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CHAPITRE CCXXIV

Comment les Gaulois fircnl nouvelle mulalion et se remirent en armes, dont les lèvres furent les principaux.

En ce temps dessus dit , les Gantois se mirent en armes de nouvel on très grand nombre, par le moyen des fèvres d’icelle ville. Et fut la cause de celle assemblée, pouree qu’ils disoient que ceux de la garnison de l’Ecluse avoient pillé sur ceux du plat pays, dont les plaintes en éloienl venues en la dite ville de Gand; si requéroienl iceux fèvres qu’on punît iceux pillards-, ilem, et qu’on allât en armes sur ceux de Bruges savoir s’ils voudroient se départir de ceux du Franc et les laisser être un des quatre. membres ; item, et que pareillement on allât sur ceux de l’Ecluse, pour ôter les dits piliers fichés en l’eau de la Liève, afin que la marchandise pût venir et entrer au pays; item, qu’on iroil par loulc la comté de Flandre visiter et aviser ceux qui éloienl leurs amis ou non, et qui leur voudroient aider à faire et entretenir paix au pays, et que les gens y pussent

avoir à ouvrer et gagner par les villes. Et si en ce les cchevins et habitants de Gand ne vouloient faire assistance, qu’entre eux fùvres le feroient d’eux-môrnes , moyennant l’aide de ceux de leur alliance. Et autrement ne se vouloient départir de leurs armes. Si étoit fèvre le doyen des métiers pour le temps de lors, lequel étoit appelé Pierre Hemubloc. Lesquelles choses les échevins remontrèrent aux bourgeois et aux doyens des tisserands et des autres métiers de Gand, en la place à ce ordonnée, en l’hôtel de la ville, afin que sur ce ils eussent avis chacun avec ceux de son métier, et ce qu’ils trouveroient en conseil ils l’apportassent le lendemain à la loi. Et adonc chacun métier fut sur ce en congrégation ès lieux accoutumés en tel cas. Si revinrent les dessus dits doyens faire leurs rapports à la loi le neuvième jour d’octobre; et après plusieurs interrogations, concordèrent aux févres leurs dites requêtes, pource qu’il leur convenoit ainsi faire, par l’importunité d’eux et de leurs alliés, dont toutefois grand murmure fut des plus notables, pource qu’en ce temps ceux de la ville de Bruges traitoient de paix, en la ville de Lille, aux députés du duc de Bourgogne, leur seigneur, lù où ceux de Gand même avoient envoyé certains ambassadeurs. Si doutoient plusieurs que les menues gens ne voulsissent appliquer à eux les biens des riches.

Tantôt les févres atout leur bannière allèrent sur le marché au blé; et tantôt incontinent vinrent avec eux les parmentiers, les vendeurs de vieilles robes, et bientôt après tous les autres métiers. Après y vinrent les vingt-sept bannières de tisserands, et puis le bailli avec la loi et la bannière de Flandre et de la ville, et avec eux la bourgeoisie; et tant qu’il y eut en nombre quatre-vingt-deux bannières.

Tantôt après se départirent ceux de la loi, et après eux toutes les autres bannières, par la manière accoutumée et l’ordonnance coutumière. Si s’en allèrent au marché des Vendredis, devant l’hôtel des Remontrances, où ils demeurèrent toute icelle nuit jusqu’au lendemain, que les dessus dits févres et les autres de leur opinion vouloient aller aux champs. Mais la bourgeoisie et la plus saine partie de li.ssorands désiroient de laisser icelle armée, pource qu’ils n’avoient point volonté de guerroyer, mais

; étoient d’opinion contraire; si étoient en chance ; d’eux discorder et entre-battre. Lors les févres ! se retrahirent de l’autre côté du marché, et se séparèrent des autres, disant que ceux venissent qui suivre les voudroient; dont plusieurs se mirent avec eux de leur côté ; et après, tous les autres se départirent par bonne ordonnance et allèrent à Mérenquerque, qui est le chemin de Bruges, loger en tentes et en pavillons. Si étoient en ce temps plusieurs apauvris; et par ce étoient émus et rioteux, tant pour la perte de la monnoie nouvelle de l’an trente-trois et de l’abaissement des vieilles monnoies, comme pour ce qu’ils avoient moult frayé en tailles au voyage de Calais; et aussi ils n’avoient point de laines d’Angleterre ; par quoi plusieurs ne savoient à quoi employer leur temps pour gagner leur pauvre vie, et en spécial ceux d’Yjires, qui étoient accoutumés de draper de ces laines d’Angleterre, et plusieurs autres.

