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CHAPITRE IL

Commenl un écuyer d'Aragon, nommé Michel d’Oris, envoya en Angleldfre IcUres pour faire armes, et les réponses

qu'il eut d’un chevalier du pays.

Au commencement de cet an mil quatre cents, furent envoyées au royaume d’Angleterre des lettres par un écuyer du rovaume d’Aragon, nommé Michel d’Oris ; desquelles la teneur s’ensuit:

« Au nom de Dieu, et de la benoite vierge Alarie, de saint iJIicliel et de saint George, je, Alichel d’Oris, pour mon nom exhausser, sachant certainement la renommée des prouesses dechevalerie d’Angleterre, ai, au jour de la date de ces présentes, pris un tronçon de grève à porter à ma jambe jusqu’à tant qu’un chevalier du dit royaume d’Angleterre m’aura délivré à faire les armes qui s’ensuivent. Premièrement, d’entrer en place à pied, et d’ètre armé chacun ainsi que bon lui semblera, et d’avoir chacun sa dague et son épée sur son corps, en quelque lieu qu’il lui plaira, ayant chacun une hache, dont je baillerai la longueur. Et sera le nombre des coups de tous les bâtons et armes ensuivant: c’est à savoir; de la hache, dix coups sans reprendre. Et quand ces dix coups seront parfaits et que le juge dira: Ho! nous férirons dix coups d’épée sans reprendre ni partir l’un de l’autre, et sans changer harnois. Et quand le juge aura dit: Ho! nous viendrons aux dagues et férirons dix coups sur main. Et si aucun de nous perdoit ou laissoit cheoir un de ses bâtons, l’autre pourra faire son plaisir du bâton, qu’il tiendra jusqu’à ce que le juge ai dit : Ho ! Et les armes à pied accomplies, nous monterons à cheval; et sera armé du corps chacun ainsi qu’il lui plaira, et aura deux chapeaux de fer paraux, lesquels je livrerai ; et choisira mon dit compagnon lequel qu’il lui plaira des deux chapeaux : et aura chacun tel gorgerin qu’il lui plaira, et avec ce, je baillerai deux selle§, dont mon dit compagnon aura le choix. Et outre plus, aurons deux lances d’une longueur ; desquelles lances nous férirons vingt coups sans reprendre, à cheval, sur main; et pourrons férir par devant et par derrière, depuis le faux du corps en amont. Et icelles armes de lances faites et accomplies, ferons les armes qui s’ensuivent ;

MvnK i>iu:\!(Ki\.

(i'esl à sa\ jii‘, s'il advL'iuiit que run ou l’autre ne rù' blessé, nous serons tenus après, en icelle jou. iiée niènio et au second jour après, férir de coups de lance à course de chevaux à trois raillas, tant (juc l’un ou l’autre cherra par terre ou soit blessé, si qu'il n’en puisse plus faire. Et que chacun s’arme à sa volonté le corps et la tète. Et les larges soient de nerfs ou de cornes, sans ce qu’elles soient de fer ni d’acier, ni qu’il y ait aucune maîtrise. Et courrons les dites lances atout les selles que les dits chevaux auront, faisant les dites armes à cheval: et chacun liera et mettra scs étriers à sa volonté, sans faire nulle maîtrise. El pour y ajouter plus grande foi et fermeté, je, ]Michel d’Oris, ai scellé celle lettre du sceau de mes armes: laquelle lettre fut faite et écrite à Paris le vendredi vingtième jour d’août l’an HOO. »

Lequel poursuivant, nommé Alj, s’adressa atout ses lettres en la ville de Calais: et là furent icelles vues par un chevalier d’Angleterre nommé messire Jean de Prendregresl >, lequel accepte de faire les dites armes, au cas qu’il plairoil au roi d’Angleterre son souverain seigneur: et sur ce récrivit ses lettres à l’écuyer d’Aragon dessus nommé, desquelles la teneur s’ensuit

« A noble homme et honorable personne Michel d’Oris, Jean de Prendregresl, chevalier et familier de très haut et puissant seigneur monseigneur le comte deSombreseil: honneur et plaisance.

