‹ ChroniquesChapitre 497 sur 562 · CHAPITRE CCXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXII

Comment T.a Hire, Pothon et plusieurs autres capitaines du roi de France cuidi^rent avoir la cité de Bouen; et comment ils furent assaillis et déconfits des Anglois, lesquels les surprirent en leurs logis.

En cet an s’assemblèrent plusieurs des capitaines du roi Charles sur les frontières de Normandie, c’est à savoir La Ilire, Pothon de Sainte-Treille, le seigneur de Fontaines, Lavagan, Philippe de La Tour et aucuns autres, qui tous ensemble pouvoient être de huit cents à mille combattants. Et se tirèrent tous vers la cité de Rouen, sur intention d’entrer dedans icelle par le moyen d’aucuns des habitants qui secrètement leur avoit promis d’eux faire ouverture. Mais cette entreprise fut rompue, parce que nouvellement les Anglois y étoient venus en grand nombre. Et pource que les dessus dits capitaines françois, atout leurs gens, qui déjà étoient assez près du dit lieu de Rouen, savoient qu’ils ne pouvoient achever ce pour quoi ils étoient partis, pour eux rafraîchir se logèrent en un gros village nommé Ris, à quatre lieues du dit Rouen. Et ainsi qu’ils étoient là, les seigneurs de Scalles, de Talbot, messire Thomas Kiriel et aucuns autres capitaines anglois, atout mille combattants ou environ, qui déjà étoient avertis de leur venue, les poursuivirent roidement. Et de fait, avant qu’ils s’en donnassent garde, sinon assez peu, vinrent férir par divers lieux és logis des dits François,

lesquels furent si très surpris qu’ils ne se purent oneques défendre ni mettre ensemble ; et furent en assez bref terme tournés à déconfiture et mis à desroi. Toutefois La Ilire monta sur un cheval qui appartenoit à l’un de ses hommes d’armes, et cuida rassembler ses gens; mais ce fut peine perdue. Si se mit à chemin et fut chassé et poursuivi assez longue espace de temps; et fut moult grandement navré et blessé en plusieurs lieux. Néanmoins il échappa par la bonne aide d’aucuns de ses gens. Si y furent pris avec le dit seigneur de Fontaines Allain-Géron, Louis de Baie, Allardin de Mensay, Jean de Lon et plusieurs autres nobles hommes ; et le surplus se sauvèrent, et la grand’ partie dedans les bois; et perdirent la plus grand’ partie de leurs chevaux et autres bagues ; et quant est au regard des morts, n’en y eut que huit ou dix.

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