CHAPITRE CXLVI
Comment le seigneur de La Trimouille fui pris en l'iiôlel du roi Charles, et rendit la vicomté de Thouars.
Durant le temps dessus dit, le roi Charles de France se tenoit moult souvent au chàtel de Chiuon , avecque lequel étoit le seigneur de La Trimouille, par qui toutes besognes se conduisoient quant à l’état du roi , dont n’étoient pas bien contents Charles d’Anjou et aucuns autres grands seigneurs, qui l’avoient en haine pour l’amour du seigneur d’Amboise, vicomte de Thouars, lequel il faisoit tenir prisonnier dès le temps que le seignenr de Lezay et Antoine de Vivonne avoient été décapités en la cité de Poitiers , par son pourchas ; et aussi pource que par lui le connétable ne pouvoit retourner en la grâce du roi , comme iceux enlendoient être vrai. Si advint un certain jour qu’en contant des choses dessus dites , entrèrent dedans icelui chàtel de Chinon le seigneur de Beuil, messire Pierre de Verseil, Prégent de Coylizy et aucuns autres grands barons jusqu’au nombre de seize , lesquels allèrent jusqu’à la chambre d’icelui seigneur de La Trimouille , qui encore étoit en son lit. Si le prirent prisonnier et l’emmenèrent , et lui fut lors ôté tout le gouvernement du roi , et puis, par traité qu’il fit avecque les dessus dits et autres de leurs alliés, rendit le dit seigneur d’Amboise, et avecque ce promit de n’en plus retourner devers le roi , et si rendit plusieurs forteresses qu’il tenoit.
Et assez brief ensuivant retourna le dit connétable devers le roi, lequel roi fut assez content de lui , jà soit ce qu’il lui déplût grandement du désappointement du dessus dit seigneur de La Trimouille : néanmoins lui furent baillés nouveaux gouverneurs. Au temps dessus dit, Philippe, le seigneur de Saveuse, se
WM) DE Mü.NS'mEm’. [liW]
tenoit en la ville de Mont-Didier atout certain nombre de combattants, pour défendre le pays et résister contre les François de Compiègne, Rcsson-sur-la-Mer, Mortemer, Breteuil et autres places , lesquels étoient allés courre vers le pays de Santois , environ eux cinquante combattants, lesquels furent tantôt envahis et la plus grand’ partie pris prisonniers , et les autres se sauvèrent par fuite. En cet an mourut le comte de Penthièvre en sa ville d’Avesnes en Ilainaut; lequel par long temps avoit été déchassé de Bretagne , comme en autres lieux est assez déclaré. El alors régnoit sur la plus grand’ partie des marches de France grand’ mortalité, tant en bonnes villes comme en plein pays. Et d’autre part, étoient les seigneurs et nobles hommes fort divisés les uns contre les autres, et n’éloient Dieu, l’église ni justice obéis ni craints, et par ainsi le pauvre et simple peuple étoit en plusieurs manières offensé.