» Plaise vous savoir que j’ai ores personnellement vues unes lettres par deçà envoyées par Aly le poursuivant : par lesquelles j’entends la vaillance et courageux désir d’armes qui sont on VOUS; et aussi que vous avez fait vœu de porter une certaine chose, laquelle, comme vos dites lettres contiennent, vous fait grand mal à la jambe; et que vous le porterez jusqu’à certain temps, que vous serez délivré d’aucun chevalier anglois d’avoir fait certaines armes comi)osées en vos dites lettres. Moi, désirant honneur et plaisance, comme gentilhomme, de tout mon pouvoir, ai, au nom de Dieu et de la douce vierge Marie, de monseigneur saint George et de .saint Antoine, accepté et accepte

tre requête telle et en la meilleure manière

* Jotine« rappelle Prender Gast.

que VOS dites lettres le contiennent, tant pour vous alléger de la peine et du mal que vous souffrez, comme aussi pour ce que j’ai longuement désiré d’avoir aucune accointance avec aucun noble et vaillant de la partie de France, afin d’apprendre aucune chose appartenante à honneur d’armes ; pourvu qu’il plaise à mon sire, le roi, de sa grâce spéciale, de me donner congé de le faire, soit devant lui et sa personne royale en Angleterre, ou autrement à Calais par devant mon dit seigneur le comte de Sombrcseil. Et en outre, pourtant que vos dites lettres font mention que vous apporterez chapeaux, desquels votre compagnon choisira lequel qu’il lui plaira, et aura chacun tel gorgerin qu’il lui plaira ; à vous plaise savoir que pour ce que ne voudrois que par aucune subtilité de ma partie, d’une pièce de harnois ni d’autre, le fait par bon vouloir entrepris pût aucunement être détourbé ou délayé, je veuil, s’il vous plaît, que vous apportiez deux gorgerins pareils et deux chapeaux; ou autrement, si vous voulez, je porterai deux chapeaux et deux gorgerins d’une façon, de quoi vous aurez semblablement le choix. Et vous promets en bonne foi que lo\ aument je meifrai et ferai diligence à mon pouvoir, devers messeîgneurs mes amis et de moi-mème, d’impélrer ledit congé: à quoi j’ai espoir en Dieu que je ne faudrai pas. Et avec ce, du jour et lieu où les dites armes se feront, s’il est le plaisir du roi notre sire (comme dit est;, j’écrirai au capitaine de Boulogne, dedans le jour de la Tiphaine * prochain venant, ou au plus tôt que faire se pourra , afin que de mon entente et volonté puissiez hâtivement être certifié, et de la plénière volontèdemon cœuren celle partie.

» Noble et vaillant seigneur honorable, je prie à celui qui est le faiseur et créateur de tous biens qu’il vous octroie joie, honneur et plaisance, avec tous biens que vous voudriez de votre dame , à laquelle je vous prie que ces présentes me puissent recommander. Ecrit sous mon sceau, à Calais, le onzième jour de juin en l’an dessus dit. •>

Depuis lesquelles lettres dessus dites envoyées au dit écuyer d’Aragon, pour ce qu’icelui chevalier n’avoil pas assez brève ré-

‘ ThéopJi.inie.

CIIKOMQÜES D'ENGEERRÂIND DE MONSTRELET. [1400]

ponso, of que la besogne fut par long lemi)S délayée, lui récrivit autres lettres derechef, dont la teneur s’ensuit.

<• A honorable honnne Alichel d’Oris, je, Jean de Prendegrest, chevalier, salut. Comme pour vous aisier et alléger de la peine que vous avez soulTerte et souffrez de porter le tronçon d’une grève, je vous ai octroyé à délivrer des armes que vous avez vouées, et desquelles mention est faite ès lettres scellées du sceau de vos armes; et sur ce j’ai tant fait qu’i ma poursuite et avec l’aide de monseigneur de mon lignage, que le roi mon souverain et lige seigneur me l’a octroyé; et sur ce ordonné excellent et puissant seigneur monseigneur de Sombrcseil son frère, capitaine de Calais, à être notre juge, si comme écrit vous ai par Aly le poursuivant, par mes lettres portant date du onzième jour de juin dernièrement passé, lesquelles vous pouvez bien avoir vues en dû et sutTisant temps, si comme peut apparoir par les lettres de noble et puissant homme le seigneur de Gaugourt, chambellan du roi de France, portant date du vingtième jour du mois de janvier ; lesquelles contiennent qu’à vous-mème il a les dites lettres envoyées pour hâter de venir par deçà. Pourquoi pouvez bien entendre que le jour de l’accomplissement de nos dites lettres sera le premier lundi du mois de mai prochain venant ; car ainsi fut-il appointé et ordonné par le roi notre sire, sur la poursuite de ma dite impétration ; et ainsi il me le convient tenir. Sur quoi, pour ce qu’il a plu à icelui mon seigneur le roi, pour autres plus hautes causes et matières, touchant et regardant le fait de sa royale excellence, avoir ordonné monseigneur son frère en autres parties, être au dit jour, il lui a plu avoir tant fait, à l’humble supplication de moi, et pour contemplation de mes dits seigneurs et amis de lignage, que, pour 'tenir ladite journée et être notre juge, il a commis et député son cousin et mon très honoré seigneur monseigneur Ilue Lutrellcs, lieutenant de mon dit seigneur de Sombreseil, au dit lieu de Calais : et pour ce suis venu, prêt pour accomplir les dites armes, au plaisir de Dieu, de saint George et de saint Antoine ; espérant que de votre partie pour l’aisement et l’allégeance de votre dite penance, vous y serez

