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CHAPITRE CLXXV

Comment les Françoi.c, après qu’ils eurent fait unes lettres de trêves aux Bourguignons sur les marches de Beauvoisis, allèrent courre le pays de Boulenois et autres.

En ce temps furent faites unes trêves de par les gens du duc de Bourgogne, sur les marches de Santois et de Mont-Didier, avecque La Hire et les siens, par tel si qu’il feroit du tout abattre et démolir le fort de Breteuil en Beauvoisis, et pour ce faire , en eut grand’ somme de monnoie, qu’il prit volontiers. Après lesquelles trêves se partirent de la marche vers Beauvais le grand Blanchefort et le petit , et Pothon le Bourguignon , avecque eux six cents combattants ou environ, et s’en allèrent en la ville de Rue. Lesquels là venus , avecque eux iceux là pieça avoient été , s’en allèrent tous ensemble courre le pays de Boulenois , et en passant tout coiment, sans faire elfroi devant Etaples, allèrent jusqu’à Desnerue et de là à Saumerle-Bois. Esquels lieux ni par tout le pays on ne se doutoit en rien de leur venue, et y trouvèrent les hommes et habitants avecque leurs biens et maisons, lesquels, ou au moins la plus grand’ partie , furent pris et liés par iceux François et emmenés prisonniers , et aussi emportèrent la plus grand’ partie de leurs meilleurs meubles, et mômement rançonnèrent, à grand’ somme d’argent, la ville et abbaye de Saumur, et de là, en retournant, s’épandirent en plusieurs et divers lieux du pays, icelui dégûtant par feu et par épée, sans avoir quelque empêrhement et détourbier de leurs adversaires et ennemis. Et après qu’ils eurent ars et brûlé plusieurs maisons en la ville de Francq, et fait innumérables maux et dommages au dit pays de Boulenois, ils retournèrent tous ensemble atout grand nombre et quantité de prisonniers et autres biens en la dite ville

d’Etaples , et là se reposèrent et rafraîchirent petite espace de temps.

Et pour tant que les bourgeois et habitants de la ville , qui étoient retraits au chàlel , ne voulurent payer rançon de leur dite ville à leur département, embrasèrent les maisons d’icclle et y firent très grand dommage, car ce étoit une ville bien peuplée et édifiée. Et de là s’en retournèrent sûrement jusqu’à la dite ville de Rue, jà soit ce que messire Jean de Croy, Le seigneur de Créquy, le seigneur de Humières et aucuns autres du pays assemblèrent bien trois cents combattants ou environ , espérant iceux aucunement envahir et assaillir; mais ce fut pour néant, car les dessus dits François chevauchèrent en si bonne ordonnance qu’ils n’y virent point leur avantage sur eux , par quoi ils se retrahirent ès lieux dont ils étoient venus. En après, les dits François, retournés en la ville de Rue, comme dit est, ils partirent leur butin , et quand ils furent reposés et rafraîchis un peu de jours, ils se remirent sus, et coururent le pays vers Dourlens et Hesdin. Si ardirent en plusieurs lieux , et prirent foison de bons prisonniers et autres proies , et biens meubles portatifs. Et puis après s’en retournèrent par La Boue, où ils assaillirent durement la forteresse; mais elle fut si bien défendue par ceux que y avoit mis le vidame d’Amiens, à qui elle étoit , qu’ils eurent plusieurs de leurs gens blessés. Par quoi , voyant qu’ils yperdoient leur temps, se retrahirent atout leur pillage à Rue, et depuis, par plusieurs fois firent de telles courses sur les pays du duc de Bourgogne, dont , à l’une d’icelles courses, fut pris un de leurs gens, c’est à savoir messire Jean de Bressay, lieutenant du maréchal de Rieux , et te prit Ilarpin de Richammes, vers Montreuil. Et une autre fois fut aussi pris le petit Blanchefort par l’un des bâtards deReuly. Ainsi donc les François dessus dits dommagèrent moult le pays à l’cnviron de la dite ville de Rue , et mémement ardirent et embrasèrent la ville de Cressy-sur- Anthieu, laquelle étoit du propre domaine du roi. J

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