Et d’autre part, le froment et tous autres blés étoient moult chers ; et si n’y usoit-on ni ne trouvoient marchandises en Flandre pour la cause de la guerre de ceux de Bruges. Par quoi les biens cessoient A venir au dit pays de Flandre. Car ceux de l’Ecluse avoient fiché piliers au fleuve de la Liéve, si que les marchandises ne pouvoient entrer au pays ; et les riches gardoient le mieux qu’ils pouvoient ce qu’ils avoient de chevance, pource qu’ils véoient que ces gensde labeur se vouloient maintenir d’eux armer et apprendre à vivre de rapine, et que aucuns ne se pouvoient remettre à leurs labeurs, et les riches ne vouloient rien mettre dehors, pource qu’ils se doutoient de guerre avoir tous les jours, tant d’un côté que d’autre.

Après ce, les dessus dits Gantois mandèrent ceux des villes et villages de leur châtellenie qu’ils vinssent incontinent devers eux en armes, en tel nombre qu’ils étoient quand ils furent au voyage de Calais. Lequel mandement les échevins montrèrent au commun et habitants, pour eux sur ce conseiller ensemble ; cl pource qu’ils ne le faisoicnl mie volontiers, allèrent aucuns devers les échevins de Gand, pour avoir délai et qu’ils pussent passer à moins de nombre: mais adonc leur commandèrent les échevins de Gand qu’ils obéissent.

Ce temps pendant, les dits Gantois élurent un capitaine Agé d’environ trente ans, nommé

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CHRONIQUES D’ENeUERRÂND DE MONSTRELET.

Rasse Ouven, bourgeois de Gand, auquel ordonnèrent douze conseillers qui oneques n’avoienl été en la loi de la dite ville. Et de ces douze, en y eut quatre de la bourgeoisie, quatre des tisserands et quatre des métiers ; lequel capitaine ainsi élu ne vouloit entreprendre le dit oflîce.

Item, le neuvième jour d’octobre avoit été publié en l’hôtel des échevins que tous les bourgeois forains vinssent en la dite ville de Gand, sur peine do corps et de biens, dedans trois jours, tellement habillés en armes comme ils voudroient garder leurs corps. Donc en ce dit terme plusieurs y comparurent; et aucuns autres s’envoyèrent excuser, disants que ils avoient loyale essoine par quoi ils ne pouvoient venir; et firent traité que ils paieroient aucune pécune pour être excusés. Et pource qu’on ne donnât charge ni à besogner à ceux qui y étoient venus, quand ils eurent séjourné trois jours ou environ en la dite ville, ils s’en partirent allant en leurs besognes. Par quoi, le vingt-septième jour du dit mois d’octobre, furent mandés, sur peine de perdre leur bourgeoisie et de payer issue. Ce dit jour furent pris huit hommes, soudoyers de l’Ecluse, lesquels, sous ombre de guerroyer ceux de Bruges, déroboient le pays. Et les prirent ceux de Saint-Laurentau-Bloc; car il avoit été crié et publié que chacun prît et menât devers la justice tous dérobeurs qu’on pourroil trouver, si on les prenoit vifs ; et si on ne les pouvoit prendre, qu’on les tuât et mît à mort. Lesquels les désarmèrent, et retinrent icelles armures avec leurs vêtements ; si les emmenèrent en leurs pourpoints à Merenquerque en l’ost de Gand, où le lendemain, parle jugement des échevins, eurent les hâtereaux coupés; et à la prière du souverain doyen, furent leurs corps donnés aux augustins, qui les ensevelirent. Depuis furent quatre hommes boutés hors de l’ost de Gand pour cause de pillage par eux fait par ceux des villages.

Le dit Rasse, qui fut élu capitaine , alla devers le duc de Bourgogne à Arras, pour quérir sa commission, si son plaisir éloit qu’il fût capitaine , et laissa trois lieutenants à Gand de trois membres de la ville : un de la bourgeoisie, nommé Jean L’Estauble ; des métiers, un nommé Jean Cacielle, et un des tisserands, nommé Jean de Sterque. Le lundi quatrième jour du

