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CHAPITRE CCV

Comment les Flamands allèrent assiéger la ville de Calais, et

comment ils en partirent.

A l’entrée du mois de juin, le duc Philippe de Bourgogne, qui par avant avoit fait toutes ses préparations, tant de gens comme d’habillements de guerre, pour aller devers Calais, s’en alla atout simple état en la ville de Gand, afin de faire partir les Gantois et autres d’icelui pays de Flandre. Lesquels en la présence du dit duc de Bourgogne firent leur montre, le samedi après le jour du Sacrement, dedans icelle ville de Gand, au marché des Vendredis ; et étoient là venus pour aller avecque eux ceux de leur châtellenie, c’est à savoir des villes de Grandmont, de Los, de Tenremonde, et démené avecque eux ceux de cinq membres de la comté d’Allots, qui contiennent soixante-douze villes champêtres et seigneuries, de Boulers, Potengien. Tournai, Gaures et de Rides, avecque ceux de Regnaiis et des régales de Flandre, situées entre Grandmont et Tournai. Auquel marché dessus dit ils furent en état depuis huit heures du matin jusqu’ après nonne, qu’ils issirent de leur ville, allant le chemin vers Calais ; et les envoya icelui duc de Bourgogne jusqu’aux champs, où il piit congé d’eux et s’en alla pour mettre à chemin ceux de la ville de Bruges. Si faisait ce jour moult grand chaud et ferveur de soleil, de quoi il en mourut d’icelle ville de Gand deux capitaines, dont l’un était nommé Jean des Degrés, et fut doyen des navieurs; et l’autre Gautier de Waser-Man, capitaine de Wesmonstre, avecque aucuns autres de petit état. Si étoient capitaines-généraux d’icelle armée des Flamands, c’est à savoir des dits Gantois, I#» -Mgneur de Commi-

nes; de Bruges, le seigneur de Stiennuse; de Courtrai, messire Girard de Châtelles; de ceux du Franc, le seigneur de Merqueue; et de ceux d’Ypres, Jean de Commines. Et se logea l’ost, pour celle première nuit, à Devise et à Petangien , qui sont assis à lieue et demie près de la sus dite ville de Gand, ou environ ; et le lendemain séjournèrent là pour attendre leurs habillements. Et après le lundi ensuivant, se partirent de ce lieu et s’en allèrent par plusieurs journées loger dehors de la ville d’Armentières, sur les prairies. Et se mirent avecque en chemin ceux de Courtrai et d’Audenarde, qui sont de leur cliâteilenie ; et les conduisoit toujours comme chef et capitaine le seigneur d’Antoing, à cause de ce qu’il étoit vicomte héritablement de la terre de Flandre.

Auquel lieu d’Armentières furent pris vingtun hommes et liés aux arbres devant la tente de Gand , pource qu’ils avoient dérobé aucuns du pays. Et de là s’en allèrent les dits Gantois parmi le pays de Laleu à Hazebrouck, où ils abattirent le moulin Chéry de Hazebrouck , lequel, comme ils disoient, avoit mal conduit les Flamands devant Gravelines, qui naguère avoient été déconfits par les Anglois; mais ils s’en excusoit en disant qu’ils ne l’avoient point voulu croire ni user de son conseil. Et de là s’en allèrent devers Drincain, auquel lieu vint devers eux le dit duc de Bourgogne, leur prince et seigneur, et le comte de Richement, connétable de France, qui étoit venu en ces parties devers le dit duc de Bourgogne ; et allèi'ent visiter les Gantois de lieu à autre, et prirent la collation de vin en la tente de Gand; et de là passèrent parmi Bourbourg, et allèrent loger emprès Gravelines et abattirent le moulin Georges de Wez, pour le pareil cas qu’ils avoient fait celui du dit Chéry de Hazebrouck. Auquel lieu vinrent ceux de Bruges, d’Ypres et du Franc, et d’autres lieux de celui pays de Flandre ; et s’assemblèrent tous auprès l’un de l’autre et mirent leurs tentes par belle ordonnance, selon les villes et états dont ils étoient. Si étoit une moult grand’ beauté à les voir; car à les voir de loin, ce sembloient bonnes grands villes. Et quant est aux chariots et aux charrettes, il y en avoit par milliers qui portaient les dites lentes et plusieurs autres habillements de guerre; et sur chacun chariot avoit un coq

CHROiMQLlES D’ENGEERRÂND DE MONSTRELET.

pour chauler les heures de la nuit et du jour ; et si avoil grand nombre de ribaudequins portant canons, couleuvrines, arbalètes et plusieurs autres gros engins; et si ctoient iceux Flamands ou la plus grand’ partie armés de plein harnois, selon la guise du pays. El cà leur département de là, se mirent tous ensemble en armes et firent montre en la présence du dit duc de Bourgogne et du dessus dit connétable de France, qui les regarda moult volontiers.

