CHAPITRE CLXXIV
Comment les François prirent sur les Anglois la ville de Saint-Denis en France.
Durant le temps dessus dit prirent les François la ville de Saint-Denis , tant de force comme d’emblée , et éloient en nombre de douze cents combattants ou environ , desquels étoient les principaux messire Jean Foucault, messirc lAïuis de Vaucourl , messire Régnault de Saint-Jean et autres capitaines, lesquels mirent à mort aucuns Anglois là étant. Pour laquelle prise les Parisiens se commencèrent
r.iri CllROMQUES D'ENGllERRAKD DE MONSTRELET. [1435]
fort i\ ébahir et h doulcr, pource qu’iccux François couroient souvent devant leur ville, pour ciuoi vivres n’y pouvoient venir. Et afin qu'iccuv vivres enfui ne leur fussent ôtés par la rivière de Seine, en venant de Normandie, envolèrent à Rouen par devers le duc de Bedfort , et pareillement à Louis de Luxembourg, évêque de Ttiéroucnne et chancelierde France de par le roi Henri, requérir qu’il leur voulût envoyer certain nombre de gens d’armes pour les secourir et aider à résister contre les François dessus dits, desquels, par le pourchas et sollicitude du dit chancelier, leur fut envoyé messire Jean , bâtard de Saint-Pol , Louis, son frère, Valeran de Moreul, messire Ferry de Mailly, Piobert de Neuville et aucuns autres gentilshommes, avec cinq cents combattants des marches de Picardie, lesquels, en prenant leur chemin par Rouen, allèrent sauvement à Paris, où ils furent joyeusement reçus des Parisiens , et par l’aide et conseil du seigneur de l’Ile-Adam , maréchal de France de par le roi Henri et capitaine d’icelle ville de Paris, commencèrent à faire forte guerre à iceux François de Saint-Denis. Toutefois iceux François , nonobstant la résistance des dessus dits, couroient très souvent à puissance devant icelle ville de Paris,
Auquel lieu, durant ce temps, furent faites dures escarmouches par les parties, entre Paris et Saint-Denis , et aussi prirent les François le fort d’Ecouen, auprès de Montmorency, que tenoient les Anglois ; si prirent et occirent ceux de dedans , qui étaient environ trente Anglois sur tous , et puis allèrent devers le châtel d’Orville, emprèsLouvres, appartenant au Galois d’Aunay, chevalier tenant le parti du roi Henri de Lancastre, lequel, au bout de deux jours qu’ils y furent venus, fit traité avecque eux, par condition qu’il leur délivreroit la dite forteresse, en cas qu’à un jour, qui fut pris, ceux de son parti ne seraient puissants au dit lieu pour les combattre. Et entre-temps que ce se faisait, les seigneurs de Talbot, de Scalle et de AVarwick, et avec eux Georges deRichammes, le bâtard de Thien, messire François l’Aragonnois et aucuns autres, jusqu’au nombre de trois n)ille combattants ou environ, sc mirent ensemble et vinrent à Paris et en icelle marche eux joindre avec le sei¬
gneur de rile-Adam et les autres dessus dits , lesquels, tous ensemble, allèrent tenir la journée que le dit châtel se devoit rendre aux dits François, lesquels n’y allèrent ni envoyèrent, et par ainsi icelle forteresse demeura paisible au seigneur dessus dit; et de là en avant, les Anglois tinrent les champs à puissance, et mirent en leur obéissance, en la marche de l’Ilede-France, aucunes forteresses que tenoient les François.