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CHAPITRE PREJIIER

Comment Charles le Bien-Aimé régna en France après qu’il eut été saeré à Reims l’an 1380, et des grands inconvénients qui lui survinrent.

Pource qu’en mon prologue ai aucunement louché que parlerai au commencement de ce présent livre de l’élat du gouvernement du roi de France Charles le Bien-Aimé , sixième de ce nom, et afin que plus itleinement soient sues les causes et raisons pourquoi les seigneurs du sang royal furent durant son règne et depuis en division, en ferai en ce présent chapitre aucune mention.

Vérité est que le dessus dit roi Charles le Bien-Aimé, fils du roi Charles le Q-uint, commença à régner et fut sacré à Bheims le dimanche devant la fête de Toussaint, l’an de grâce mil trois cent et quatre-vingts, comme plus à plein est déclaré au livre de maître .Tcan Froissart ; et n’avoit lors que quatorze ans d’âge ; et depuis là en avant gouverna moult grandement son royaume ; et par très noble conseil, fit en son commencement de beaux voyages où il se porta et conduit, selon sa jeunesse, assez prudentement et vaillamment, tant en Flandre, où il conquit la bataille de Bosebecque, et réduisit les Flamands en son obéissance, comme depuis en la vallée de Casscl, et és mettes du pays de là environ, et aussi contre le duc de Gueldres; et depuis fut-il à l’Ecluse pour passer outre en Angleterre, pour lesquelles entreprises fut fort redouté par toutes les parties du monde où on avoit de lui connoissance. Mais fortune, qui souvent tourne sa face aussi bien contre ceux du plus haut étal comme du moindre, lui montra de ses tours; car l’an mil trois cent quatre-vingl-ct-douze , le dessus dit roi eut volonté etconscil d’aller à puissance en la ville du Mans, et de là passer en Bretagne, pour subjuguer et mettre en son obéissance le duc de Bretagne, pource qu’il avoit soutenu et fa¬

vorisé messire Pierre de Craon, qui avoit vilainement navré et injurié dedans Paris, à sa grande déplaisance, messire Olivier de Clisson, son connétable ; auquel voyage lui advint une très piteuse aventure, et dont son royaume eut depuis moult à souffrir : laquelle sera ci aucunement déclairée, jà soit ce que ce ne fût pas du temps ni de la date de cette histoire.

Or est-il ainsi que le roi dessus dit chevauchant de la dite ville du Mans à aller au dit pays de Bretagne, ses princes et sa chevalerie étant assez près de lui, lui prit assez soudainement une maladie, de laquelle il devint comme hors de sa bonne mémoire ; et incontinent tollit à un de ses gens un épieu de guerre qu’il avoit, et en férit le varlel au bâtard de Langres, tellement qu’il l’occit; et après occit le dit bâtard de Langres, ; et si férit tellement le duc d’Orléans son frère, que, nonobstant qu'il fût armé, il navra au bras, et de rechef navra le seigneur de Sempy, et l’eût mis à mort, à ce qu’il disoit, si Dieu ne l’eût garanti ; mais en ce faisant se laissa cheoir à terre ; et là fut, parla diligence du seigneur de Couci et autres, ses féablcs serviteurs, pris; et lui ôtèrent à grand’ peine ledit épieu ; et de là fut mené en la dite ville duMans, en son hôtel, où il fut visité par notables médecins : néanmoins on y espéroit plus la mort que la vie ; mais par la grâce de Dieu il fut depuis en meilleur état, et revint assez en sa bonne mémoire, non pas telle que par avant il avoit eue. Et depuis ce jour, toute sa vie durant, eut par plusieurs fois de telles occupations comme la dessus dite; pourquoi il falloit toujours avoir regard sur lui et le garder. Et pour cette douloureuse maladie perdit, toute sa vie durant, grande partie de sa bonne mémoire, qui fut la principale racine de la désolation de tout son royaume. Et depuis ce temps commencèrent les envies et tribulations entre les seigneurs de son sang, parce (pi’un chacun d’eux contendoit à avoir le [)lus grand gouvernement Je son roya me,

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voyant assez elairemcnl qu’il étoil assez contonl de faire et accorder ce que par iceux lui étoit requis : lesquels se trouvoient vers lui les uns aprùs les autres ; et, à cautellc, en absence l’un de l’autre, l’inclinoient à faire leur singulière volonté et plaisir, sans avoir regard tous ensemble, par une même délibération, au bien public de son royaume et domination. Toutefois, aucuns en y eut qui assez loyaument s’en acquittèrent, dont recommandés grandement après leur mort en furent. Lequel roi en son temps eut plusieurs fils et tilles : desquels, c’est à savoir de ceux qui vécurent jusqu’à âge compétent, les noms s'ensuiveni :

Premièrement, Louis, duc d’Aquitaine, qui eut épouse la fille première née du duc .Tean de Bourgogne, qui mourut devant le roi son père, sans avoir génération. Le second eut nom Jean, duc de Touraine, qui épousa la seule fille du duc Guillaume de Bavière, comte de Ilainaut, qui pareillemmenl mourut sans génération devant le roi son père. Le tiers fut nommé Charles, qui épousa la fille de Louis, roi de Sicile, et en eut génération, de laquelle sera ci-après faite aucune déclaration ; et succéda au royaume de France après le trépas du roi Charles son père. La première tille eut nom Isabelle, et fut mariée la première fois au roi Richard d’Angleterre, et depuis au duc Charles d’Orléans, duciuel elle délaissa une seule fille. La seconde fut nommée Jeanne, et fut mariée à Jean, duc de Bretagne, duquel elle eut plusieurs enfants. La tierce eut nom IMichelle, et eut à mari le duc Philippe de Bourgogne, de laquelle ne demeura nul enfant. La qmvrte fut nommée Alaric, qui fut religieuse à Poissy. La quinte eut nom Catherine, et eut épousé le roi Henri d’Angleterre, duquel elle eut un lils nommé Henri, qui, après le trépas de son père, fut roi du dit royaume d’Angleterre. Lequel roi Charles "M eut tous les enfants dessus dits de la reine Isabelle son épouse, fille du duc Etienne de Bavière.

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