Et ce môme jour se féril en l’ost de Bruges un loup, pour lequel il y eut très grand effroi, et fut crié à l’arme partout. Par quoi tous les osts se mirent aux champs et pouvoient bien être trente mille ou au-dessus de tètes armées, et adonc passèrent la rivière de Gravelines ; et se logèrent devers Tournehem. Si fit en icclui jour un terrible temps de pluie et de vent , pour quoi ils ne purent tendre leurs tentes et les convint gésir sur les prés. El là furent pris trois Picards que les Gantois firent pendre, pource qu’ils avoient dérobé les marchands de vivres en l’hôtel. Durant lequel temps, le comte d’Etampes et tous les gens d’armes du dessus dit duc de Bourgogne qui éloient ordonnés pour ce môme voyage se tirèrent vers les parties où étoient les dessus dits Flamands. Si allèrent par un vendredi tous les osts de Flandre et aussi les gens d’armes loger auprès du dessus dit chàtel d’Oye, que lenoienl les Anglois. Lequel chûtel et forteresse d’Oye fut rendu et délivré en assez bref terme, et se mirent en la volonté du dessus dit duc de Bourgogne et de ceux de la ville de Gand. Laquelle volonté fut telle qu’on en pendit devant le dit chàtel, le môme jour, vingt-neuf; et depuis en furent pendus encore vingt-cinq ; et si en y eut trois ou quatre qui furent répilés à la requôte du dit duc Philippe de Bourgogne ; après laquelle reddition icelui chàtel fut ars et brûlé , et du tout démoli.

El quant au regard des Picards et Bourguignons là étant, nonobstant qu’ils .soient assez âpres au pillage, néanmoins ils n’y pouvoient avoir lieu pour rien conquerre ni avoir, car Hennequin , Winequin , Pi('lre,'Liévin cl autres ne l’eussent jamais souffert ni laissé passer. El, qui pis est, quand ils s’enlrebouloienl avec eux et prenoienl aucune chose sur leurs adversaires et ennemis , il advenoit souvent

qu’avec ce leur éloit ôté ; et s’ils en parloient aucunement, ils avoient souvent de durs horions. Si les convenoit taire et soutTrir pour la grand’ puissance qu’avoienl les dessus dits Flamands, mais ce n’éloil point patiemment; et sembloit à iceux des communes de Flandre que de toutes besognes on ne pourroit venir à bon chef, si par eux n’étoit , et mêmement éloient si présomptueux, la plus grand’ partie , qu’ils avoient grand doute que ceux de la ville de Calais abandonnassent leur ville et qu’ils s’enfuissent en Angleterre ; et disoienl aucuns de leurs gens aux Picards, auxquels ilsdevisoient souventes fois : « Nous savons bien, puisque les » Anglois sauront que messeigneurs de Gand » sont armés et à puissance pour venir contre » eux , qu’ils ne les attendront mie ; et a été » grand’ négligence que le navire qui doit ve- » nir par mer n’a été assis avant qu’on les ai)- » prochât, afin qu'ils ne s’en pussent fuir. » Toutefois ils ne dévoient point de ce être en souci , car les dessus dits Anglois avoient bonne volonté d’eux défendre contre eux. Et pour vérilé , le roi Henri d’Angleterre, ceux de son conseil et tous les trois étals d’icelui royaume d’yVngleterre eussent avant laissé perdre toute la conquête qu’ils avoient faite au royaume de France depuis trente ans par avant , que la dite ville de Calais , comme on fut depuis véritablement acerlené et informé; et aussi ils en montrèrent assez bien les manières et le semblant bref après ensuivant. En après, le dit chàtel d’Oye ainsi démoli, comme dit est, tout l’ost et les gens d’armes se délogèrent et allèrent loger entre le chàtel de Marcq et icelle dite ville de Calais.

Auquel jour, le dessus dit duc Philippe de Bourgogne avecque ses gens d’armes s’en allèrent courre devant la ville de Calais, et issirent et saillirent les Anglois hors contre eux de pied et de cheval , et y eut fort grand’ escarmouche; mais enfin les dits Anglois furent reboulés ; et gagnèrent sur eux les Picards et Flamands vaches, chevaux, brebis, moutons et plusieurs autres choses de la ville. Si se tint le dit duc de Bourgogne avec ses gens grand’ espace de temps devant la dite ville, tant que les osts fussent logés ; et puis retourna le dit duc en son logis vers le chàtel de Marcq. Devant laquelle forteresse allèrent les Picards

7 3b CHRONIQUES D’ENGUERRAND DE MONSTRELET. [1436]

dessus dits livrer une moult grand’ escarmouche. Et fut depuis le boulevert conquis ; dont ceux de dedans se commencèrent moult fort h ébahir de ce, et boulèrent et mirent la bannière de monseigneur saint Georges dehors vers la dessus dite ville de Calais; et si commencèrent à faire sonner leurs carnpanes et cloches , et firent léans moult grands et horribles cris. Et pour ce, doutant qu’ils ne s’enfuis-sent par nuit, on mit grand guet tout à l’environ ; et le lendemain furent assis plusieurs gros engins contre la muraille, desquels ils furent fort rompus. Si furent un jour assaillis des Picards et Flamands, mais ils se défendirent moult vaillamment de pierres en jetant à val et de trait , tant qu’ils blessèrent et navrèrent plusieurs de ceux de dehors et les firent relraire. Puis requirent ceux de dedans d’avoir trêves pour parlementer , lesquelles leur furent accordées. Et lors s’offrirent d’eux mettre en la volonté du duc de Bourgogne, moyennant qu’ils ne fussent point pendus, mais à chacun on feroit son plaisir en autre manière ; à quoi ils furent reçus ; et fut défendu, sur peine de la hart, que nul n’entrât au châtcls’il n’y étoit commis.