mois do novembre, revint Rasse dessus dit atout la commission d’icelui duc de Bourgogne d’être capitaine des dits Gantois ; et comme il en eut fait le serment en la ville de Lille, devant les seigneurs du dit conseil, semblablcmenti jura en l’ost, devant le bailli et échevins de( Gand, d’ètre bon et loyal au prince, à garder' ses droits et seigneuries, et les privilèges de la ville, mettre paix en droit et justice, et tenir lei peuple en paix et union; et pareillement ju-t rèrent les douze conseillers. Le cinquième jour i du dit mois de novembre, Rasse le capitaine atout doux personnes de chacune bannière, avecque ceux de la loi, vint de Merenquerque à Gand, à la requête de ceux qui avoient pour ce pris armes. Si prit plusieurs‘personnes qui avoient été des principaux gouverneurs de ta dite ville de Gand, c’est â savoirLouis deHolle, qui avoit été premier échevin ; Liévin Le Jagre, qui plusieurs fois avoit été échevin et trésorier ; Gilles Le Clerc, avocat ; Jean L’Apothicaire, qui avoit été trésorier et échevin de Gand; Jean deGraubbe, qui avoit été échevin. et Jacques La Jachère, qui avoit été souverain doyen des métiers. Et furent ensemble prisonniers en la maison du prince. Et encore eussent-ils pris des autres ; mais ils s’étoient absentés; et aussi les appeloit-on mangeurs de foie. «

Si fit le dit capitaine publier que tous ceux qui avoient été en loi en la ville de Gand, depuis dix ans, qu’ils vinssent en l’ost. Lors étoit grandement accru l’ost de Gand-lez-Merenquerque , car ceux de leur châtellenie étoient venus étoffément, excepté ceux de Courlrai ; et sombloit une grande bonne ville de leurs lentes et pavillons qu’on y véoit. Si prirent leurs armes derechef, le sixième jour de novembre; et vouloient aller à Gand quérir les prisonniers de la ville, pour iceux être en leur compagnie ; mais le capitaine les refreignit et dit qu’il avoit été ordonné qu’on les laisseroit en prison jusqu’à ce que l’ost seroit retourné en la ville, et que lors on feroit droit et loi selon ce qu’on Irouveroit par une générale inquisition par toute la comté de Flandre. Si eût volontiers vu icelui capitaine que le dit ost se fût appetissé, disant qu’il meltroit bien la paix en droit et en justice atout la quarte partie d’icelui ost; mais ceux de l’ost ne se vouloient nullement dépar-

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lir l’un de l'aulre , ains vouloient demeurer ensemble en fraternel amour et vouloient aller loger entre les villes de Bruges et de l’Ecluse, et savoi r si ceux de Bruges sep artiroienl du Franc, selon la scnlenccdu prince; etsi se soumeltoient de leurs méfaits et outrages en l’ordonnance du prince et des autres trois membres d’icclui pays do Flandre, sauves leurs vies et leurs privilèges, si ceux de Bruges le vouloient ainsi faire, ou qu’ils suppliassent au prince qu’il lui ])lùl sur ce eux avoir en grâce, et en outre déterminer du d bal d’entre ces deux villes de Bruges cl de l’Écluse, afin que les marchands pussent paisiblement fréquenter le pays. Que si ceux de Bruges le refusoienl, on feroit tant qu’on les meltroit en obéissance en la volonté du prince. Oravoient ceux de Bruges envoyé de chacun métier de leurs députés, lesquels traitèrent tant à Merenquerque en l’ost qu’après plusieurs paroles furent d’accord. Si éloient iceux députés en nombre de quarantedeux personnes, lesquels, après le dit accord, ensemble présentèrent et accordèrent é bailler lettre selon une minute faite par eux , le douzièmejour de novembre, dont la teneur s’ensuit:

« Nous , bourguemesfres , échevins , conseil, chevetins de la bourgeoisie, doyens, jurés des maîtres et toute communauté déjà ville de Bruges, faisons savoir à tous ceux qui ces présentes lettres verront que nous , à l’honneur de notre très redouté seigneur et prince le duc de Bourgogne, comte de Flandre, etc, , à la prière des trois membres de la bonne ville de Gand eide toutes les franches villes de la châtellenie de Gand, avons consenti et consentons par ces présentes, pour nous et nos successeurs, à tenir ferme et stable tel dit cl sentence donnée et ordonnée de notre dit seigneur et son conseil, en sa dite bonne ville de Gand, le onzième jour de février l’an mil quatre cent trente-six, de ceux du F’ranc, comme le quart membre du pays, comme par avant eût été, sans fraude et selon le contenu d’icelle sentence.