aussi présent : en icelle entente, je vous envoie sauf-conduit pour quarante personnes et autant de chevaux.

» Autre chose de présent ne vous sais que récrire ; car vous savez assez qu’il appartient à votre honneur. Si prie au dieu d’amour, qu’ainsi comme vous désirez l’amour de votre dame, vous avancez votre venue. Ecrit au dit lieu de Calais, sous le scel de mes armes, le second jour de janvier l’an 1^00. »

S’ensuit la tierce lettre du chevalier anglois envoyée au dit écuyer d’Aragon ;

« A honorable homme Michel d’Oris, je, Jean de Prendregrest, chevalier, salut. Il vous plaise bien avoir en remembrahee que de par vous furent envoyées par deçà, par Aly le poursuivant, unes lettres générales et universelles adressantes à tous chevaliers ariglois, écrites à Paris le vendredi, vingtième jour d’avril l’an 1400, scellées du scel de vos armes.

» Et aussi, vous ne devez pas oublier la réponse que je fis aux dites lettres, comme sait le chevalier du pays d’Angleterre à qui elles vinrent premièrement: de laquelle réponse, et de ce qui depuis s’en est ensuivi, je vous ai écrit la substance par mes lettres scellées de mes armes, à la date du onzième jour de juin dernier passé.

» Et aussi vous envoyai sauf-conduit bon et suffisant pour venir par deçà accomplir l’entente de vos dites lettres universelles; si comme ès dites miennes dernières lettres est pleinement contenu, où s’ensuit :

« A honorable homme Michel d’Oris, etc.

Sur quoi, veuillez savoir que j’ai grand’ merveille; car, entendu la teneur et substance d’icelles lettres, je n’ai eu de vous autres nouvelles, soit de venir au jour qui assigné étoU, ou autrement de due excusation pour essoine de votre corps.

» Néanmoins, je ne sais si le dieu d’amour qui vous eiihorta et mit en courage de vos dites lettres générales envoyées, ait en aucune chose été si déplu, par quoi il ait changé les conditions anciennes qui souloient être telles que, pour esbaudir armes et chevalerie accroître, il tenoit les nobles de sa cour en si royale gouvernance que, pour accroissement de leur honneur, après ce qu’ils avoient eni-

fl-iOO]

pris aucuns faits d’armes, ils s’absentoient du pays où ils avoient fait leur dite emprinse, jusques à tant que fin en fût faite ; ni aussi ne faisoient leurs compagnons frayer, travailler ni dépendre leurs biens en vain. Non pour quant je ne voudrois pas qu’il trouvât celte deffaule en moi, si qu’il eùl cause de moi bannir de sa cour; pourtant je veux encore demeurer par deçà jusqu’au huitième jour de ce présent mois de mai ; prêt, à l’aide de Dieu, de saint George et de saint Antoine, à vous délivrer, ainsi que ma dame et la vôtre puissent savoir que, pour la révérence d’icelhs , j’ai volonté de vous aisier de votre grève qui, par si long temps, vous a mésaisé, comme vos dites lettres contiennent; pourquoi aussi vous avez cause de désirer votre allégeance. Après lequel temps, si venir ne voulez, je pense, au plaisir de Dieu, de m’en retourner en Angleterre par devers nos dames, auxquelles j’ai espoir en Dieu que sera témoigné par chevalier et écuyers que je n’ai en rien mépris envers le dieu d’amour, lequel veuille avoir les dites ma dame et la vôtre pour recommandées, sans avoir déplaisir envers elles , pour quelque cause qui soit advenue. Ecrit a Calais, sous le scel de mes armes, le second jour de juin l’an 1401. »

S’ensuit la teneur des lettres que l’écuyer d’Aragon écrivit au chevalier d’Angleterre, sur les dites lettres prochaines précédentes.

