CHAPITRE CXXIX
Comment aucuna capitaines françois passèrent la rivière de
Somme pour courir en Artois.
Environ l’entrée du mois de décembre, Blanchefort, le capitaine; messire Antoine de Chabannes, le seigneur de Longueval, messire Karados des Chesnes et aucuns autres du parti du roi Charles s’assemblèrent, et avec eux, de huit cents à mille combattants d’entour Breteuil, et de là allèrent passer la rivière
de Somme à Capy, et puis chevauchèrent toute nuit jusqu’emprès la ville de Dourlens, qu’ils avoient pourguetlée par leurs espies, pour la prendre et échcler; mais te seigneur de IIuinières fut averti de cotte chevauchée. Si envoya hâtivement certains messages au maire et aux jurés de Dourlens eux signifier que les François étoient sur les champs, et avoient intention d’eux porter dommage, et qu’ils fussent sur leur garde. Lesquels, oyant ces nouvelles, se préparèrent diligemment pour eux défendre, et avec ce mirent dehors leur ville un messager pour aller au châtel de Beauval dire à ceux qui le gardoient les nouvelles dessus dites. Lequel messager rencontra à une quart de lieue d’icelle ville, environ le point du jour, les coureurs d’iceux François, desquels il fut pris et examiné, si leur reconnut ce pour quoi il alloit. Et adonc se rclrahirent vers leurs gens, qui les suivoient d’assez près. Lesquels sachant, par les moyens dessus dits, leur entreprise être rompue , retournèrent tous ensemble en la ville de Beauquesne, et après qu’ils se furent repus et rafraîchis longuement, courant aucune partie de leurs gens parmi le pays, s’en rallèrent au dit passage de la rivière de Somme, et de là atout foison de leurs prisonniers, chevaux et autres bagages, retournèrent en leurs garnisons.