» En témoin de vérité, avons ces lettres scellées du scel des promesses de la dite ville. »

Lequel accord ainsi par les députés de Bruges rapporté en la ville après grand conseil, ceux de la loi firent demande aux habitants de Bruges, assemblés devant l’iiôtcl des éche-

vins, s’ils vouloient accorder ce dit Irailé; lesquels là élants jusqu’au nombre de vingt mille ou plus, après un peu de silence, répondirent comme tous : Oui.

Lors s’avança un nommé Coppin de Ulesinacre, pieça banni de Gand pour ses démérites, qui dit : « Tout va mal : comment! Êtes-vous » si couards que vous craignez les Gantois? » Certes, vous êtes dignes d’avoir à souffrir à » cause de votre folie cl inconstance. » El ai)rés ce, le doyen des févres , un couturier et plusieurs autres commencèrent fort à murmurer et à contrarier le dit accord ; et spécialement contredisoient moult d’en faire lettres; et tant firent que tout le dit accord cl traité fut anéanti par le tumulte d’iceux. Par quoi , depuis, par le jugement de la loi de Bruges, curent les hâtereaux coupés le dit Coppin. le doyen des févres, le couturier et un autre; cl en furent bannis do leurs coiiqjlices jusqu’à dix-sept d’iceux.

Toutefois icelle unité et paix entre ceux de Bruges et ceux de Gand fut toute dépecée, quoique les dits députés et ceux de Bruges on eussent baillé dix-sept ôtages à ceux de Gand; lesquels ceux de Gand délivrèrent depuis, et les renvoyèrent, sous ombre qu’iceux députés leur disoient qu’ils avoient fait leur devoir et leur pouvoir à faire entériner le dit traité et accord. Avecque lequel traité avoit aussi été ordonné et accordé que ceux du Franc pourroient prendre la franchise de bourgeoisie A Gand ou à Bruges, où mieux plairoit à chacun. Et sur ce , dévoient les dits Gantois et ceux d’Ypres envoyer devers le duc de Bourgogne leurs ambassadeurs, prier qu’il lui plût ôter les soudoyers étrangers de l’Ecluse, et les piliers de la rivière de la Liéve, afin que les marchandises pussent venir au pays, ou sinon qu’eux-mémes le pussent ôter.

Après ce, s’en alla l’osl de Gand loger à Ardembourg. El pource que ceux de Bruges après, contredisant ce dit accord, ne vouloient partir du Franc, fut publié à Gand cl en la châtellenie le mandement du luincc fait en l’été dernier passé : qu’on ne menât ni souffrît mener aucuns vivres à Bruges. Item, (luc leurs biens et dettes fussent pris et délivrés en justice. El après fut publié que si ceux de Bruges vouloient faire aucunes courses ou envahies

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sur ceux de la chûtellcnie , qu’on sonnât les cloches aux églises, et les buccins, pour soi assembler et résister à l’encontre d’eux.

Après ce, eut le hâtereau coupé Clarus Boye , natif d’Axelle ; et aussi furent décollés Guillaume de Boquelaire , patinier, natif du pays de Was , et un homme de Courtrai , pource qu’ils avoient été à (iourlrai par l’instigation des févres et couturiers de Gand, et avoient dit illec que ceux de Gand désiroient moult que ceux de Bruges vinssentaux champs en armes avecque eux , pour le bien du commun pays de Flandre et l’union d’icelui , et pour corriger ceux de l’Ecluse.

Le seixième jour de novembre, ceux del’ost curent conseil qu’ils envoieroient certains députés à Gand et ès villes de la châtellenie, pour savoir qu’on feroit et en quelle manière on procéderoit En outre, que s’ils étoient de l’opinion qu’on allât sur ceux de Bruges, qu’on leur envoyât encore autant de gens qu’ils étoient. Alais ceux de Gand eurent autre avis, pource que les vivres étoient chers et que l’hiver étoit près , avecque ce aussi qu’il leur ennuyoit bailler l’argent des souldées; par quoi on retourna et délaissa-t-on l’armée ; car aussi la greigneur partie étoient adonc contraire contre icelle, et quéroient occasion de le dépêcher. Et adonc l’ost des Gantois se départit d’Ardembourg , retournant jusqu’à Hecqueloc; et illec, une de la châtellenie portant une partie d’une souche de bois et clôture d’un champ pour faire feu et échauffer viandes, pource qu’aucuns de Gand lui vouloient ôter par force , se défendit et cria à la châtellenie, et les Gantois crièrent : Gand! si que tous s’émurent à cette cause, tes Gantois d’une part, et la châtellenie d’autre part; et y eût eu grand’ bataille, si n’eût été un nommé Pierre Simon, échevin de Gand, qui par belles paroles départit l’estourmie par grand’ vaillance. Et y fut vilainement blessé des coups qu’il reçut de se bouter entre eux; mais il ne pouvoit être fort navré, pour ses bonnes armures. Et en y eut plusieurs navrés, dont les aucuns en moururent depuis, et par spécial des Gantois, dont il en mourut en la place un navieur de Gand, vigoureux homme. Et depuis furent bannis de Gand deux hommes qui aboient féru sur le premier échevin dessus dit. Et la vigile