Etadonc furent ceux de dedans amenés par les quatre membres de Flandre en la tente de Gand, et fut ordonné qu’ils feroient charges pour ravoir aucuns Flamands qui étoient prisonniers dedans la dite ville de Calais. Si furent amenés hors de la dite forteresse cent et quatre Anglois , lesquels furent menés en prison en la ville de Gand par le bailli du dit lieu. Et lors grand’ parlie du commun allèrent dedans le dit chûtel et prirent ce qu’ils purent trouver. Mais aucuns de ceux de la bourgeoisie de Gand se mirent à l’entrée d’icelui châtel , et tollurent et ôtèrent aux dessus dits, quand ils en issirent, tout ce qu’ils avoient pris, et le mirent tout en un mont ; et disoient que ce faisoienl-ils par l’ordonnance des échevins de la ville de Calais; mais quand la nuit fut venue ils le chargèrent tout sur les chars et charrettes et le menèrent où bon leur sembla. Si en furent de ce accusés devers les dessus dits échevins, dont ils furent bannis cinquante ans hors du pays et la comté de Flandre.

Pour le(iuelbannissements’émutgrand murmure entre eux, et furent en grand péril

d’avoir l’un contre l’autre grand’ dissension. Et le lendemain ensuivant, furent décapités sept hommes qui avoient été pris avecque les dessus dits Anglois , dont les six étoient Flamands, et le septième Hollandois ; et après ce fut la forteresse démolie et du tout abattue. Si se partirent de là et s’en allèrent les Flamands au propre lieu où on dit que Jacques d’Arlevelles avoit jadis mis ses tentes , quand Calais fut conquis de par le roi Henri d’Angleterre, après la grand’ bataille de Crécy : et le duc de Bourgogne atout sa chevalerie et ses gens d’armes se logèrent assez près, en tirant vers Calais. Et y eut ce jour très grand assaut contre ceux de dedans ; et en y eut de morts et de navrés de chacune partie, entre lesquels La Hire fut navré à la jambe d’un trait, lequel étoit venu voir le dit duc de Bourgogne. Si furent assis plusieurs engins, pour jeter dedans icelle ville de Calais ; et pareillement, ceux de dedans en afiulèrent plusieurs contre ceux de l’ost, dont leurs adversaires furent moult fort travaillés, et convint qu’ils se trahissent plus arrière. Si se logea le dit duc de Bourgogne plus près des dunes, contre les montagnes de sablon ; et ainsi qu’icelui duc chevauchoit à petite compagnie pour aviser la ville, vint une grosse pierre de canon au plus près de lui, laquelle occit un trompette et trois chevaux , dont celui du seigneur de Saveuse étoit l’un. En outre, les dits Anglois sailloient très souvent dehors , de pied et de cheval ; et y eut moult de fois de très dures escarmouches entre les deux parties , lesquelles ne se pourroienl raconter chacune à part elle, ni nommer ceux qui y besognèrent le pis ou le mieux; mais entre les autres, j’ai ouï relater à aucuns notables et dignes de foi que les seigneurs de Ilaubourdin , de Créquy et de Waurin furent bien vus et loués en aucunes d’icelles escai' mouches , et moult d’autres notables et vaillants hommes des pays de Picardie. Toutefois les dessusdits Anglois emportoient aucunes fois la renommée pour la journée , et d’’aulre part les Picards les rebouloient trop sou vent jusque dedans leurs barrières assez confusiblement.

Et quant est aux Flamands, ils étoient assez peu crémus d’iceux Anglois ; et leur sembloit que s’ils n'eussenî eu que trois Famands contre l’un d'eux qu’ils en fussent venus bien à

