CHAPITRE CXXVJ
Comment la forteresse de La Boue, vers Laon, fut prise des Bourguignons, lesquels se eonirefirent Angloi.», et autres matières.
En ce même temps, les gens du seigneur de Teriiant, qui se tenoient à Rhéthers , prirent la rouge croix des Anglois, feignant du tout retenir leur parti ; et un certain jour, en larcin, prirent la forteresse de La Boue, à deux lieues près de Laon. Et étoit chef et conducteur des dits preneurs un homme d’armes nommé Nicolas Chevalier. Par le moyen de laquelle prise, ceux de la ville de Laon et autres lieux tenant le parti du roi Charles eurent moult à souffrir. Si fut la cause de prendre la rouge croix dessus dite, pource que les trêves, dont par avant est faite mention, n’é» toient point encore du tout rompues entre les dessus dits roi Charles et le duc de Bourgogne; car iceux avoient toujours tenu le parti du duc de Bourgogne, et se faisoient lors entre les trois parties plusieurs telles besognes qui n’étoient point sans mal engin.
En ces propres jours , le comte de Vaudemont fit assembler de trois à quatre cents combattants ou environ ès pays et marches de Picardie, lesquels dessus dits combattants il fit mener et conduire en sa ville de Bezelise; et étoit l’un des chefs et capitaines qui les conduisoient le bâtard de llumières. Lesquels gens d’armes arrivés commencèrent à mener forte guerre au pays et contrée de Barrois et de Lorraine, et y firent moult grand dommage par feu, pillage et par èpèe , dont le pauvre [leuple d’iceux pays fut moult travaillé.
Au mois d’octobre, alla le duc de Bourgogne au pays de Hollande, et avec lui la duchesse sa femme. Si avoit en sa compagnie six cents combattants picards ou environ , et demeura
pour visiter icelui pays environ un mois. Auquel vojage fui Irailé par les conseillers du dit duc et de la duchesse de Bavière qu’icelui duc de Bourgogne auroit de présent le nom, jouissance et profit des pays de Hainaut Hollande et Zélande, et de Frise, avec les appartenances , pour en user comme de son propre héritage à toujours hérilablement. Moyennant lequel accord, fut devisé que si le duc aüoit de vie à trépas devant la dite duchesse , les pays dessus dits retourneroient à elle, comme vraie héritière ; et avec ce lui furent ordonnées plusieurs nobles seigneuries et profitables , dont elle devoil jouir avec la comté d’Oslrevanl, de laquelle comté tant seulement elle se devait écrire comtesse, en délaissant les titres des pays dessus nommés. Après lesquels traités passés et promis de l’une partie à l’autre, le dit duc consentit à parconclure le mariage d’icelle duchesse sa cousine et de messire Franeque de Vorselle, lequel par avant avoil été pourparlé secrètement entre icelles parties. El, de ce jour en avant, s’écrivit le duc de Bourgogne , avec ses autres litres qu’il avoit par avant, comte de Hainaut, de Hollande, de Zélande et seigneur de Frise. Après lequel traité il retourna en son pays de Flandre.