« A très noble personne messire Jean de Prendregrest , chevalier, je, Michel d’Oris, écuyer, natif du royaume d’Aragon, fais à savoir que pour Tardent désir et courageux vouloir que j’ai tousdis eu, et aurai tant que Dieu me fera vivre, d’employer et user mon temps en armes , ainsi que à chacun gentilhomme appartient, sachant qu’au royaume d’Angleterre soient plusieurs chevaliers anglais pleins de grand’ chevalerie, lesquels, longuement à mon avis, étaient demeurés endormis; pour les réveiller à démontrer leur hardement, et pour avoir d’eux aucune compagnie et connoissance , Tan 1400 pris un tronçon de grève à porter en ma jambe, jusqu’à tant que je serais délivré des armes contenues en mes lettres, dont la teneur s’ensuit : Au nom de Dieu, etc., écrit à Paris, le vingtseptième jour de mai 1400; lesquelles lettres

furent portées par Aly le poursuivant , si comme vos lettres données à Calais, le onzième jour de juin, le témoignent, desquelles afin que ma réponse à icelles puisse mieux convenir, la teneur s’ensuit : « A noble homme et honora- » ble personne Michel d’Oris, etc. »

> Du contenu au commencement des dites lettres je vous remercie de ma part lant comme je puis, de ce que me voulez délivrer de la peine en quoi je suis, ainsi qu’en vos gracieuses lettres maintenez que vous avez long temps désiré d’avoir aucune accointance avec aucun noble et vaillant de la partie de France, comme si vous vouliez ignorer dont je suis. Pour ce, vous ai fait ci-dessus à savoir que je suis né du royaume d’Aragon ; non pour quant que je , et chacun plus grand que moi, peut justement dire avoir bon titre, quand il est né du royaume de France ; car il n’est nul qui pût dire sur François avoir trouvé vilain reproche, en chose qu’un chacun prud’homme et gentilhomme peut faire, qui la vérité en voudroit dire. Mais pourtant que nul prud’homme ne doit dénier son pays ; et pour vous faire à savoir et montrer la volonté que j’ai eue, et ai , et aurai, tant que soient accomplies les armes déclarées en mes premières lettres, il est vrai que je, demeurant audit royaume d’Aragon , empris le vœu des armes dessus dites. ÎMais voyant que j’étois trop loin des parties d’Angleterre, pour plus tôt la chose accomplir, me partis d’illec, et m’en vins à Paris, où je demeurai en attendant vos nouvelles long temps depuis ce que je vous avois envoyé mes premières lettres; et depuis, pour certaines causes nécessaires, louchant mon souverain seigneur le roi d’Aragon , me partis de France et m’en retournai en mon pays, très mélancolicux et esmoyé de ce que je trouvai délais en tant de nobles chevaliers, de si petit ébattement comme j’avois devisé, dontn’avois eu nulle réponse. Si y demeurai par l’espace de deux ans, pour cause de guerre qui éloit entre mes amis. Puis, pris congé à mon dit seigneur, et retournai à Paris pour savoir nou velles, pour moi acquitter du dit fait. Et lors je trouvai à Thôtel de monseigneur de GencourI, à Paris, és mains de Jean d’ülmédo, écuyer du dit seigneur, vos dites lettres dont ci-dessus «iSl faite mention ; lesquelles y avoient été ap

R CMKOMQl i:S lyivNtU EKRAMi) Df: MONSTRELET. [Hoo]

porléi's après l’i* (pu* je* lu'oii èlois allé audit rovauiiu* d’Ara^oii ; jauir tpu'llc occ’asion ('lies lurenl après mou (lèparlemenl envoyées. .Te u’fii (lis plus, mais un cliaeun y pourra penser, selon la teneur du fait, ec (pie bon lui seni- 1 lera. J)e hupielle lettre je suis moult énier- \eillè; et aussi sont plusieurs autres chevaliers ! écuyers (pii la teneur «m ont ouic, considérant le bon rapport d(j votre chevalerie que tant avez observé les droits des armes, et orendroit les voulez changer; et sans nul autre traité ni avis de partie, par vous-méme avez voulu élire juge et place é votre plaisir et avantage ; la(iuelle chose , comme chacun peut savoir , n’est pas convenable. Et quant aux autres lettres qui ensemble furent trouvées avec les lettres dessus écrites, en l’iiôtel de mon dit seigneur de Gaucourt , à Paris, pour y mieux répondre, j'ai ci fait insérer la teneur comme il s’ensuit :

