CHAPITRE CLXXXIV
Comment, durant le temps du parlement d’Arras, La Hire et Pothon vinrent courir et fourrager le pays du duc de Bourgogne.
Le vingt-cinquième jour du mois d’août, le parlement étant à Arras, comme dit est, La Hire et Pothon de Sainte-Treille, atout six cents combattants, dont il y avoit bien six vingis lances ou environ , qu’iceux avoit assemblées des frontières vers Beauvais, chevauchèrent toute la nuit jusqu’à ta rivière de Somme, laciucllc ils passèrent à Cappy, et do là SC retirèrent et s’en allèrent vers Dourlens et Beauquène, pour fourrager le pays. Si se
partirent et s’en altèrent en plusieurs lieux, et assemblèrent grand nombre de paysans , che vaux, vaches, brebis et plusieurs autres beso gnes, atout lesquelles se commencèrent à retraire vers le passage de l’eau par où ils étoient venus. Durant lequel temps, les nou velles furent portées à Arras devers le duc de Bourgogne, par le seigneur de Saveuse, lequel duc de Bourgogne en fut grandement troublé, voyant que, par telles manières tenir, les besognes qu’on traitoit au dit lieu d’Arras se pourroient attarder; et afin d’y pourvoir, fit sans délai monter à cheval le dit comte d’Etampes, de Saint-Pol, de Ligny, avecque la plus grand’ partie de chevaliers et écuyers qui là étoient, et ceux de son hôtel, pour combattre et rebouter iceux François , avecque lesquels allèrent aucuns seigneurs d’Angleterre, atout trois cents combattants ou environ ; et pouvoient être en tout de douze à seize cents; mais la plus grand’ partie éloient sans harnois. Si chevauchèrent hâtivement tous ensemble jusque vers Mailly et à Theu ; et avoient par avant envoyé le dit seigneur de Saveuse et plusieurs autres coureurs pour enquerre nouvelles de leurs adversaires et ennemis. Lesquels coureurs surent pour vrai qu’ils retournoienl atout grands proies vers le passage de l’eau; si le firent savoir aux seigneurs dessus dits. Lesquels se hâtèrent pour les atteindre, et firent si bonne diligence qu’ils les trouvèrent en la ville de Corbie, à une ville nommée Bonnay, sur l’eau de Helly. Et lors les dessus dits François, d’icelle poursuite avertis, ordonnèrent aucuns de leurs gens d’armes à garder te passage de la dite rivière. Si s’en allèrent mettre en bataille sur une haute montagne entre Corbie et Helly.
Et entre-temps , messire Jean de Croy fut envoyé devant, avecque lui certain nombre de gens d’armes, pour gagner le dit passage, lequel fut assez brièvement pris et conquis. Et y en eut de morts de dix à douze d’iceux François, et les autres se retrahirent avecque leurs gens sur la dite montagne. Et adonc ceux de la partie de Bourgogne et les .Vnglois passèrent l’eau et se mirent en bataille au-dessous de la montagne dessus dite, contre leurs adversaires cl ennemis, et y furent bien demi-heure. Toutefois ils n’curenl point conseil de les aller
combattre, car ils étoient trop petiment atournés de harnois. Et d’autre part, le dit duc de Bourbon et comte de Richemont, connétable, qui étoient au dit lieu d’Arras, avoient envoyé aucuns de leurs gens devers les dessus dits François, pour les faire relraire et rendre ce qu’ils avoient pris. Finablement, après ce que les deux parties eurent été grand’ espace en bataille l’un contre l’autre, ils s’en retournèrent chacun dont ils étoient venus, et rendirent les dits François grand’ partie des prisonniers qu’ils avoient pris, par le mo\en et pourchas de ceux que les ambassadeurs dessus dits avoient envoyés; et aussi le bétailqu’ilsavoient accueilli, mais ce fut bien enuis. Si perdirent de leurs gens environ vingt hommes, tant morts comme de pris.