chef. Si éloient avecque le duc Philippe de Bourgogne en cel exercite son neveu de Clèves, le comte d’Étampes, les seigneurs d’Anthoing, qui gouvernoit lors les Flamands, le seigneur de Croy, les seigneurs de Créqui , de Fosseux, de Waurin, de Saveuse, de Haubourdin , de Humières , d’Inchy , de Brimeu , de Launoy, de Huchin, et les frères de Hasline et de Fremessen avecque plusieurs autres seigneurs gentilshommes, tant de son hôtel et famille comme de ses pays de Bourgogne , de Flandre, de Brabant, de Hainaut, d’Artois et des autres lieux. Toutefois le dessus dit duc de Bourgogne n’avoit point assemblé la moitié de sa puissance, quant au regard de ses gens d’armes des pays de Picardie. Et en avoit été renvoyé grand’ partie dès les montres , dont moult de gens, qui bien aimoient son honneur, étoient moult fort émerveillés; et leur sembloit qu’à tous besoins il se fût mieux aidé d’eux que du double de ses communes. En outre, messire Jean de Croy , qui conduisoit la plus grand’ partie des gens de guerre de Boulenois, avec aucuns autres qu’il avoit amenés, fut envoyé loger à l’autre côté , plus près de Calais , en tirant devers le pont d’Amillan ; devant lequel logis y eut grand parlement entre ses gens et ceux de la ville. IMais assez bref ensuivant fut remandé par le dit duc de Bourgogne et envoyé devant Guines, où il se logea, lui et ses gens , assez près des portes et murailles, devant lesquelles furent dressés et assis plusieurs gros engins qui fort les endommagèrent. Avecque lui étoient le Galois de Renty, chevalier, Robert de Saveuse et plusieurs notables hommes, qui en grand’ diligence approchèrent de leurs adversaires et ennemis et les mirent en moult grand’ doute et nécessité d’ètre pris de force , et tant cju’ils abandonnèrent leur ville et se retrahirent dedans le chàtel , où ils furent derechef très fort approchés, assaillis et combattus des dits assiégeants. Et par avant leur venue au dit lieu de Guines, s’étoit rendu au dit messire Jean de Croy la forteresse de Yauclinguen ; et lui avoienl délivré les Anglois , moyennant qu’ils s’en iroient, saufs leurs vies et aucune petite partie de leurs biens. Et pareillement rendirent | les dits Anglois le chàtel de Sangatte à mes- I sire Robert de Saveuse, lequel alla devant, en |

tre-temps qu’il étoit au siège de Guines, lequel chàtel il garnit de ses gens. Durant lequel temps le dessus dit duc de Bourgogne étant logé devant la forte ville de Calais, comme dit est , avoit grand’ merveille de son navire qui devoit venir par mer et demeuroit tant; et d’autre part, les Flamands en étoient très mal contents, et murmuroient très fort à l’encontre du conseil d’icelui duc de Bourgogne et de ceux qui avoient la charge de les conduire et mener, c’est à savoir messire Jean de Homes, sénéchal de Brabant, et te commandeur de la Morée. IMais icelui duc les rapaisoit et contentoit par douces paroles , disant qu’ils viendroient bien bref, comme iis lui avoient fait savoir par leurs lettres; et n’avoient point eu vent propice jusqu’à présent, par quoi ils eussent pu venir plus lot. Si venoient chacun jour des navires d’Angleterre dedans Calais , à la pleine vue de leurs adversaires , une fois plus , l’autre fois moins, qui leur amenoient et apportoient des vivres , nouvelles gens , habillements de guerre et autres choses nécessaires. Aussi n’ètoient-ils pas si près approchés de leurs ennemis que chacun jour ne missent grand’ jiartie de leur bétail dehors leur ville en pâture , qui faisoit moult grand mal à voir à ceux de dehors ; cl en y avoit souvent de grandes escarmouches^ à cause et à l’occasion d’icelui bétail , pour cuider en gagner. Et mèmement un certain jour les seigneurs et bourgeois de Gand , qui plusieurs fois en avoient vu et véoicnt souvent ramener par les Picards, s’aperçurent en euxmèmes qu’ils étoient grands et forts et bien armés, et qu’ils pouvoienl aussi bien conquerre et avoir leur part du dit bétail. Si se mirent à chemin bien deux cents , et allèrent , le plus couverlemenl qu’ils purent, ès marais auprès d’icelle ville, pour prendre et amener la proie; mais ils furent tantôt aperçus des Anglois, qui ne furent mie patients quand ils virent les dessus dits venir si près d’eux pour leur ôter ce dont ils dévoient vivre, et les reconnurent bien à leurs habillements. Si se fèrirenl en eux vigoureusement et en occirent bien vingt-deux , et en prirent trente-trois qu’ils emmenèrent prisonniers; et les autres retournèrent à grand cours on leurs logis , disant qu’ils y avoienl grand’ perle et faisant grand effroi ; et leur sembloit qu’ils éloient bien échappés.

CHl\ü-M()ri':S D'ENC.irJUWWD DE ]\10i>îSH\ElÆT. [143G;

