CHAPITRE CLXXXIII
Comment le cardinal de Vincestre vint à Arras pour être a la convention qui là étoit assemblée.
Le dix-neuvième jour d’août ensuivant, vint le cardinal de Vincestre en la ville d’Arras, pour être au parlement là élant, et étoient en sa compagnie le comte de Huntingdon et autres noMes chevaliers et écuyers d’Angleterre, jusqu’au nombre de trois cents chevaucheurs. A l’encontre duquel allèrent les ducs de Bourgogne et de Gueldres, les comtes de Saint-Pol, de Ligny, de Meurs, et la plus grand’ partie des nobles avecque le dit duc de Bourgogne. Si fut fait par le cardinal et duc dessus dits grand honneur et réception l’un à l’autre, et pareillement des autres seigneurs. Si retournèrent tous ensemble avec icelui cardinal jusqu’auprès de la porte d’Arras , où ils prirent
congé l’un à l’autre. Si s’en alla le dessus dit cardinal loger en l’hôtel de l’évôque et ses gens. Si venoienl chacun jour ambassadeurs envoyés de diverses nations. Et avoientordonné le lieu où la convention se devoit tenir entre les parties, en l’abbaye deSaint-Vaasl d’Arras, où il y avoit en la dite abbaye salles, chambres et de notables édifices moult propices pour toutes les parties. Si assemblèrent au lieu dessus dit tes trois parties, en ta présence des deux cardinaux premiers venus, lesquels, et par spécial le cardinal de Sainte-Croix, remontrèrent moult authentiquement à icelles trois parties les grands maux et inconvénients qui éloient advenus par toute chrétienté, à l’occasion des guerres qu’ils avoient si longuement maintenues , eux admonestant moult doucement et sagement que pour l’amour de Dieu principalement, ils voulsissent entendre au bien de paix, en tant qu’ils étoient ensemble, et qu’un chacun d’eux fît requêtes si courtoises et si raisonnables qu’ils se pussent accorder les uns avecque les autres. Après lesquelles remontrances, s’assemblèrent au lieu de la dite convention par plusieurs journées, et furent par les dites parties mis avant plusieurs traités , lesquels étoient moult contraires et difiiciles les uns aux autres. Entre lesquels requirent ceux de la partie du roi Charles que le roi Henri d’Angleterre se voulstt déporter et désister de lui nommer roi de France, moyennant que par certaines conditions lui seroient accordées les seigneuries de Guienne et Normandie; laquelle chose les Anglois ne voulurent point accorder.