CHAPITRE CLXV
Comment les communes de Normandie s’élevèrent contre les
Anglois et leurs garnisons.
En cet an, les communes gens du pays de Normandie, et par spécial ceux du pays de Caux, s’assemblèrent., et éloient bien environ deux mille en une compagnie , pour combattre et eux défendre contre les Anglois étant au pays ; lesquels , en allant contre les défenses et édits royaux, avoient été piller et fourrager les biens d’iceux communes, jà soit ce que par avant les dessus dits avoient été contraints et pressés par les baillis et officiers du pays d’être armés et embâlonnés, chacun selon son étal, pour résister contre les pillards et autres qui leurs dits biens vouloienl prendre de force. A l’occasion duquel commandement ils s’assemblèrent, comme dit est, et de fait reboutèrent les dessus dites garnisons hors de leurs villes, et en prirent et occirent aucuns, dont les capitaines d’iceux ne furent point bien contents. Néanmoins ils montrèrent semblant de les vouloir rapaiser; et par certains moyens furent les traités fail^ entre icelles parties, et se commencèrent les dites communes à retraire assez follement, sans ordonnance, non doutant la malice d’iceux Anglois , lesquels secrètement les poursuivirent jusqu’assez près de Saint- Pierre-sur-Dive, empi ès Tancarville, et leur coururent sus; et, sans y trouver grand’ défense, en occirent bien de mille à douze cents, et les autres se sauvèrent par les bois, où ils purent le mieux. Pour laquelle offense fut faite
grand’ plainte à Rouen, qui, pour celle cause, firent bannir plusieurs de ceux qui avoienl fail celle emprise : mais, assez bref ensuivant, fut la besogne apaisée pour les grands affaires qui étoient au pays.