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CHAPITRE CLXX

Comment le duc Philippe de Bourgogne, avec la duchesse sa femme, retourna des pays de Bourgogne en Flandre et en Artois.

Au commencement de cet an, après que le duc de Bourgogne eut délivré ses pays de ses ennemis à grand labeur, et aussi que le duc de* Bourbon, son beau-frère, fut pacifié avec lui, et que la journée du grand parlement d’Arras fut entreprise et assignée avec les ambassadeurs du roi Charles, il fit préparer son

état, et celui de la duchesse sa femme, et de leur petit-fils, pour s’en retourner en ses pays de Flandre et d’Artois. Lequel parlement fut assigné à être tenu en la ville d’Arras, le deuxième jour du mois de juillet ensuivant. Si se départit atout son armée de sa ville de Dijon, laissant pour gouverner icelui pays de Bourgogne messire Jean de Vergy, et s’en vint jusque vers Euchoire. Auquel lieu, ou assez près, il trouva mille combattants ou environ, picards, lesquels par avant il avoit mandés pour lui compagner à son retour; et les conduisoient messire Jean de Croy, bailli de Hainaut, le seigneur de Saveuse, messire Jacques de Brimeu, Jean de Brimeu et aucuns autres seigneurs. Et de là le dit duc prit son chemin vers Paris, passa la rivière de Seine à Montereau-Faut-Yonne, et puis vint à la dite ville de Paris, où il fut des Parisiens très joyeusement reçu, et furent à lui et à la duchesse sa femme faits de moult beaux présents. Et quand il eut séjourné en la dite ville aucuns peu de jours, chevaucha par plusieurs journées jusqu’à sa ville d’Arras, dessus nommée; et lors donna congé à toutes ses gens d’armes, tantôt qu’il eut passé l’eau de Somme. Si alla, assez bref ensuivant, visiter ses pays de Flandre et de Brabant, où il délibéra avecque son conseil de convoquer par tous ses pays les nobles et gens d’état pour être et venir à la dite journée d’Arras. Et avec ce envoya une ambassade en Angleterre devers le roi et son grand-conseil eux signifier la dessus dite journée, et laquelle étoit entreprise en intention de traiter paix générale entre les deux royaumes de France et d’Angleterre. Et furent les principaux à faire la dite ambassade messire Hue de Launoy, le seigneur de Crèvecœur, et maître Quentin Mainart, prévôt de Saint-Omer. Auxquels par le roi d’Anglelerre et ceux de son conseil, fut faite grand’ réception. Et en conclusion leur fut dit que par le roi à la dite journée solennellement seroit envoyée ambassade. Après laquelle réponse s’en retournèrent vers le dit duc de Bourgogne.

CHAPrrRE CLXXI.

Comment les François prirent la ville de Rue sur les Anglois,

A l’entrée du mois de mai , assemblèrent messire Jean de Bressay, lieutenant du marc-

chai de Rieux, Bertrand Martel, Guillaume Braquement, le seigneur de Longueval, Charles de Maréls et aucuns autres tenant le parti du roi Charles de France, jusqu’au nombre de trois cents combattants , droites gens d’armes et vaillants gens d’élite, lesquels allèrent passer l’eau de Somme par nuit à la Blanche- Tache, et delà vinrent à la ville de Rue et entrèrent dedans secrètement par échelles; et de fait, avant qu’ils s’en aperçussent, prirent la dite ville sans y trouver quelque défense.

Et adonc, quand l’effroi se commença, se retrahirent sept ou huit Anglois en un boulevert, auquel ils se défendirent aucune espace; mais, en conclusion, ils furent contraints d’eux rendre en la volonté des François par force d’assaut. Si en y eut partie prestement mis à mort , et les autres depuis furent envoyés parmi ce qu’ils payèrent grand’ finance. Si furent aussi pris grand nombre de ceux de la ville, et les autres se sauvèrent par-di ssus la muraille. Après laquelle prise, la graigneur partie des habitants furent pris, pillés et robés ; et pour la prise d’icelle ville furent les pays de Ponthieu, Marquinenterre, Artois, Boulenois et aucunes autres terres à l’environ en grand doute , sachant leurs ennemis être logés près d’eux et bien garnis de vivres. Et point n’étoit sans cause se iceux paysans avoient doute et peur, car bref ensuivant ils commencèrent à courre en plusieurs et divers lieux, et à faire forte guerre en portant grands dommages, par feu et par épée, aux pays dessus dits, et multiplièrent de gens en grand nombre, et, comme dit est, firent moult de maux ; et mèmement un certain jour allèrent à grand’ puissance, en tirant vers Boulogne, jusqu’assez près de Saumer-au-Bois, où ils prirent plusieurs prisonniers et foison de chevaux et autre bestial ; et à leur retour ardirent la ville et le port d’Estaples , où il y avoit grand nombre de belles maisons et édifices. Et depuis que ils furent retournés au dit lieu de Rue, atout grands proies, r’allèrent par plusieurs fois courre le pays, où ils firent innumérables maux et dommages par feu et par épée; mais en aucunes d’icelles courses , assez prés dcMontreul, fut pris messire Jean de Bressay et Harpin de Richammes, et en un autre lieu fut pareillement pris le petit Blanchefort d’un

des bâtards de Reuly : si étoit à cette cause le dit pajs maternent travaillé.

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