CHAPITRE CLXIV
Comment La Hire prit malicieusement le seigneur d’AuEfemont.
Durant ces tribulations, La Hire, accompagné d’Antoine de Chabannes, du Bourg de Vignolles , son frère, et autres, jusqu’à deux cents combattants ou environ, passa par-devant le châlel de Clermont en Beauvoisis, où étoit le seigneur d’Auflemont , qui en étoit capitaine, lequel ne s’effrayoit en rien ou bien peu des dessus dits. Et pour ce, sachant leur venue, pour eux complaire et faire le bienvenant, fit tirer du vin et le porter dehors la poterne de la tour, et vinrent iceux boire ; et là contre eux issit le seigneur d’Auffemont, avecque lui trois ou quatre de ses gens tant seulement, et commencèrent à parler à La Ilire et aux autres, en eux faisant courtoisie et réception, pensant qu’ils ne lui voulsissent que bien ; mais il étoit de ce véhémentement abusé, car leur malicieuse volonté étoit bien autre,
comment ils montrèrent prestement ; car en parlant au dit seigneur d’Auffemont, La Hire le prit lestement, et de fait le contraignit incontinent de lui rendre le dit châtel, et avec ce le fil meltre en fers et avaler en la fosse. Si le tint un mois en prison moult durement et en grand travail , tant qu’il eut le corps et les membres moult travaillés, et fut plein de poux et de vermine , et enfin paya pour sa rançon quatorze mille saluts d’or, un cheval de vingt queues de vin ou autre tel prix et estimation. Et nonobslant que le roi Charles écrivît par plusieurs fois à La Hire dessus dit qu’il le délivrât sans en prendre finance, et qu’il étoit bien content de son service, il n’en voulut rien faire pour lui.