Et yavoit souvent en l’osl d'iceux Flamands de grands alarmes, car pour peu de chose ils s'émouvoienl tous et se mettoienl en armes , dont le dit duc de Bourgogne , leur seigneur, ètoit déplaisant; mais il n’en pouvoit avoir autre chose, et convenoit que toutes besognes se conduisissent en la plus grand’ partie à leur plaisir. Auquel temps vint devers le dit duc un héraut d’jVnglcterre , nommé Kcmbrouck, lequel le salua moult révéremment, et lui dit que Humfroy, duc de Glocestrc, son seigneur et maître, lui faisoit savoir par lui qu’au plaisir de Dieu le combaltroit avec toute sa puissance bien bref, s’il le vouloit attendre, et s’il se partoit de ce lieu , il le querroit en aucuns de scs pays; mais il ne lui faisoit point savoir le jour, pour tant que la mer et le vent ne sont point stables , et ne savoit s’il pourvoit passer à son plaisir. A quoi fut répondu par le dit duc de Bourgogne qu’il ne seroit point besoin qu’il le quît en nul de: ses pays, et qu’il le trouveroit là, si Dieu ne lui envoyoit aucune fortune. Après lesquelles paroles, le dit héraut fut grandement festoyé; et lui fut donné aucuns dons , atout lesquels il s’en retourna en la ville de Calais. Et le lendemain , le dit duc de Bourgogne s’en alla en la lente de Gand , où il fit assembler tous capitaines et nobles chevaliers des Flamands; et là fit remontrer par maître Gilles deLaVoustine, son conseiller en la chambre de la dite ville de Gand, comment le duc de Glocestre lui avoit mandé par un sien héraut qu’il le comballroit , et les réponses qu’il lui avoit données. Par quoi il leur rcquéroil très instamment, comme à scs humbles amis, qu’ils voulsissent demeurer avec lui et lui aider à garder son honneur. Laquelle requête ils lui accordèrent et promirent parfournir libéralement, et pareillement firent les Brugelins et autres membres de Flandre.

Adonc fut advisé par le dit duc de Bourgogne et ceux de son conseil qu’on feroit une bastille sur une montagne qui étoit assez prés de la ville de Calais, par laquelle on verroit le gouvernement de leurs ennemis. Laquelle bastille fut commencée de chêne et autres bois, et y furent assis aucuns canons pour jeter dedans la ville, et y furent mis et ordonnés hommes de bonne garde pour faire le guet. De

laquelle bastille les dits Anglois curent déplai' sancc, doutant que par icelle leurs saillii’s ne fussent rompues et empêchées. Dont , pour y obvier prestement, vinrent en grand nombre cl l’assaillirent moult àprornenl ; mais elle leur fut bien gardée et puissamment défendue des Flamands qui la gardoienl , par le moyen et conseil d’aucuns nobles hommes de guerre qui s’éloient retraits , desquels étoit l’un Le Bon de Saveuse. Et pour tant qu’en faisant le dit assaut, ceux de l’ost , de ce avertis, allèrent au secours en grand nombre , se retrahirent les Anglois en leur ville, sans rien gagner, et en y eut plusieurs de navrés. El le lendemain y eut grand paletis, et plusieurs Journées ensuivant, dont à l’une desquelles fut pris un sot-sage nommé le seigneur de Plateaux , lequel , nonobstant sa folie, étoit assez roide et vigoureux homme d’armes.

En après, le jeudi ensuivant, qui fut le vingt-cinquième jour de juillet, on commença à voir venir le navire de devers orient, lequel on avoit tant désiré et de long temps attendu. Si monta le duc de Bourgogne à cheval, accompagné d’aucuns seigneurs et autres gens de guerre , et alla sur la rive de la mer. Et lors s’avança une barge le plus près qu’elle put; de laquelle saillit hors un homme, qui en moulant vint devers le dit duc, cl lui conta que c’étoil son navire qui venoit. Pour lesquelles nouvelles on fit grand’ joie par tout l’ost , et coururent plusieurs sur les dunes de la mer pour le voir; mais les capitaines en firent re- Iraire ce qu’ils purent. El le soir ensuivant , à la venue de la mer, vinrent aucuns du dit navire qui ctoient à ce commis, et effondrèrent au havre de Calais quatre nefs qui étoient pleines de pierres , bien maçonnées et ancrées de pb mb, afin de rompre , démolir et désoler le passage, que ceux d’Angleterre n’y pussent plus venir ni aller atout leur navire; et alors ceux de dedans jeloient continuellement de leurs engins vers le port pour adommager les vaisseaux, et en effondrèrent un. Et encore, le lendemain, par les dessus dits furent effondrés deux vaisseaux en icelui havre , qui étoient maçonnés comme les autres. iMais à bref dire , tous les dessus dits vaisseaux qui y furent. mis par le dit duc de Bourgogne lurent I tellement assis que, quand la mer fut retraite,

ils demeurèrent en la plus grand’ partie sur le sablon à petite profondeur d’eau. Et pour tant les Anglois de la dile ville, tant femmes comme hommes, y coururent à grand effort. Si les dépiécèrent et ardircnl à grand exploit, par telle manière qu’il en demeura assez petit, et firent cliarrier et emmener grand’ partie du bois en ladite ville, nonobstant qu’on tiroit aprernent de canons après eux, dont les dessus dit duc et les siens eurent grand’ merveille. Et ceux qui les avoient amenés, c’est à savoir messire ,Tean de Mornes, le commandeur de la Morée et plusieurs autres seigneurs de la Hollande se départirent le lendemain, si loin qu’on perdit la vue d’eux ; et se retrahirent vers la marche dont ils ètoient venus, car bonnement ne pouvoient demeurer sur les marches d’entre Calais et d’Angleterre, pource que souvent la mer est très ph illeuse et plus qu’en autres lieux, comme disent les mariniers; et avecque ce ils ètoient assez avertis que l’armée d’Angleterre étoit prête pour passer, contre laquelle ils n’avoient point puissance de résister. Pour lequel département des dessus dits, les Flamands furent fort troublés. Si commencèrent de là en avant à murmurer l’iin contre l’autre, en disant qu ils éioient trahis par les gouverneurs de leur prince, et qu’on leur avoit promis é leur département de Flandre que la ville de Calais seroit aussi tôt assiégée par mer que par terre. Si avoient leurs gouverneurs et capitaines assez à faire à les rapaiser cl entretenir.