<1 Quant au premier point contenu és dites lettres, oi'i avez voulu dire qu’autres lettres envoyées m’avez, avec sauf-conduit, pour accomplir les armes, là et au jour où il vous avoit plu, à votre avantage et plaisir, sachez, certainement et sur ma foi, qu’oneques autres lettres ne vis de vous, fors celles-ci, qui me furent baillées, comme ci-dessus est dit, le douzième jours de mars; ni celui sauf-conduit oneques ne vis. Car, sans doute, si je l’eusse eu avec vos dites lettres, vous eussiez assez tôt oui nouvelles de moi et réponse à icelles ; car c’est la chose que plus je désire à être accomplie que chose qui soit ; et bien pouvez savoir que le très grand désir et vouloir que j’ai à me délivrer des dites armes m’a fait, par deux fois , venir et éloigner de mon pays par deux cent cinquante lieues, à grands frais et dépens, comme chacun peut savoir.

» Et pour ce qu’aulrefois et plus à peine és dites lettres me fîtes savoir (jue vous aviez élu place à Calais, par devant noble et puissant prince le comte de Sombreseil ; et après, pourtant qu’il étoit occupé autre part, ainsi que vos dites lettres veulent dire, messire Hue de laitrelley, lieutenant à Calais du dit seigneur de Sombreseil, fut commis pour tenir la place par très haut et puissant prince h; roi d’Anghv lcrr<*, voire souverain seigneur, a votre volonté cl poiirsiiilc. ‘(ans mon vouloir , su, ni congé;

dont je suis moult émerveillé , et à bon droit , que sans moi êtes tant allé avant, comme d’élire juge et place, et mèmement si à voire souhait. Et me semble que de votre pays ne voudriez pour rien perdre la vue ; et toutefois nos devanciers, les nobles chevaliers anciens, ejui tant nous ont laissé de beaux exemples , n’acquirent omiques grands honneurs en leur propre pays, ni oneques ne furent co. lumiers de requerre choses déconvenables , car ce n’est que pour éloigner les bonnes entreprises. Si suis bien certain qu’en ce cas vous n’ignorez pas que le devis du juge , du jour et de la place doit être élu du commun assentiment des parties; et si j’eusse eu vos lettres à temps, je le vous eusse fait savoir.

« De ce que vous dites, que ne savez si le dieu d’amour m’a de soi banni , pour ce que je suis éloigné du pays de France, où mes premières lettres furent écrites, ni s’il m’a fait changer mon propos, je vous fais à savoir, tout à certes et sans nulle feintise, qu’oneques, puisque j’eus cette chose encommencée, ne changeai mon propos , ni ferai tant que Dieu me garde de méchef ; ni en mon lignage n’eut oneques homme qui n’ait toujours fait ce que prud’homme et gentil doit faire. Et quand ce viendra à la journée, laquelle, à l'aide de Dieis, sera brièvement, si par vous ne demeure, je crois qu’il vous besognera d’avoir meilleur que d’avoir affaire à* un homme retrait de son propos.

» Pourquoi je vous prie que laissions telles paroles qui ne peuvent porter fruit , car ce n’est pas fait de chevalerie ni de gentillesse ; mais pensez au fait, ainsi que m’en avez donné espérance. Si vous fais à savoir qu’on m’a rapporté que vous avez en Calais entré en place tout seul et contre moi, qui étois du fait tout non sachant , comme ci-dessus est dit , et loin de vous pour lors bien de trois cents lieues; et si j’eusse fait semblables armes contre vous, là où pour le temps de lors étois, ce que Dieu ne veuille! je crois que les haubergeons n’en fussent ja froissés, ni les lances brisées, aussi peu comme les viitres furent. Si eûtes vous lors de vous-méme le prix sans contredit. Et, en vérité, je pense que voire dite entreprise et journée ne fut oneques à mûre délibération de vos amis conclue, ni par autres qui en ont ouï

