CHAPITRE CXXXV
Comment la paix fut traitée entre le duc de Bourgogne et le» Liégeois.
A l’issue de cet an fut faite et confermée la paix entre le duc de Bourgogne et les Liégeois, pour laquelle plusieurs journées avoient été tenues entre les parties sans eux pouvoir concorder. Néanmoins, pour les dommages et intérêts que le dit duc avoit eus en sa comté de Namur par iceux Liégeois, s’accordèrent de payer au dit duc, de ses forteresses qu’ils avoient abattues en son pays désolé, cent cinquante mille nobles, avecque amendes. Et avec ce, parmi le traité, promirent les dits Liégeois de abattre et démolir de fond en comble la tour de IMont-Orgueil,cmprés Bouvines, laquelle ils tenoient, par laquelle en partie le discord étoit mu entre icelles parties. Laquelle promesse ils entretinrent bref ensuivant, et la démolirent du tout. Et furent répondants pour iceux Liégeois, afin que mieux entretinssent le dit traité, Jean de Ilinsberche, leur évêque, Jacques de Eosseux et aucuns autres nobles du pays de Liège. Après lequel traité, pour plus grand’ sûreté, furent faites lettres et baillées à chacune partie. El par ainsi, les dessus dits Liégeois, qui par
avant étoient en très grand doute et cremeur, eurent grand’ joie et furent rapaisés, et en grand’ sûreté demeurèrent en leur pays.
CUAPITRE CXXXVI.
Comment le duc de Bedforl, qui se disoil régent de France, épousa la fille du comte de Saint-eol.
Au commencement de cet an, Jean de Lancastre, duc de Bedfort, épousa en la ville de Thérouenne Jacqueline, fille atnee de Pierre de Luxembourg, comte de Sainl-Pot, et nièce de Louis de Luxembourg, évêque de Thérouenne, chancelier de France pour le roi Henri, et aussi de messire Jean de Luxembourg. Si avoit cetuy mariage été traité, certaine espace de temps par avant, par le moyen et sollicitude du dessus dit évêque, qui pour ce temps étoit un des principaux gouverneurs et conseillers du dit duc de Bedfort : duquel mariage le duc de Bourgogne , quand il fut retourné de ses pays de Bourgogne, où il étoit pour lors, n’en fut point content du dit comte de Saint-Pol, pource que, sans son su et conseil, il avoit ainsi allié sa dite fille. Et toutefois, les fêtes et les noces furent faites solennellement en l’hôtel épiscopal de la dite ville de Thérouenne. Et pour la joie et plaisir qu’icelui duc de Bedfort eut et prit d’icelui mariage, car la dite fille étoit frisque, belle et gracieuse, âgée de dix-sept ans ou environ, et afin que de lui il fût perpétuellement mémoire, il donna à l’église de Thérouenne deux cloches moult riches, notables et de grand’ valeur, lesquelles il fit amener, à ses propres coûts et dépens, du pays d’Angleterre ; et aucuns jours après la dite fête finie il s’en partit.