Saint-Andrieu retournèrent chacun en son lieu les dits Gantois , qui s’étoient mis en armes à petite délibération, et repairèrent en leur ville ■ à peu de consolation. Et ceux de leur châtellenie, qui y étoient allés bien enuis, retournèrent bien volontiers chacun en son hôtel. Peu de temps après ensuivant, fut déposé de sa ca- l pitaînerie le dit Basse Ouven ; et les dessus ; dits six , pource qu’ils promirent de ester à f droit et à loi prisonniers, furent délivrés, de ’ ce qu’on leur imposeroit ou demanderoit de- | dans trois jours après qu’ils en seroient semons.

En décembre, le mois ensuivant, furent publiées lettres du prince par ville et châtellenies de Gand, contenant qu’on n’obéît plus au capitaine Basse Ouven ; car le dit prince l’avoil démis. La vigile de Noël, fut ordonné par ceux de Gand, en pleine collation, que messire Boland de Hutequerque, messire Colard de Commines , Jean de La Damme , Gilles de La Voustine, Girard de Mal-Digen , Jean de i Papegen, Pierre Gougebus, Pierre Bris, Josse i de Be\s, Martin de Sinimes et Jean de Crique, lesquels avoient été bannis de Gand, qu’ils pourroient revenir en la dite ville de Gand et au pays de Flandre. En outre, un nommé Coppin Coppon, qui, passé cinq ans, s’étoit absenté de la dite ville, et avoit dérobé plusieurs per- L sonnes en la comté de Flandre, tant que plu- w sieurs, allantpar le chemin, sedoutoie tmoult fort de lui, si fut pour lors retourné à Gand, cuidant que tout ce fût oublié; mais il fut pris et condamné; par quoi il eut le hâterel coupé, avec deux autres qui avoient dérobé deux hommes emprès la ville de Tenremonde.

CHAPITBE CCXXV.

Comment le traité se fit entre le duc de Bourgogne et ceux . de la ville de Bruges.

Entre-temps que toutes les besognes dessus dites se faisoient, les devant dits Brugelins , qui bien véoient, comme dit est ailleurs ci-de- j. vant, qu’à demeurer longuement en l’indigna- g. tion de leur prince étoit totalement à la des- L truclion d’eux et de leur ville, si commencérent fort à continuer quérir les moyens à avoir traité avec lui. Lequel traité enfin ils trouvérent; et se soumirent du tout à leur prince y dessus dit, avec ceux de son conseil , par cer-

laines condilions déclarées entre icelles parties. Duquel traité, au moins aucuns des principaux points prononcés à Arras, le ciuati ième jour de mars, présent le dessus dit duc et son conseil, cl très grand nombre d’autres gens, la teneur s’ensuit :

« Premier, fut ordonné qu’à la première fois que le duc iroil à Bruges, viendroienl audevant de lui vingt personnes avecque ceux de la loi, sans chaperons, nu-pieds et déchaussés, une lieue hors la dite ville. Et eux venus en sa présence, se mettroient à genoux , en lui requérant pardon et lui prieroient qu’il lui plût venir en icelle ville.

» Item . que la porte de la Bouverie seroit convertie en une chapelle, où on célébreroit chacun Jour les sept heures canoniaux.

» Item , que dorénavant à toujours, ejuand mon dit seigneur et scs successeurs, comtes et comtesses de Flandre, viendroient à Bruges, iceux de Bruges viendroient hors de la di!e ville, portant les clés de toutes les portes , en perpétuelle mémoire d’obéissance.

» Item, que chacun an, le jour de leurs mesdits , ils feront en l’église de Saint-Donat chanter une messe solennelle à diacre et à sousdiacre , où ils feront être vingt et quatre personnes , chacun tenant une torche ardente, tant que la messe durera, d’une livre de cire chacune torche, et à chacun quatre gros.

