‹ ChroniquesChapitre 416 sur 562 · CHAPITRE eXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE eXXX

Commenl un moine de l’ordre de saint Benoit voulut prendre le cliitcl Saint-Ange, A Rouie.

Durant ce temps, un nommé Le Petit, moine qui avoit été moult aimé du pape Martin et eut grand gouvernement durant sa seigneurie, après le trépas d’icelui se retrahit devers le pape Eugène et trouva manière d’étre très bien de lui, tant qu’il fût en sa grâce comme pour en partie avoir gouvernement comme il avoit eu au temps, de son devancier. Durant lequel temps, par tentation diabolique, comme on peut supposer, il eut volonté de faire trahison contre icelui pape Eugène; et pour icelle mener à effet et de tous points accomplir, avoit parlé au prince de Salerne ou à ses commis pour le mettre à puissance de gens dedans le chàtel de Saint-Ange, et de là dedans Rome. Si étoil venu un certain jour devers le dit pape

pour prendre congé de lui, disant qu’il s’en vouloit aller demeurer en Avignon aucune esjiace de temps. Et entre-temps requit au châtelain de Saint-Ange qu’il lui voulslt garder ses coffres où étoient ses biens jusqu’à son retour, lequel lui accorda, non doutant que ce fût pour quelque mauvaiseté faire. Si fit le dit Petit, moine, faire douze coffres, dedans lesquels devoit avoir douze hommes, et à chacun coffre encore deux hommes pour les porter.

Et quand ce vint que toutes ces besognes furent toutes prêtes, pour mieux fournir son entreprise, il envoya un petit page, qui étoit son neveu, porter unes lettres à un prisonnier dedans le dit chàteL lesquelles furent d’aventure trouvées au dessus dit châtelain, lequel, par le moyen d’icelles, sut et aperçut la dite trahison. Si les porta sans délai devers le pape, lequel fit incontinent par la justice séculière prendre icelui Petit, moine, lequel fut gehenné et connut tout son fait; après laquelle connoissance il fut pendu à un gibel, et fut mis à mort dedans la cité de Rome; lequel gibet y fut pour ce fait tout propice, et puis fut écartelé au marché. Et par ainsi le dessus dit prince de Salerne faillit à son intention ; mais pour ce ne demeura mie qu’il ne fil forte guerre au dessus dit pape.

En ces jours, un saquement, nommé Thoumelaire, qui étoit prévôt de Laon de par le roi Charles , prit le chàtel de Passavant par certains moyens qu’il avoit dedans la forteresse; laquelle prise déplut moult au duc, doutant que par ce moyen son pays ne fût en guerre. Si les fit tantôt assiéger par ses gens, et enfin furent les dessus dits preneurs contraints par telle manière qu’il leur convint rendre la dite forteresse. Et avec ce fut le dit Thoumelaire exécuté et mis à mort, et aucuns autres avec lui, et si fut icelle forteresse démolie.

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