‹ ChroniquesChapitre 448 sur 562 · CHAPITRE CLXllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXllI

Comment le seigneur de Villoby et Malhagou, anglois, inirenl siège devant Saint-Sellerin ; et coniiiient, premiers ^•s François, et depuis ieeui .tnglois furent rués jus et déconfits.

Au môme an mit quatre cent trente-quatre, le seigneur de Vitlcby, accompagné de Wa- Ihagou et aucuns autres capitaines , qui tous ensemble pouvoient avoir de huit cents à mille combattants, mirent le siège devant une forte place nommée Saint-Sellerin , au pays du Maine, à deux lieues près d’.Vlençon , dedans laquelle place ètoienl les Fran(,-ois. Et avoient à capitaine un gentil chevalier nommé messire

Antoine de Loreil, lequel, de prime venue, à l’aide de scs gens, se défendit moult vigoureusement contre ses ennemis et adversaires ; mais nonobstant ce, les Anglois dessus dits les environnèrent puissamment tout autour, et furent là environ six semaines. Durant lequel temps, le seigneur de Beuil, messire Guillaume Blesset, le seigneur de La Varenne et aucuns autres capitaines françois s’assemblèrent et vinrent environ quatorze cents combattants, sur espérance de bailler secours et aide à leurs gens, et se tinrent par plusieurs jours à Beaumont-le-’V icomlc,ct là se logèrent une partie, et l’autre partie se logea en une autre ville nommée Vivien, à quatre lieues de leurs ennemis. El quand ils furent logés au dit Beaumont, si s’assemblèrent tous les capitaines et autres dos plus experts de leur compagnie , pour avoir conseil cl avis sur ce qu’ils avoient à faire. Si fut conclu et délibéré, après plusieurs débats et noises , qu’ils n’étoient point fitrts et puissants assez pour combattre iceux .'Vnglois, attendu le lieu et la place où ils étoient; mais conclurent et délibérèrent d’aller par derrière tirer hors leurs gens qui étoient assiégés.

Après laquelle conclusion , les dits capitaines s’en retournèrent à leurs logis, et ordonnèrent et établirent leurguel pour la nuit, tant de cheval comme de pied. Et étoit le dit seigneur de Beuil en celle besogne lieutenant de messire Charles d’Anjou, et avoit la charge de son étendard. Et en celte même nuit, les Anglois, qui bien savoient la venue de leurs ennemis et adversaires, se mirent aux champs grand’ partie et se tirèrent tout coiment de nuit jusqu’assez près du dit logis de Vivien, et, pour épier et guetter les dits François, envoyèrent aucuns de leurs gens par deux fois jusque dedans leurs logis , pour voir et connoître leur manière , lesquels ils trouvèrent assez bien en point. Et ce fait, se relrahirent arriére vers leurs gens, lesquels derechef tous ensemble les allèrent assaillir au point du jour, et à petite perle les ruèrent jus et dèconfirent, et en prirent plusieurs ; et si en y cul aucuns morts et occis , entre lesquels le fut un très vaillant homme d’Amiens, nommé Jean de Bclley, qui étoit d'Auvergne. Après laquelle détrousse se mirent aux champs iceux Anglois

GSG CHROMQUES D’EKGUERRÂIND DE MONSTRELET. [1434]

atout les dits prisonniers. Et lors les dits seilîueuis ic Beuil et de La Varenne, qui éloient au dit lieu de Beaumont, comme dit est, sachant les nouvelles dessus dites par aucuns de leurs gens qui étoienl échappés et fuis au logis, se mirent aux champs, et incontinent tous ensemble tirèrent vers où étoient leurs ennemis et adversaires, lesquels, quand ils les virent et aperçurent venir, furent moult grandement joyeux, espérant de les ruer jus, comme ils avoient fait les autres, et se férirent ces doux compagnies de grand’ volonté l’une dedans l’autre , et y eut fait de moult belles et excellentes prouesses entre les deux parties ; mais finablemenl les Anglois furent tournés à déconfiture , en partie par l’aide des prisonniers qu’ils avoient, et y furent morts de leur partie un vaillant chevalier nommé Artus, et îMalhagou fut pris , mais le bâtard de Salsebery s’enfuit. Et y furent que morts que pris quatre cents Anglois ou plus , et demeurèrent les dessus dits François maîtres et victorieux , lesquels furent très grandement joyeux de leur victoire, et quand ceux qui étoient demeurés au siège devant Sainl-Sellerin surent la perte de leurs compagnons , se levèrent du siège et se retrahirent en leurs garnisons.

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