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CHAPITRE XLII

S’ensuit la teneur des dites lettres apostoliques reçues par le roi.

« Bénédict, évêque, serf des serfs de Dieu, à très cher fils en Jésus-Christ, Charles, roi de France, salut et bénédiction apostolique. Plût à Dieu, très cher fils, que tu eusses pleine connoissance de l’amour et affection que nous avons à ta noble et puissante personne et que tu entendisses la pureté de notre courage ; en vérité, lu connoîtrois comment nous avons grand’ liesse de ta bonne prospérité et profit, comme doit avoir le père à son enfant, et grand’ tristesse et douleur de tes tribulations el dommages. Si de ce eusses connoissance, lu ne voudrois pas ouir les mais parlants nous dé- Irayanl et faussement notre procès, et affaires nous reprochant, afin que parles dits médisants lu ne fusses pas corrompu, mais nous aimerois comme le fils doit aimer son père; et cesseroient en ton royaume les tourbillons de tes persécutions faites contre notre mère sainte église.

» Tu sais bien, glorieux prince, et par publi-

’ La soustraction à l'obédience de Benoit fut publiée le 15 mai 1408, d’après les instances de l’université de Paris. Benoît, qui s’en doutoit, avoit envoyé deux messagers chargés de lettres remplies de témoignages d’amour; mais on trouva au fond du paquet les bulles d’cxconimunication. Le conseil s’assembla, et sur le rapport du chancelier, elles furent déchirées en plein conseil, {/-^oijez le tnoine de Saint-Denis, à l’année 1408.)

que renommée est venu à ta connoissancc , qu’en grand’ sollicilude et instance nous avons souffert moult grands labeurs , afin que par nous la paix de l’église pût être trouvée et procurée, et grand’ diligence avons fait vers iceux qui ont nourri par plusieurs ans le schisme et division moult périlleuse , en occupant le siège apostolique follement, par entreprises de fait, et mêmement vers l’ange Corracian , qui s’appelle Grégoire, lequel, pour le présent en cette partie, est adversaire de l’église; et que rien n’a voulu amener à effet de ce qu’il avoit promis à laisser la papalilé et convenir et assembler en la ville de Savonne et autres lieux de son obéissance ; mais a prolongé et démené la besogne de Dieu par dilations de nulle valeur. Et jaçoit ce qu’il soit tout notoire, tant qu’il ne peut être célé , qu’il n’a point tenu ni tient à nous que vraie union ne soit brièvement en sainte église de Dieu , et tout schisme débouté et mis à néant , toutefois ils sont aucuns , comme nous avons ouï dire, qui par devers toi, en malice et sans cause, de nous murmurent, eux enforçant par leidenges maudites de déchirer et diminuer ou amoindrir la pureté de notre renommée.

» Aucuns sont mettant leur étude à troubler la dévotion de toi et des autres princes de ton sang, en blâmant nos faits injustement et affirmant ce qui n’est pas vérité, c’est à savoir que nous ne mettons point diligence que vraie union soit en sainte église.

» Vraiment à telles personnes doit pour nous vérité répondre et détruire les fictions des faussetés d’iceux ; et si croyons qu’il a été fait par renhortement d’iceux que nous n’avons point les droits de notre chambre jà par l’espace de deux ans ; car icclui édit a été fait en ta cour, par leijucl nos droits nous sont soustraits, et (I nous n’est pas obéi en ton royaume, et toutefois nous espérions à avoir consolation et repos par toi , duquel les prédécesseurs grandement, au temps passé, ont labouré pour détruire schisme et erreur en sainte église et avoir paix et union. Derechef, ceux de ton royaume font rébellion contre l’église romaine, en appelant de nous contre les constitutions canonitiues, et leur est souffert semer diverses erreurs contre la pureté de la loi.