El entre-temps . le duc de Bourgogne , qui par tous ses pays avoit mandé ses nobles gens de guerre pour en être accompagné à la descendue des Anglois, laquelle il atlcndoit chacun jour, fil ad viser par aucuns de ses chevaliers féables et à ce connoissants un champ et la place plus avantageuse que faire se pouvoil, pour lui et les siens mettre en bataille contre scs adversaires quand ils viendroienl. El afin d’avoir avis sur toutes scs besognes et affaires, le vingt-septième jour de juillet assembla grand’ partie de ceux de son conseil, avec eux plusieurs de ses capitaines et gouverneurs des communes, auxquels il remontra et fil remontrer l’intention et volonté qu'il avoit contre ses adversaires , de laquelle les dessus dits ètoient assez contents ; mais le propos des dites com¬

munautés fut assez tôt mué, par ce en partie qu’en ce même jour iceux de la ville de Calais saillirent hors de leur ville en moult grand nombre, tant de pied comme de cheval, et vinrent soudainement, c’est à savoir ceux de pied, à la bastille dont dessus est faite mention , et ceux de cheval allèrent courre entre l’ost et la dite bastille, pour empêcher qu’icelle ne pût si hêlivement avoir secours ni aide.

En laquelle bastille ètoient de trois h quatre cents Flamands. Etadonc fut crié à l’arme par tout l’ost, et y cul moult grand effroi. Si saillirent gens de toutes parts en moult grand’ multitude et abondance pour aller au secours des dessus dits, cl mêrnemenl le dit duc de Bourgogne y alla en sa propre personne tout de pied. IMais les dessus dits Anglois assaillirent très fièrement et ûprement iceux Flamands de la bastille; et pour tant qu’ils les trouvèrent de méchanle et pauvre défense , icelle bastille ne leur dura guère, mais fut brièvement conquise et gagnée avant qu’on y pût venir. Si y furent tués environ huit vingts Flamands et une grand’ partie des autres pris et menés prisonniers, desquels, quand ils furent auprès des portes de Calais, ils en mirent à mort la moitié largement , pource que les dits Anglois surent que les Flamands avoient mis à mort un de leurs chevaliers qui avoit été pris par les Picards qui ètoient de cheval à cette escarmouche ; pour la(iuelle prise et occision , le duc cul moult grand’ déplaisance. El d’autre part , les Flamands qui s’étoicnt mis en la bastille se retrahirenl moult troublés et er.nuyeux, pour leurs gens qu'ils virent ainsi être occis et tués. El s'assemblèrent en ce propre jour divers troupeaux , disant l'un à l’autre qu’ils ètoient trahis, et que rien ne leur étoit entretenu de chose qu’on leur eût promis, et aussi qu’ils perdoienl chacun jour leurs gens, cl n’y mclloient les nobles nulle provision ; et linablement ils langagèrenl tant ensemble (lu’enfin, nonobstant les remontrances qui leur furent faites, ils conclurent d'eux déloger et retourner en leur pays. El avecque ce en y avoit aucuns qui ètoient en grand’ volonté d’occire aucuns des gouverneurs de leur dit duc, lequel, quand il fut averti qu’ils avoient pourpaiié les choses dessus dites, fut moult troublé et déplaisant ,

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considérant la charge et déshonneur qu’il pouvoit avoir s’il lui convenoil partir de lé , attendu le mandement de Ilumfroy, duc de Glocestre, son adversaire, qui lui avoil été noiK’é par le liéraul anglois, et la réponse que le dit duc lui avoit baillée. Si alla en la tôle de Gand, où il fit assembler grand nombre des dessus dits , auxquels il requit le plus qu’il put qu’ils voulsissent demeurer avecque lui et attendre la venue des Anglois , de laquelle ils étoient assez acertenés qu’ils arriveroient dedans brefs jours ensuivant , disant outre que , s’ils se parloient sans attendre ses ennemis et les combattre, ils feroient à lui et à eux le plus grand déshonneurqui oneques fût faitàprince. Ainsi alors et plusieurs fois furent par le dit duc et son conseil faites plusieurs remontrances raisonnables à icelles communes; mais finablement ce fut peine perdue, car ils étoient du tout affermés et obstinés l’un avecque l’autre d’eux partir.