» Item, qu’au bout de la Liôvc on fera une belle croix.

» Item, que les biens des bâtards ne seront plus affranchis à la mort, mais seront confisqués au prince.

» Item , que ceux de Bruges quitteront et rachèteront à mon dit seigneur les rentes viagères , en quoi ces domaines sont tenus et obligés.

» Item, que ceux de Bruges n’auront plus de connoissance sur ceux de l’Ecluse : c’est à savoir que ceux de Bruges ne seront leur cheflieu ; et ne les suivront plus ceux de l'Ecluse en l’ost ni autrement; et n’auront à faire avec eux , lors seulement en ce qui touclic la marchandise.

>> Item, qu’aux métiers qu’on fait à l’Kcluse, dont longuement a été question entre les deux villes, iceux de Bruges n’en auront plus nulle connoissance.

» Item , que ceux de Bruges ne pourront faire nulle armée, sur la forfaiture de corps et de biens.

» Item , quiconque feroit cesser les métiers, quand armes et dissensions se naîtroient, cncüurroit moult grièves peines contenues en la principale sentence.

» Item , sont réservées à mon dit seigneur aucunes personnes à être en sa volonté de ceux de Bruges et de ceux qui sont devenus bourgeois durant la dissension.

» Item, donneront et paieront ceux de Bruges à mon dit seigneur deux cents mille riddes d’or.

» Item , ceux de la loi et autres dénommés de Bruges iront dedans huit jours hors de la ville à l’encontre d’aucuns députés qui y seront envoyés de par le dit duc, et les recevront en grand’ obédience.

» Item , que nul ne sera plus bourgeois forain d’icelle ville , s’il n’y demeure par trois fois quarante jours.

» Item, fut ordonné que le fils du seigneur de rile-Adam auroit , pour la mort de son père , dix mille écus , avec aucunes amendes honorables ; et pareillement amenderoient la mort du févre à sa femme et à ses amis, lequel fèvre avoit été écartelé pource qu’il avoit baillé les marteaux pour ouvrir la porte. »

Avec lesquelles amendises en y avoit de plusieurs autres , mises par écrit au principal traité, desquelles , pour cause de brièveté , je me tais d’en faire récitation ni mention. A laquelle sentence prononcer et ouïr, étoient présents à genoux devant leur prince, en son hôtel dedans Arras, plusieurs notables personnes, et jusqu’au nombre de vingt et quatre à ce commis et députés de par la ville de Bruges; lesquels furent moult troublés pour la lecture et longueur d’icelle sentence; et tant qu’enfin le duc, ce voyant, par pitié ordonna qu’on les fit seoir pour être i)lus à leur aise. El toutes ces besognes parfaites et acconqrlies , et que les dessus dits députés furent retournés en la ville de Bruges , assemblèrent le peuple en très grand nombre et multitude, et montrèrent la copie de la sentence, laquelle, pour le grand désir qu’ils avoienl pour retourner à la grâce du prince, leur naturel seigneur, fut à la plus grand’ partie assez agréable. Et à aucuns au-

CHROMQI ES r)'E.\Gl]lil\RA.M3 DE Mü.NSTREIÆT. [1438] i

très gens de petit état, qui avoicnt eu gouvernement durant les tribulations , ne fut point plaisant; et eussent volontiers derechef, par leurs paroles séditieuses, ému le peuple contre les puissants ; ce que faire ne pouvoient, car ils doutoient grandement, après icelle paix, être punis de leurs outrages et démérites ; et comme ils doutoient leur advint. Et dedans bref temps ensuivant furent pris jusqu’au nombre de douze ou environ des principaux qui avoient soutenu et entretenu toutes tes rigueurs dont dessus est faite mention, lesquels eurent les hâtereaux coupés; et si en y eut plusieurs bannis qui se rendirent fugitifs.

Et fut faite cette justice à la venue du damoiseau de Elèves, neveu du duc de Bourgogne, qui, de par lui, avec aucuns de son conseil , fut commis d’aller recevoir les dites amendises, selon le contenu du traité fait et passé à Arras. Et par avant avoient été envoyés devers le dit duc, en la ville d’Arras , soixante-trois hommes , lesquels avoient été pris en la ville de Bruges quand le dit duc en fut débouté; et à leur département de Bruges leur fut délivré à chacun une robe de vair, aux dépens de la dessus dite ville.

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