CHAPITRE CCXXllI
Comment grandes pestilences et famines furent en cet an.
En cet an mil quatre cent trente-sept, furent les blés et autres grains si chers par toutes les parties du royaume de France, et on autres et divers lieux et pays de chrétienté, que ce qu’on avoit aucunes fois donné pour quatre sous, monnoie de France, on le vendoil quarante ou au-dessus. A laquelle cherté fut si grande
famine universelle que grand’ multitude de pauvres gens moururent par indigence. Et étoit moult douloureuse et piteuse chose à les voir ès bonnes villes mourir de faim, gésir sur les fumiers par grandes compagnies. Si y eut aucunes villes qui les déboutèrent de leur seigneurie; et si on y eut aussi des autres qui tes reçurent et administrèrent assez longuement, selon leur puissance, en accomplissant les œuvres de miséricorde, entre lesquelles, de celles qui les reçurent et administrèrent, en fut l’une la cité de Cambrai. Si dura celte pestilence jusqu’en l’an trente-neuf; et furent faits à celle cause plusieurs édits par les seigneurs, tant princes comme autres, et aussi par ceux des bonnes villes, en défendant que nuis blés et autres grains ne fussent portés hors sur grosses peines.
El mômement, en la dite ville de Gand, fut crié qu’on s’abstînt do brasser cervoises ni autres pareils breuvages, et que toutes autres pauvres gens fissent tuer leurs chiens et que nul ne gouvernât chienne, si elle n’étoit châtrée.
Telles et pareilles ordonnances furent faites en moult de i)ays, afin de pourvoir à la commune pauvreté du menu peuple cl des mendiants.