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parler ne sera jà louée ; mais non pour quant je ne voudrois pas que par semblables fictions colorées, ce qui a été dit et prononcé et promis par vous, on dtl que vous l’ayez baillé par paroles sans nul effet , je vous prie , tant chèrement cl si à certes comme je puis , que vous me veuillez accomplir mes dites armes, ainsi comme elles sont en mes dites lettres devisées, et <|ue j'en ai grand désir et espoir. Et ne veuillez autromenl le temps tenir en paroles, car je ne doute pas que en Angleterre n’ait plusieurs chevaliers qui piéçà m’eussent délivré de ma peine, si par vous n’eût été la chose entreprise; cl sur ce, ne vous excusez plus par vos lettres que vous dites avoir à moi envoyées , car j’en suis tout sans coulpe, comme ci-dessus est dit.

» Si suis prêt, sachez de vrai, de soutenir et garder mon honneur , et qu’il n’y a nulle chose ci-dessus écrite de ma part contre vérité, (pii du contraire me voudroit charger. Et pour ce que je ne voudrois pas être si importun, que je dusse le lieu et la place proprement élire sans vous le faire savoir, j’offre, si vous voulez, aller devant le très haut et très excellent prince et mon souverain lige seigneur le roi d’Aragon, ou devant les rois d’Espagne, de Portugal ou de Navarre. El si nuis d’iceux princes ne voulez élire, pour plus être près de votre repaire, et pour non éloigner de vos marches et de madame la vôtre, à laquelle de mon pouvoir je voudrois complaire, je suis prêt d’aller A Boulogne et que vous venez à Calais ; et lA ôù le capitaine de Calais de votre part , et le capitaine de Boulogne de ma part , et au jour que ces deux diront et voudront élire, je suis prêt et appareillé d’y aller, et vous accomplir les dites armes, ainsi qu’elles sont en mes dites lettres comprises, A l’aide de Dieu et de Notre-Dame, de monseigneur saint Michel et de monseigneur saint George. El nonobstant que je suis si lointain de mon pays, j’attendrai votre réponse jusqu’A la fin du mois d’août prochain venant; et tandis, pour l’honneur de vous , je ne porterai pas le tronçon de grève , combien que plusieurs m’aient cnhorlé du contraire. Lequel terme passé , si je n’ai de vous or nouvelles , je porterai ledit tronçon de grève, et ferai aller poursuivre mes dites premières lettres par votre royaume, partout où

bon nous semblera , tant que j’aie trouvé qui me délivre de ma peine. Et afin que vous ajoi>liez plus grande foi aux choses dessus dites, j’ai mis à ces présentes lettres le scel de mes armes, et icelles signées de mon seing manuel, et parties par A, B, C. Lesquelles furent faites et écrites à Paris, le quatrième jour de septembre l’an 1401. >•

S’ensuit la tierce lettre de l’écuyer d’Aragon, envoyée au chevalier anglois :

« Au nom de la sainte Trinité, de la beuoite vierge Marie, de monseigneur saint Michel l’ange , et de monseigneur saint George , qui me jette à mon honneur, je , Michel d’Oris , écuyer, natif du royaume d’Aragon , fais à savoir à tous chevaliers anglois que, pour exhausser mon nom et mon honneur, et quéranl armes à faire , j’ai su et sais certainement qu’il y a noble chevalerie ès parties d’Angleterre, et désirant d’avoir votre accointance et d’apprendre de vous les tours et faits d’armes, vous requiers , pour l’ordre de la chevalerie et pour rien que plus aimez , que vous me veuillez délivrer des armes qui ci-aprés s’ensuivent :

» Premièrement , d’entrer en la place à » pied, etc., » et tout ainsi qu’il est contenu ès premières lettres universelles, excepté qu’il avoit écrit en la fin ainsi ;

» Et m’offre, pour abréger mon fait et pour mieux montrer ma bonne volonté et souveraine diligence , d’ètre par devant votre juge à Calais dedans deux mois, après ce que j’aurai reçu votre réponse scellée du scel de vos armes, si Dieu me garde d’essoines; et dedans iceux deux mois je 'vous enverrai les dits deux chapeaux et deux selles, et la mesure de tous les bâtons dessus dUs. Et je prie à celui qui , par sa bonne volonté, me voudra délivrer, que brief j’aie sa bonne et honorable réponse, si comme j’ai espoir de l’avoir des nobles dessus dits ; toutefois, envoyez-moi sauf-conduit bon et sûr pour toutes choses qui contre moi cl ma compagnie pourroienl venir, jusqu’au nombre de trente-cinq chevaux; et que j’aie votre réponse par Longueville, porteur de cesles; et pour y ajouter plus grand’ foi et fermeté , j’ai signé ces lettres de mon seing manuel et scellé du scel de mes armes. Lesquelles furent faites à Paris le premier jour de janvier l’an 1402. »