» Mais encore avec ce que dessus est dit, qui

grandement nous déplaît à conter,’ en cette ville, en notre présence, notre très cher fils, Jean de Chûteau-Morant , et Jean de Conssy, nobles hommes, tes ambassadeurs, sont venus, qui de par toi nous ont présenté unes lettres scellées de ton scel, par lesquelles tu nous fais à savoir que si, dedans la fêle de l’Ascension prochain venant , union n’est faite et trouvée, et un vrai et seul pape et pasteur de l’église universelle n’est eu ou élu , toi , le clergé et autres gens de ton royaume, et aussi de la duché de Guyenne, ferez neutralité ; et ne ferez, prêterez ou démontrerez, ni souffrirez par aucun de tes sujets de adonc, ni en après ensuivant, à nous ou à aucuns qui tiennent notre état être faite ou démontrée aucune obédience. Pour lesquelles choses , très cher fils, tu dois grandement considérer que nous avons cause d’avoir grand’ douleur au cœur; ce ne sont mie signes d’amour de cher fils démontrées à son père ; et des choses dessus dites ensuivent moult d’autres inconvénients ; car iceux qui à loi et aux autres princes de ton sang baillent telles paroles envenimées, loi et les autres pourroient faire cheoir en perdition avec eux. En cela renommée de ta noble maison est grandement blessée , et par grand péché en co est faite détraclion à la divine puissance, en voulant mettre terme et fin à la miséricorde de Dieu.

» L’union que tu penses est droitement un péché et persévération du schisme ; car notre adversaire et scs ensuivants, pour les choses dessus dites élevés en orgueil , ne pourront point être ployés ni induits en concorde, mais seront plus obstinés, ayant espoir que prochainement à nous et notre partie sera faite la substraction d’obédience ; et par ainsi, eux qui étoient jà tous matlés et déconfits par nos oppressions, seront renforcés et corroborés.

» Yraimeiil, très cher fils, nous, à qui Dieu a baillé la garde de son peuple, ne pouvons plus souffrir par raison telles choses, qui redondent en l’offense de la divine majesté, et péril des âmes, et turbation de ladite union, et l’élection et renommée de loi et la niégnie, mais grandement doutant de ta damnation par telles subjections et mauvais enhori , le prions et enhorlons en INotre-Seigneur, notre vrai sauveur, que ne veuilles ouir iceux mau-

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vais, qui par avonluro quiorenl à trouver leur profil ou dommage de nous cl do l'église el la iierlurbalion de toi el des liens. Quant est de notre procès, lu en as assez connoissance pleinement [lar ce que nous à toi avons écrit. Â'euille étudier cl considérer en repos d’esprit, en ton sage conseil, les causes cl ordonnances el la pure intention de nous ; veuille en outre révotiuer, rappider el annuler les griéves entreprises el dommages faits i nous el à l’église, on ton royaume cl en tes terres, et ramener ou faire ramener par vrai jugement; à l’étal d’eux cl premier en après le mandons que ne veuilles nouvellement procéder à ce que lu nous a écrit, car il n’allicrt pas à l’honneur de Ion excellente personne.

» Si ainsi est que lu veuilles obéir aux mandements et exhortations de ton père avec la louange humaine, tu auras moult grand mérite perdurablement devers Dieu, en inclinant à toi la faveur du siège apostolique et la nôtre. Très amé fils, garde qu’aucun ne te déçoive par vaine erreur. Si voulons que saches, et par ces présentes le faisons savoir, qu’outre les peines el sentences prononcées en droit, nous avons fait n’a guère autres constitutions, que nous à loi envoyons sur notre bulle avec ces présentes, par lesquelles loi et autres tellement délinquants el désobéissants, que Dieu ne veuille! seront punis. El ce nous avons fait pour toi el les autres princes préserver et retraire de si griève offense de lèse-majeslé, tant qu’en nous est, pour l’amour paternel qu’avons à loi el aux autres princes, et afin qu’au dernier jour du jugement nous ne soyons pas coupables, en dissimulant des aines qui par ce pourroienl périr. Donné au Port-de-Venère, au diocèse de Gènes, le vingt-ciualrième jour du mois de mars et le quatorzième an de notre dapalilé. »

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