglols, leurs ennemis, hors de la porte du dit château qu'ils tenoientvers les champs.
Et quand ce vint vers le jour qu’ils n’oyoient point de nouvelles de leurs gens, ils apeiçurent bien qu’ils ne auroient point de secours et qu’ils étoient fraudés de la promesse qui leur avoit été faite , si en furent moult érnerveiB-.'s et ébahis. Et d’autre part, les Anglois s’assemblèrent de tous côtés en grand’ diligence , qui les assaillirent moult âprement et durement. Si vinrent avecque grand nombre de combattants de Rouen, pour doute qu’ils ne fussent suspicionnés d’iceux Anglois qu’ils fussent favorisables à iceux François ; lesquels François, voyant que bonnement n’étoient point assez puissants pour garder tout ce qu’ils avoient conquis, tout d’un commun accord se retirèrent vers la dite tour, atout ce qu’ils pouvoienl avoir de vivres, eux vouillant mettre là dedans cl la tenir jusqu’à la mort, laquelle chose ils firent ; mais assez bref epsuivant, ils furent de toutes parts environnés et très fort combattus de plusieurs gros engins que les dits Anglois firent asseoir contre la grosse tour, et tant en ce continuèrent qu’elle fut moult endommagée en plusieurs lieux, et avec ce ceux de dedans avoient assez petitement vivres et autres choses à eux nécessaires ; pour lesquelles affaires, et aussi ([u’ils n’avoienl nulle espérance d’avoir secours , furent con¬
traints d’eux rendre en la volonté du roi Henri et de son conseil, en la fin de douze jours après la prise dessus dite. Toutefois, avant qu’ils fussent conquis, ils firent de grands dommages aux Anglois parles engins cl artilleries qu’ils avoient attraits en la dite tour'. Si furent tons pris prisonniers et mis en bonne garde, et depuis, bref ensuivant , en y eut cent cinquante qui eurent les tôles coupées dedans la ville de Rouen, et le dessusdit Pierre Audebeuf Biernois fut écartelé et mis en lieux accoutumés.
En ces jours, le duc de Bourgogne se partit de son pays d’Artois atout mille combattants ou enaron , qu’il mena en son pays de Bourgogne. cl là séjourna l’espace de trois jours ou e[l^iron pour visiter le pays , qui moult étoit oppressé de ses ennemis. Si vinrent là devers lui l’archevéq' e de Rheims et autres notables anilia'^-'adeurs envoyés de par le roi Charles pour l aiterdc paix entre icelles parties; mais enfin ne purent en rien concorder, et s’en ret urnèren! devers le dit roi Charles, et après { ue le dit duc eut ordonné gouvernement en la ma ch • de Bourgogne , il s’en retourna en Artois. Flandre et Brabant.