CHAPITRE CCI
Comment la ville et forteresse d’Orchiment furent détruites
et démolies par le damoisel Everard de La Marche.
Durant ce temps, Bernard de Brousset, qui tenoit la forteresse d’Orchimont sur la marche d’Ardenne , envoya environ cinquante saquements qu’il avoit pour courre sur le pays de Liège , ainsi que plusieurs fois par avant avoient fait; lesquels furent aperçus du dessus dit pays de Liège , et mis à chasse par l’aide et entreprise du prévôt de Rebonge. Et de fait leur fut rompu le passage par où ils s’en cuidoient retourner, et s’enfuirent par emprès Dinant, et se boutèrent en Bouvines, pour eux cuider sauver; mais ils furent détenus prisonniers. Et depuis , nonobstant que les dits officiers du pays de Liège fissent plusieurs requêtes à ceux de Bouvines qu’ils fissent justice des dessus dits coureurs , si les délivrèrentils; car icelles deux seigneuries ne s’aimoient point bien l’une l’autre. Et entre-temps qu’iceux furent ainsi empêchés , Everard de La Marche, qui étoit allié avec l’évêque de Liège et auquel iceux dessusdits coureursavoientfait plusieurs dommages et déplaisances, assembla hâtivement ce qu’il put avoir de gens; et se mirent avecque lui iceux de Dinant et ceux du pays , atout lesquels il s’en alla devant Orchimont, et gagna la ville d’assaut. Et lors le dessus dit Bernard, qui adonc avoit très peu de gens de guerre avec lui, se retrahit en la forteresse , où il fut approché des Liégeois très fièrement, tant que par vive force, au bout de quatre jours, il fut contraint par telle manière qu’il se rendit et fit traité avecque le dessus dit Everard de La Marche. Après lequel traité, icelle ville d’Orchimont et le chàtel ensemble furent démolis et rasés jusqu’à terre, dont tout le peuple de toute la marche et des pas s à l’environ furent très joyeux, pour tant que de très long temps par avant s’étoient tenus dedans icelles aucunes gens de très mauvaise raison, et qui moult avoient grevé et oppressé leurs pays voisins.