CHAPITRE CCXXXIV
Comment le comte d'Etampes reprit la forteresse du Raoullet sur les gens du seigneur de Moy, et autres matières.
Aussi, devant cette dure pestilence, les gens du seigneur de Bloy en Beauvoisis avoient pris la forteresse du Raoullet, à deux lieues près de Mont-Didier, sur les gens de Guy de Roye qui l’a voient en garde; et faisoient guerre à la ville do Mont-Didier et au pays à l’cnviron. Et pource qu’icelle ville et le pays éloient en la garde du comte d’Etampes et en son gou-
vernement, il envoya devant la dite forteresse certain nombre de gens de guerre , sous la conduite d’aucuns de ses capitaines , c’est à savoir Valeran de Moreul et Guy de Roye , et aucuns autres , lesquels les assaillirent et mirent à tel meschef qu’ils se rendirent en la volonté du dit comte d’Etampes. Desquels il fit pendre de vingt à trente , et la dite forteresse fut remise en la main du dessus dit Guy de Roye. Pour laquelle exécution le dit seigneur de Moy, qui étoit capitaine de Clermont , fit dedans bref temps ensuivant plus forte guerre jque par avant à la ville de Mont-Didier, pour quoi il convint commettre en plusieurs lieux gens d’armes en garnison , tant en villes ) comme en forteresses , contre le dit seigneur de 3Ioy.
Et par ainsi, toutes les marches à l’environ d’un côté et d’autre furent exilées et gâtées, et eurent plus à souffrir que devant et durant pleine guerre
Et d’autre part , les Anglois prirent en ces propres jours les forteresses de Saint-Germainen-Laye et de Gerberoi, non mie de force, mais d’emblée; et y mirent très grands garnisons, dont les Parisiens curent moult à souffrir, t En ce môme temps, advint une très grande, cruelle et merveilleuse chose en un v illage près d’Abbeville, car une femme y fut prise et accusée d’avoir meurdri plusieurs petits enfants, lesquels elle avoit démembrés et salés secrètement en sa maison. Si fut celle grande cruauté accusée par le moyen d’aucuns brigands qui par nuit vinrent en sa maison et en trouvèrent des pièces, et pour cette cause fut prise; et après qu’elle eut connu sa malice, fut arse et exécutée par la Justice du dit lieu d’Abbeville en Ponthieu.
Au temps dessus dit, ceux de Bruxelles eurent grand discord et dissension contre ceux de Louvain, Malines et autres bonnes villes de Brabant, pour ce qu’ils contraignirent par tout le territoire d’Anvers porter les blés en leur ville, au grand préjudice des bourgeois d’icelles bonnes villes, auxquels les blés étoient. Et pour cette cause s'émut très grande guerre et dissension entre ceux de Malines et eux, car les dits de Malines tendirent leurs chaînes sur la rivière, par quoi rien ne pouvoit aller à Bruxelles ; et assez tôt après coururent en armes l’un
contre l’autre; et en y eut plusieurs mis à mort entre icelles parties. Néanmoins, depuis, le duc de Bourgogne et son conseil y mirent moyen, et les apaisèrent de leur dissension.