El pour ce , ù toutes celles remontrances faisoient comme la sourde oreille , sinon aucuns des principaux, qui répondoient courtoisement en eux excusant. Pour lesquels ceux qui étoient dessous eux au besoin eussent fait assez petit. Et adoneque le dessus dit duc de Bourgogne, voyant le danger où il s’éloit boulé sous l’ombre cl instance des dessus dites communes , considérant aussi le blâme qu’il lui convenoil recevoir à cause de son parlement , il ne fait point à demander s’il avoit au cœur grand’ déplaisance , car jusqu’à ce toutes ses entreprises lui étoient venues assez à son plaisir, et icelle, qui étoil la plus grande de toutes les autres de son régne , lui venoit au contraire. Toutefois lui convint souffrir la rudesse et grand’ sottie de ses Flamands, car il n’y pouvoit pourvoir, jà soit ce que par plufieurs fois se mit en peine d’eux retenir aucun peu de jours. Néanmoins, voyant qu’il perdroit son temps de les plus avant requerre, il se conclut, avec les seigneurs de son conseil, de déloger avecque eux , et leur fit dire que , puisqu’ils ne vouloienl plus demeurer, ils l’attendissent jusqu’au lendemain , et qu’ils se partissent par bonne ordonnance, atout leurs hal iilcmenls qu’ils chargcroienl ; et afin que leurs adversaires ne leur portassent nul dorniiiage, il les reconduiroit atout ses gens jus¬

qu’outre l’eau do Gravelines. A quoi les aucuns répondirent qu’ainsi le feroient-ils ; et la plus grand’ partie disoient que ils étoient assez puissants pour eux en retourner sans avoir conduite. Et en y avoit grand’ partie qui , à toutes fins , vouloienl aller au logis du duc de Bourgogne tuer le seigneur de Croy, messire Baudo de Noyelle, Jean de Brimeu, pour lors bailli d’Amiens, et autres de son conseil, disants que par leurs exhortations avoit été ce voyage entrepris, lequel n’étoil point bien possible de l’achever, comme ils disoient, vu le gouvernement et les manières qu’on y lenoit. Lesquels trois seigneurs dessus nommés, sachant la mutation d’iceux Flamands ainsi être faite contre eux , se départirent de l’ost à privée mesgnie, et se relrahirent au logis de messire Jean de Croy, devant Guines. Et iceux Flamands, entre le samedi et le dimanche, commencèrent à détendre par leur ost lentes et pavillons, et charger leurs bagues pour eux en aller ; et étoient les Gantois les principaux faisant cette mutation. A l’exemple desquels tous les gens de guerre et marchands là étant troussèrent tout ce qu’ils pouvoient avoir de leurs dites bagues; mais pour le soudain parlement y demeura des vins, vivres et autres biens très largement, et convint effondrer plusieurs queues de vins et autres breuvages, à la perle et dommage des dits marchands. El aussi furent laissés plusieurs gros engins et autres habillements de guerre qui étoient au dit duc de Bourgogne, pource qu’on ne pouvoit trouver de chars ni de chevaux pour les emmener; et pareillement y demeura grand’ quantité des biens et habillements queyavoient amenés les Flamands. Si se commencèrent à déloger en faisant très grand bruit , criants tous en une voix en très grand multitude : « Gauwe! gauwe! » nous sommes tous trahis! » qui vaut autant à dire: «Allons, allons en nos pays!» Auquel parlement boulèrent les feux en leurs logis, et commencèrent à tirer vers Gravelines sans tenir ordonnance. El lors le dit duc de Bourgogne, qui avoit au cœur très grand’ tristesse, atout ses nobles hommes et gens de guerre se mil en bataille, par bonne ordonnance, vers la dite ville, jusqu’à tant qu’iceux Flamands fussent éloignés , pour les garder, afin que le^^ Anglois de Calais ne saillissent dehors pour férir sur eux.

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Et après, par bonne ordonnance, meltanl ses meilleurs gens d’armes derrière par manière d’arrière-garde, suivit son ost, qui éloit déjà vers le cliàtel de Mare. Si se mirent les dits Flamands illec un petit en ordonnance, et s’en allèrent loger emprés la dite ville de Gravelines, au même lieu où ils avoient logé au passer. Toutefois, les Brugelins étoient très mal contents de leur honteux département; et pour tant qu’à ce jour n’avoient point leurs chevaux pour ramener leurs gros engins qu’ils avoient là amenés, en chargeant aucuns sur leurs chars, et à force et puissante de gens, les ramenèrent jusqu’au dit lieu de Gravelines, au même lieu où ils avoient logé au passer. Auquel jour le dit duc de Bourgogne manda à messire Jean de Croy, qui étoit devant la dite ville de Guines, qu’il se délogeât atout ses gens d’armes, et s’en vînt devers lui sans délai. Lequel, oyant le mandement de son seigneur, et sachant que l’ost éloit délogé, fil apprêter ses gens, et se lira en bonne ordonnance envers son dit seigneur le duc; mais aucuns gros engins demeurèrent là, parce qu’on ne les pouvoit charger sur les chars, avec grand’ quanlilé d’autres biens. Pour lequel département ceux du dit chàlel de Guines eurent moult grand’ joie et liesse, car ils étoient fort contraints et on grand’ nécessité comme pour eux rendre; et dedans brefs jours ensuivant saillirent dehors, en faisant très grand’ huée après leurs ennemis. Et pareillement, quand ceux de Calais virent et surent le parlement de l’ost, ils en furent moult joyeux; si issirent hors en grand nombre pour recueillir les biens qui étoient demeurés, desquels y avoit très largement.

