CHAPITRE CXLVII
Comment Guillaume de Coroam rua jus Jean de Boaurainj
et comment la forteresse de Haplaincourt fut reconquise
par messire Jean de Luxembourg.
En icelui temps, Guillaume de Coroam, anglois, et avec lui Villemer de Hainaut et aucuns autres des gens de messire Jean de Luxembourg, accompagné de trois à quatre cents combattants ou environ, ruèrent jus et détroussèrent entre Ardenne et Champagne , assez près de A'wis, de cinq à six cents combattants, lesquels avoient assemblés Jean de Beaurain et autres capitaines pour combattre et ruer jus les dessus dits, qui là étoient allés courir. Toutefois le dit Jean de Beaurain se sauva et grand’ partie de ses gens. Et après, au mois de septembre, fut pris le chàtel de Haplaincourt, séant sur la rivière de Somme, à deux lieues de Péronne, par un tenant le parti du roi Charles , nommé Martin Le Lombart et ses complices; dedans lequel étoient messire Pierre de Beausault , noble chevalier, moult ancien , et sa femme , mère de messire Karados de Quesnes.
Pour laquelle prise, le pays de Vermandois et autres à l’environ furent en grand effroi et souci , doutant que par le moyen d’icelle prise leurs adversaires et ennemis n’eussent grand’
entrée en iceux pays. Et pour tant sans délai furent incontinent mandées ces nouvelles au dit mcssireJean de Luxembourg, lequel, dedans brefs jours, assembla bien huit cents combattants picards, et avecque lui le jeune comte de Saint-Pol, son neveu, le seigneur de Saveuse, inessire Simon de Lalain et aucuns autres nobles capitaines, et s’en alla devant te dit cliàtel, devant lequel il fit dresser aucuns engins pour traire à l’encontre. Et tant firent par les dits engins, avec les assauts qu’y firent ses gens, qu’ils contraignirent tellement ceux de dedans le dit châtel qu’ils se rendirent du tout en la volonté du dit messire Jean de Luxembourg, dont les aucuns furent pendus et étranglés; et le dit Martin, Jacotin, Clamas, furent depuis délivrés par finance ; et icelui châtel fut depuis remis en la main de Jean de Ilaplaincourt, et en furent du tout déboutés les dessus dits chevaliers et dames. Après lequel exploit s'en retournèrent les dessus dits comte de Ligny et de Saint-Pol avecque leurs gens és lieux et pays dont ils étoient venus.