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CHAPITRE CXLVIII

I Comment les comtes de S.iint-Pol et de Ligny tinrent la journée de VilIcrs-lc-CarbonncI, et depuis ruèrent jus les François de la garnison du Laon.

Le quinzième jour du mois d’octobre , le jeune comte de Saint-Pol et messire Jean de Luxembourg, comte de Ligny, son oncle, avec de quatre à cinq mille combattants, que par avant ils avoient évoqués des pays de Picardie et de Hainaut, entre lesquels étoient messire Guillaume de Lalain, messire Simon, son frère , le seigneur de Mailly , messire Allard de Mailly , le seigneur de Saveuse , Valeran de Moreul , Guy de Roye et plusieurs autres hommes de guerre experts et renommés en armes -, avecque ce aussi douze cents Anglois ou environ que conduisoient le seigneur de Villeby et messire Thomas Kiriel , tinrent la journée au pays de Santois , emprès Villersle-Carbonnel , pour la composition du châtel de Mouchas en Normandie , faite par messire Régnault de Fontaines , avec le feu comte Pierre de Luxembourg , comme en autre lieu est à plein déclaré. A laquelle journée , messire Régnault ni autres de la partie du roi

Charles ne vinrent ni comparurent , ains laissèrent leurs étages en ce danger. Néanmoins les deux comtes dessus dits se tinrent en la bataille au lieu qui avoit été devisé entre icelles parties, grand’ partie du jour.

En après, eux voyant qu’ils ne véoient nulle apparence de leurs adversaires , se logèrent atout leurs gens cette nuit en aucuns villages près de la dite place , et le lendemain s’en retournèrent ès lieux dont ils étoient venus par plusieurs journées. En outre , dedans brefs jours ensuivants, les dessus dits comtes étant à Guise , leur furent apportées nouvelles que le seigneur de Pennesac, alors capitaine de Laon , avec lui quatre cents combattants ou environ des garnisons de la marche de Laonnois, étoient venus courre vers Marie, et venoient de cuider prendre Vervins, appartenant héritablement à Jeanne de Bar , sa bellefille, et déjà avoient bouté les feux ès fauxbourgs d’icelle ville de Marie. Pour lesquelles nouvelles, messire Jean de Luxembourg , tout troublé, monta à cheval, le dit comte de Saint-Pol en sa compagnie, messire Simon de Lalain et les gens de son hôtel. Si manda hâtivement à toutes ses gens qui étoient en ses forteresses assez près d’illec, qu’ils le suivissent sans délai ; et avec ce , messire Simon manda ses gens, qui étoient logés en un village assez près de là. Finablement , le dit comte de Ligny mit ensemble trois cents combattants de plusieurs terres, et chevaucha vigoureusement vers ses ennemis ; si les trouvèrent qu’ils se retrayoient vers Laon, assez près de Daissy. Et jà soit ce qu’ils fussent on plus grand nombre que lui, toutefois, tantôt qu’il les aperçut, se férit des premiers dedans eux, sans plus attendre après ses gens, et, pour vrai, il y fit de grandes merveilles et faits d’armes de sa personne. Et finablement, les François se mirent en fuite en la vue de leur capitaine dessus dit, et les autres furent déconfits et mis à mort , jusqu’au nombre de huit vingts, dont étoient les principaux Gaillard de Lille, .\ntoine de Belle-Garde, de Mouy , le Borgne de Vy , Henri Quenof , du pays de Brabant , et autres jusqu’au nombre dessus dit; et on y eut de pris de soixante à quatre vingts ; des quels la plus grand’ partie furent le lendemain pendus. Desquels en fut un nommé

GTS CHRONIQUES D’ENGUERRAND DE MONSÏRELEÏ. [1433]

Rousselet, prévôt de Laon. Et si fut pris en la balaille un gentilhomme d’armes nommé L’Arehenciel, qui s’éloit rendu à messii e Simon de Lalain, dessus nommé; lequel L’Arclienciel lui avoit autrefois sauvé la vie à Saint-Vincent , comme dit est ailleurs. Et pareillement lui vouloit le dit messire Simon sauver la vie, ce que faire ne put ; car messire Jean de Luxembourg le fit occire, dont le dit messire Simon fut moult courroucé ; mais autre chose n’en put avoir.

En après, les François furent chassés jusqu’assez près de la ville de Laon ; si en y eut en la dite chasse plusieurs morts et pris. Si fut ce jour le jeune comte de Saint-Pol mis en voie de guerre ; car le comte de Ligny, son oncle, lui en fit occire aucuns, lequel y prenoit grand plaisir. Après laquelle détrousse s’en retournèrent très joyeux en la dite ville' de Guise pour la victoire qu’ils avoient obtenue.

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