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CHAPITRE CXXV

Commenl le daîiioisel de Commercy pril la ville de Ligny en

Barrois, appartenant à niessire Jean de Luxembourg.

Au mois de septembre au dit an, le damoisel de Commercy, qui , long temps par avant , avoit grand’ haine envers messire Jean de Luxembourg, tant pour sa forteresse de Montagu, qu’il lui dctenoit, comme pour plusieurs autres dissensions qu’ils avoient eues l’un envers l’autre, assembla de plusieurs lieux de quatre à cinq cents combattants ou environ , lesquels il mena secrètement auprès de Ligny en Barrois, et icelle, par faute de guet, prit et entra dedans, et tous ceux qu’il avoit amenés, par échelles.

A laquelle prise , ceux de la dite ville furent tous émus soudainement , et il y en eut une grand’ partie qui se reirahirent hâtivement dedans le châtcl, qui ne fut point conquis; mais se défendirent bien et hardiment contre leurs ennemis, qui par plusieurs fois les sommèrent et admonestèrent d’eux rendre, à quoi ils ne voulurent nullement entendre; ains , sans délai , envoyèrent devers messire Jean de Luxembourg lui raconter la besogne dessus dite, en lui requérant humblement qu’à ce besoin les voulsît secourir. Lequel de Luxembourg, sachant ces nouvelles, mit incontinent ( lercs en œuvre , et en grand’ diligence fit écrire à tous ses amis, alliés et bienveillants, eux requérant très amoureusement qu’ils lui vinssent aider à délivrer sa ville et ses gens du danger où ils éloient, sur tous les plaisirs que jamais lui désircroient à faire. Au mandement duquel, pour lui accompagner, se commencèrent à préparer diligemment plusieurs nobles hommes et autres gens de guerre en grand nombre ; mais , entre-temps , le dessus dit damoisel , voyant que bonnement ne pouvoil conquerre icelle forteresse de Ligny, doutant aussi le secours qui leur pouvoit venir de par messire Jean de Luxembourg, duquel il connoissoit assez la puissance et la volonté, si conclut avec aucuns de ses plus féables qu'ils s’en rctourneroient ès lieux dont ils éloient venus.

Après laquelle conclusion , fit prendre et trousser tous les biens d’icclle ville , c’est à savoir qui se pouvoienl porter; puis fit bouter

i les feux et embraser toutes les maisons d’icelle } ville, dont les habitants eurent au cœur grand’ tristesse; et le dit damoisel de Salbrusse s’en retourna à Commercy, en emmenant avec lui plusieurs prisonniers. Si furent derechef mandées ces nouvelles au dessus dit messire .Tean de Luxembourg, lequel, étant de la destruction d’icclle moult dolent et marri, fit contremander ceux qui de par lui avoient été mandés, et délaissa son entreprise.

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