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CHAPITRE CXCIV

Commenl les Anglois se commencèrent à douter des Bourguignons qui menoient guerre avec eux contre le roi de l'rance, et ne voulurent plus converser en leur compagnie; et autres matières en bref.

Après ce que les Anglois furent du tout acerlenés et assurés du traité fait entre le roi Charles de France et le duc Philippe de Bourgogne, comme dessus est dit , ils se commencèrent à garder et à garnir, et aussi eux fortifier contre les gens du duc de Bourgogne, et pareillement comme par avant ils faisoient des François. Et nonobstant que avec eux eussent eu plusieurs communications, amitiés et compagnies d’armes, si n'eurent-ils de là en avant plus fiance ni repaire l’un avecque l’autre, jà soit ce que présentement ne s’entrefissent point de guerre ouverte. Toutefois , iceux deux partis d’Angleterre et de Bourgogne commencèrent secrètement à adviser voies et manières de prendre avantage l’un sur l’autre; et mômement iceux Anglois tenant les frontières de Calais se mirent en peine de prendre la ville d’Ardre d’emblée. Et d’autre part, ceux de la partie de Bourgogne, vers Ponthieu, firent le cas pareil sur la forteresse du Crotoy, que tenoient les dessus dits Anglois; mais chacun se gardoit de prés l’un de l’autre. Pour lesquelles entreprises ainsi faites convertement, les dessus dites parties furent très mal contentes l’une de l’autre, et firent chacun d’eux leurs apprêts pour grever et faire guerre l’un à l’autre. Et pour tant, La Hire , qui se tenoit à Gerberoy, assembla avec Pothon de Sainte-Treille et messire Régnault de Fontaines jusqu’à six cents combattants ou environ, lesquels ils menèrent jusqu’assez près de Rouen, en intention d’entrer en icelle ville par certains moyens qu’ils y avoient, lesquels ne purent venir à chef de leur entreprise. Et pour tant , iceux capitaines et leurs gens, qui étoient moult travaillés, s’en retournèrent pour eux rafraîchir en un grand village nommé Rois. Auquel lieu messire Thomas Kiricl et autres plusieurs capitaines anglois, accompagnés de mille conibaltanls, sachant que les dessus dits François

se rafraîchissoient au dit village de Rois, s’en vinrent frapper sur eux avant que de ce fait ils pussent du tout être avertis ni montés à cheval pour eux défendre et garantir : pour quoi ils furent prestement mis en desroi. Si contendirent à eux sauver vers leurs parties dont ils étoient venus, sinon aucuns des capitaines, en petit nombre, qui cuidoient rallier leurs gens pour cuider résister à l’encontre de leurs ennemis ; mais en ce faisant, ils furent vaincus par les dessus dits Anglois; et y furent pris le seigneur de Fontaines, Alain Geron, Alardin de Moussay, Jean de Bordes, Gamarde et plusieurs autres, jusqu’au nombre de soixante ou plus. Si on furent morts sur la place tant seulement huit ou dix, et les autres se sauvèrent.

Toutefois, La Hire fut navré, et si perdit toute sa monture; et aussi gagnèrent les dits Anglois la plus grand’ partie des chevaux d’iceux François, pource que les bois étoient près, et se sauvèrent plusieurs à pied dedans iceux bois.

Item, en ce temps furent envoyés, de la partie du roi Henri d’Angleterre, certains ambassadeurs devers l’empereur d’Allemagne, lesquels, en passant parmi le pays de Brabant, furent pris et arrêtés par les gens du duc de Bourgogne ; mais depuis , comme je fus informé et averti, furent mis à délivrance, pource qu’icelui roi d’Angleterre et le dit duc de Bourgogne n’avoient point encore envoyé l’un à l’autre leurs défiances.

Item, en ces mêmes temps, par la diligence et entreprise de messire Jean de Vergy, et avec lui aucuns capitaines françois, furent déboutés les Anglois hors de deux fortes villes qu’ils tenoient au pays de Champagne, sur les marches de Barrois, c’est à savoir Nogent-le- Roy et Montigny. Et pareidement, ceux de Pontoise rendirent leur ville ès mains de monseigneur de rile-Adam, laquelle par avant tenoient les Anglois. Et, nonobstant que le dit seigneur de l’Ilc-Adam naguère eût fait guerre pour les dessus dits Anglois et eût été maréchal de France pour le roi Henri, néanmoins dedans bref temps après leur fit forte guerre. Et, d’autre part, furent les Anglois déboutés du bois de Vincenne et d’aucunes autres places qu’ils tenoient vers l’Ile-de-France. Et adonc

se commencèrent à apercevoir les Anglois que moult avoient perdu en ce que le duc de llourgogne étoil d’eux déjoint et rallié avecque les François. Si l’encommencèrent à avoir en grand’ haine, lui et les siens, et en plus grand’ indignation que leurs anciens ennemis.

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