CllROMQrKS D’ENGUERRAND DE MONSÏRELET. [MOO]

S’ensuit la quarte lctlre| de l’écuyor d’Aragon :

« En riionneur de Dieu , i)ùre de toutes choses , et de la benoitc vierge 3Iarie , sa mûre , qui me soit en aide et me veuille par sa grâce adresser et conforter de venir à vraie conclusion de cette œuvre que j’ai emprise; à tous chevaliers anglois, je, 31ichel d'üris, natif du royaume d’Aragon, fais savoir que n’a guère , c’est à savoir l'an l iOO, comme celui qui pour lors voulois être séparé et abstrait de toutes autres cures, ayant en remembrance les très singulières gloires (pie nos devanciers du temps de jadis reçurent, par les très excellentes prouesses qu’ils firent et montrèrent en exercite d’armes : lesquels considérant de cœur acquérir aucune nouvelle louange et mérite, et pour moi habileter en aucune chose digne et vertueuse , disposai en mon cœur aucunes armes faire avec aucun chevalier anglois qui délivrer m’en voudroit par sa prouesse. Lesquelles armes accepta noble et honorable homme messire Jean de Prendregrest , chevalier d’Angleterre, ainsi qu’il peut apparoir par ses lettres ci-après déclarées. Et afin que je puisse venir ù conclusion au propos que je tins, j’ai fait incorporer après mes lettres dernières, au dit messire Jean de Prendregrest n’a guère envoyées, toutes lesquelles lettres sur ce faites d’une part et d’autre, sont ici comprises, desqiiélles la teneur s’ensuit : » A très noble personne, etc. ; •> et puis toutes les lettres jusqu’à la tierce lettre du dit écuyer. Lesquelles lettres Je fis renvoyer à Calais par Berry, roi d’armes , pour bailler audit messire Jean de Prendregrest. Et pour ce que le dit héraut, en revenant du dit lieu, rapporta lui avoir été dit de par très puissant prince le comte de Sombreseil, capitaine de Calais, que dedans le mois d’août auroil renvoyé réponse des dites lettres à Boulogne, combien <ju’il n’ait pas été accompli, toutefois, pour l’honneur du dit seigneur et capitaine de Calais , qui par son humilité s’ètoit chargé de renvoyer la réponse à Boulogne, ainsi rpj’il fut dit et rapporté dudit roi d’armes par Faulcon, roi d’armes d’Angleterre, et aussi pour l’honneur de chevalerie , et afin que par nulle occasion indue ne fût dit au temps à venir que j’aie fait mes poursuites trop importunément, j’ai attendu passer ledit

terme que ma réponse me devoit être envoyée, par l’espace d’un mois après; et en après, afin qu’il soit apparent, et chose notoire à un chacun , de ma grâce et bonne volonté et de mes lettres à vous envoyées, et aussi, à qui la faute et coulpe de cette matière peut loucher , j’ai fait ci-après insérer mes dernières lettres à vous envoyées, desquelles la teneur s’ensuit : « Au nom de la Sainte-Trinité, etc.,» et la tierce lettre de l’écuyer; par celte condition que si vous ne me délivrez à ce: le fois , je n’entends plus à écrire sur celte matière en Angleterre , quant à présent, car je vous sais si mal courtois et si mal gracieux, quand tant de fois avez ouï ma requête et bonne volonté, tant par lettres que Aly le poursuivant, à présent appelé Longueville le héraut, vous a présentées de par moi parGraville au royaume d’Angleterre, en l’an 1401 , comme de mes autres pareilles, à vous présentées par Graville le poursuivant, faisant mention de mes premières lettres générales faites en l’hôtel de monseigneur de Gaucourt, à Paris, le douzième jour de mars l’an 1402 : et comme par unes autres lettres à vous envoyées de par moi , par Berry, roi d’armes, lesquelles a reçues très puissant seigneur, monseigneur de Sombreseil, capitaine de Calais, et aussi par mes autres lettres, écrites à Paris le douzième jour de juin Tan 1402 , si qu’il vous pourra apparoir par icelles , et aussi par mes autres lettres, qui furent écrites à Paris le douzième jour de juin , l’an 1403, lesquelles sont ci-dessus transcrites; et furent icelles présentées par l^ngueville le héraut à très puissant prince monseigneur de Sombreseil , capitaine de Calais ; à toutes lesquelles lettres je n’ai trouvé nul chevalier qui m’ait envoyé son scellé , selon le contenu d’icelles. Et pourtant , communément pourrois bien dire que nulle amitié ni bonne compagnie je n’ai trouvé en tant de noble chevalerie, comme il y a au royaume d’Angleterre, vu que je suis venu de si lointain pays en approchant votre pays , poursuivant en celle peine par deux ans ou environ ; et m’en faudra aller au royaume dont je suis , sans avoir accointance de vous , comme j’ai eu et ai très grand désir, ainsi ([u’il vous peut apparoir et appert par mes dites lettres générales. Et ainsi, si me pars de vous sans nul effet , je vous aurai peu à