Et lors envoyèrent plusieurs messages en Angleterre noncer celte aventure; et le dit duc de Bourgogne, qui èloit logé à Gravelines, tout déplaisant et ennuyeux, comme dit est, prit conseil avec les seigneurs et nobles hommes qui là s’éloienl retraits avec lui, sur ses affaires, en lui complaignanl de la honte que lui faisoienl ses communes de Flandre. Lesquels les aucuns lui remontrèrent amiablement qu’il prît en gré et paliemment celle aventure, et que c’éloil des fortunes du monde; et puis lui dirent et conseillèrent qu’il se pourvût au surplus par la meilleure forme et ma¬

nière que faire se pourroit, c’est à savoir qu’il fournît ses villes cl forteresses sur les frontières de gens d’armes, de vivres et habillements de guerre, pour résister contre ses adversaires, qu’on altendoil chaque jour, lesquels, comme on pouvoit supposer, s’efforceroient de grever lui et les siens par diverses manières, attendu les entreprises qui avoient été faites contre eux; et lui, de sa personne, se retrahît plus avant en l’une de ses villes, et mandât par tous ses pays gens de guerre pour aider et secourir ceux qui en auroient besoin. Après laquelle conclusion, icelui duc requit à plusieurs seigneurs cl nobles hommes là élanls, moult instamment, qu’ils voulsissent demeurer en icelle ville de Gravelines, laquelle pouvoit être moult préjudiciable à tout le pays, si elle n’étoit bien gardée; et leur promettant sur son honneur que, s’ils avoient aucun besoin et ils fussent assiégés, il les secourroit sans point de faute, quelque péril ou dommage qu’il y dût avoir, lesquels lui accordèrent; et demeurèrent là le seigneur de Créquy, le seigneur de Saveuse, sire Simon de Lalain, Sanse, son frère, Phileberl de Vaudray et plusieurs autres notables, vaillants et experts hommes de guerre. El d’autre part, furent envoyés à Ardre messire Louis de Thiembronne et Guichard, son frère, et aucuns autres de devers la marche de Boulenois; et ès autres lieux furent mis gens d’armes, selon les états des villes et forteresses, pour la garde d’icelles. Si étoient là présents plusieurs seigneurs de son conseil, par le moyen desquels icelle entreprise avoit été mise sus, qui de cette male aventure étoient déplaisants. Si ne le pouvoient avoir autre, et leur convenoit souffrir et ouïr les paroles du monde. En outre, après ce que le dit duc eut, comme dit est, tenu son conseil avec ses gens, et conclu les choses dessus dites, il fit requerre aux Flamands qu’ils demeurassent encore avec lui un peu de jours, pour attendre la venue de leurs ennemis. Laquelle requête ne voulurent accorder, pour les périls dont ils SC doutoient; et allèrent devers lui plusieurs des capitaines, le mardi dernier jour de juillet, requérir au dit duc qu’il leur donnât congé de retourner en leurs propres lieux.

Lequel, voyant qu’il ne les pouvoit retenir en nulle manière du monde, leur accorda et

CHRO.MQI ES D'ENGTJiiUUAîM) DE MONSTRELEï. [1436]

leur donna congé d’eux en aller ; car il aporcevoit bien qu'ils u’y feroient jt\ beau l'ail, puisqu’ils n'avoienl ce courage. Si se parlironl cl s’en allèrent par plusieurs journées jusqu’en leurs villes; mais ceux de Gand ne vouloienf point rentrer dedans leur ville, s’ils n’avoienl chacun une robe aux dépens de leur dite ville, ainsi qu’anciennement éloit accoutumé de leur bailler quand ils revenoienl d’aucune armée. Laiiuelle chose on leur refusa , pource qu’il sen)bloil aux gouverneurs d’icelle ville de Gand qu’ils s’éloient très mal portés. Et quand ils eurent réponse, ils rentrèrent dedans tout murmurant et mal contents des dessus dits seigneurs et gouverneurs. Si avoient été au départir de devant Calais et au déloger mises en feu et désolées les forteresses de Balingehen et de Sangaile. En après, le duc de Bourgogne, parlant de Gravelines, s’en alla à Lille, et fil publier par tous ses pays que toutes gens de guerre qui ètoient accoutumés d’eux armer fussent prêts pour aller devers lui, pour aller où il les envoieroit, pour résister à l’encontre de l’armée des Anglois, ses adversaires , laquelle , comme dit est , on savoit assez qu’elle éloit prèle pour venir descendre au havre de Calais. Et mêmement, après ce que le dit duc de Bourgogne et son ost furent délogés do devant Calais , arriva le dit duc de Glocesire avec son armée d’Anglois.

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