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CHAPITRE eXXIV

Comment la guerre s’émut entre messire Jean et messire Antoine de Vergy, d’une pari, et le seigneur de Château-Vilain, d’autre part.

En cet an, s’émut grand discord entre messire Jean et messire Antoine de Vergy, chevaliers de Bourgogne, d’une part, et le seigneur de Château-Vilain, d’autre part, par le moyen

duquel il commencèrent à faire guerre ouverte l’un contre l’autre. Et adonc le seigneur de Château-Vilain, afin qu’il pût être plus fort pour grever les dessus dits, se tourna du parti du roi Charles , avec lui mcssire Lègier du Touteville , Jean de Verpclleurs et aucuns autres gentilshommes , qui long temps par avant étoient ses alliés et bienveillants, en enfreignant le serment qu’ils avoient au duc de Bourgogne, leur naturel seigneur, duquel par avant icelui seigneur de Château-Vilain avoit été moult familier, et avec ce renvoya au duc de Bedfort son ordre, qu’il avoit porté longue espace. Pour lequel renvoi icelui duc fut moult indigné vers lui , et le blâma grandement en la présence de celui qui le dit ordre rapporta, pource que ainsi avoit faussé son serment vers lui ; et pareillement en fut le dit duc de Bourgogne très mal content quand ce vint à sa connoissance. Si récrivit aux gouverneurs de scs pays de Bourgogne que par tous les moyens que faire se pourroit ils missent peine de le grever et subjuguer; lesquels, en obéissant au dit duc, mirent son mandement à exécution.

Toutefois , à l’occasion de celle guerre , les pays de Bourgogne eurent grands affaires, parce que le dit seigneur de Château-Vilain avoit plusieurs forteresses, lesquelles il garnit de ses alliés, qui moult les grevèrent. Néanmoins, par la puissance du dit duc de Bourgogne et l’aide des dessus dits seigneurs de Vergy et autres nobles du pays , fut contraint par telle manière que la plus grand’ partie de ses forteresses furent conquises et démolies : c’est à savoir Gaussy , Flongy , Challancy , Villiers-le- Magnet, Nully, le châtel Saint-Urban, Biaise, Saint-Vorge , Escalon, Varville , Cussay , Romay, Vaudemontet de la Boncourt.

Devant lequel château de Gaussy, le siège y fut trois mois ou environ, lequel tenoit messire Jean de Vergy, chef principal de cette querelle, etavecque lui mcssire Guillaume Beaufremont, Guillaume de Vienne et messire Charles de Vergy, avecque eux douze cents combattants. Auquel siège vint pour le lever le dit seigneur de Château-Vilain, le damoisel de Commercy et Robert de Vaudricourt atout seize cents combattants, et y eut très grand’ escarmouclie, en laquelle fut mort un seul homme tant seulement ; néanmoins, le dessus dit seigneur de

Château-Vilain , voyant que bonnement no pouvoit lever le dit siège sans grand péril, pour la bonne ordonnance et assistance que y mettoient ses ennemis, s’en retourna avccque les siens là dont il étoit venu, et bref ensuivant, messire Denis de Saint-Elour , qui tenoit icelui fort, fit traité avec les commis du dit seigneur de Vergy, par condition que, en lui rendant le dit châtel, lui et ses compagnons s’en iroient sauvement tous leurs bagages ; et ce conclu, retourna vers le roi , qui lui fit couper la tète pour aucunes raisons dont il fut accusé vers lui , et aussi pource qu’il avoit fait mourir sa femme.

En ce môme temps, aucuns capitaines tenant le parti du duc de Bourgogne prirent d’emblée, par échelles, la ville d’Epernay, appartenant héréditablement à Charles, duc d’Orléans, prisonnier en Angleterre, dedans laquelle fui ent faites très grandes dérisions , comme en ville conquise.

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