mercier, considéré la peine où je suis et ai été moult longuement. Et vu votre réponse, quinze iours après la date de ces présentes lettres, j’ai intention, au plaisir de Dieu, de Notre-Dame, de monseigneur saint Michel et de monseigneur saint George , de m’en retourner à la cour de mon très redouté souverain et lige seigneur le roi d’Aragon : et si dedans iceux quinze jours me voulez aucune chose récrire, vous me trouverez en l’hôtel monseigneur le prévôt de Paris. Autre chose ne vous sais que récrire , fors que je vous prie qu’il vous souvienne de moi, et de la peine où je suis : et pour ajouter plus grand’ foi et fermeté à ces présentes lettres , je les ai signées de mon seing manuel, et ai scellées du scel de mes armes. Si les ai fait écrire doubles et parties par A, B, C ; desquelles lettres j’ai retenu l’une par devers moi. Ecrit à Paris, le dixième jour de mai l’an 140.3. >•

Depuis lesquelles lellrcs, Perrin de Loherène, sergent d’armes du roi d’Angleterre, soi disant être procureur en cette partie du dit chevalier anglois , envoya une lettre par manière de réponse au dit écuyer d’Aragon , dont la teneur s’ensuit :

A très noble écuyer ^Tichel d’Oris : .Te vous signifie de par monseigneur Jean de Prendregrest, que si vous lui voulez présentement payer et restaurer en ses mains les coûlages et dépens qu’il fit, pour vous délivrer des armes contenues en vos dites lettres, lesciuelles il maintient que par votre défaut sont encore non faites, il vous en délivrera très volontiers ; et aulremenl sachez qu’il ne vous en délivrera en rien, ni aussi ne soufl’riia aucun chevalier ni écuyer de par deçà vous en délivrer, ni à ce donner réponse. El pour ce, si vous lui voulez envoyer ciiui cents marcs d’eslerlins pour les dépens dessus dits , lesquels il dit avoir tant coûté, je liens (juc n’attendrez pas longuement à être délivré des dites armes. Si vous conseille, par voie de gentillesse, que au cas que les dits dépens vous ne voudriez prestement envoyer par deçii, comme dit est , vous vous gardiez d’aucune chose si légèrement parler de la chevalerie d’Angleterre , comme en disant que vous n’y avez trouve nul chevalier qui vous ait envoyé son scellé, selon le contenu de vos dites lettres, comme vous touchez en votre dernière

écriture. Car, pour certain ,|s’il convient que plus avant en soit parlé , je vous fais bien à savoir de par monseigneur Jean de Prendregrest, chevalier, qu’il sera trouvé prêt à maintenir le contraire en défense de son honneur, que vous louchez en ce trop âprement, si comme il semble à nos seigneurs qui de ce savent la vérité ; car il en a fait ce que prud’homme et gentil doit faire. Et de ces choses m’envoyez la réponse et votre volonté par Chalon le héraut, porteur de ces présentes lettres ; lesquelles, pour y ajouter plus grand’ foi, j’ai scellées et signées à Paris l’an 1404. »

Lesquelles lettres ainsi envoyées de l’une partie à l’autre , finalement quant au fait, rien n’en fut exécuté ni mis à effet.

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