CHAPITRE CCII
Comment les Anglois de Calais coururent vers Boulogne et
Gravelines, et déeonrirent les Flamands; et de La llire,
qui gagna Gisors, et tantôt le perdit.
En ce temps , après que les besognes dessus dites furent ainsi approchées de guerre ,
comme dit est ci-dessus, entre les Anglois et les Bourguignons, et que chacune des parties éloil sur sa garde, iceux Anglois vinrent courre devant Boulogne , et cuidèrent prendre la Basse-Boulogne; mais elle leur fut fort défendue. Si ardirent partie du navire qui étoit en havre , et après se retrahirent atout ce qu’ils purent avoir en leur forteresse sans perte. Et assez bref ensuivant, se mirent ensemble de cinq à six cents combattants, et allèrent fourrager les pays vers Gravelines; mais les Flamands de la marche à l’environ du pays s’assemblèrent et coururent sus aux dessus dits Anglois, ouU’e la volonté des gentilshommes qui les conduisoient, c’est à savoirGeorges de Ubes et Chéry de Hazebrouck. Si furent tôt vaincus et mis à déroi ; et en y eut de trois à quatre cents morts et bien six vingts prisonniers; lesquels par les dits Anglois avecque grands proies furent menés dedans la ville de Calais et ès autres forteresses de leur obéissance; et les autres se sauvèrent par les haies et buissons où ils purent pour le mieux.
Auquel temps aussi La Hire, qui se tenoit à Beauvais et à Gerberoy, par certains moyens qu’il avoit en la ville de Gisors, entra dedans à puissance, et gagna la dite ville; mais aucuns de la garnison étant léans se retrahirent en la forteresse, et envoyèrent quérir secours de leurs gens à Rouen et ailleurs de leur obéissance. Lequel secours dedans le tiers du jour fut envoyé si fort qu’ils reconquirent la ville; et s’en partirent La Hire et les siens plus tôt que le pas , réservé de vingt à trente qui demeurèrent en icelle ville, que morts que pris, avecque grand’ quantité des habitants ; desquels par iceux Anglois fut faite grand’ destruction , pour tant qu’ils étoient demeurés avecque leurs ennemis.