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CHAPITRE CCXXXVII

Comment le pape Eugène envoy.t ses lettres en plusieun ! lieux de la chrétienté, et la teneur d’icelles.

Au commencement de cet an, furent en- ; voyées unes bulles par notre saint père le pape Eugène contre ceux tenant le concile de Bâle, ' dont la teneur s’ensuit:

•i Eugène, évêque, serf des serfs de Dieu. Tous exemples, tant du nouvel comme du vieil testament, nous admonestent les crimes ' et deffautes, spécialement griefs qui sont et attentent à l’esclandre et division de la chose publique et du peuple à nous commis et baillé, que nous ne les laissons passer sous silence, ni que nullement ne les laissons impunis. Et si les fautes par lesquelles Dieu est grande-

ment offensé nous différons à poursuivie et venger, certainement nous provoquerions la divine sapience à se courroucer ; car il est plusieurs deffautes ésquelles grandement pèchent ceux qui relûclient et différent de vengeance, quand ils les doivent punir. Juste chose est et à raison consonnante, selon la raison des saints pères, que ceux qui contemnent les divins mandements et désobéissent aux paternelles ordonnances selon saintes institutions, soient corrigés des plus cruelles vengeances, afin que les autres aient honte de commettre les crimes, et toute concorde fraternelle se réjouisse, et que tous prennent exemple de crémeur et de honnêteté ; car s’il étoit ainsi, que jà ne soit ! que la vigueur et sollicitude de l’église fût par nous délaissée négligemment, la discipline de l’église périroit par notre paresse: ce seroit chose moult nuisant aux âmes des bons et loyaux chrétiens. Donc faut retrancher la mauvaise chair de la bonne, et la brebis rogneuse du troupel, à ce que toute la maison et les bêtes ne périssent et ne soient corrompues ni infectées , car, comme dit le glorieux docteur saint Jérôme : Arien fut à Alexandrie une étincelle de feu, mais pource qu’elle ne fut pas assez tôt éteinte et oppressée, la flamme s’y dépopula et alluma tout le monde. Ivt pour celte cause à l’évêque de Rome furent de Notre- Sauveur données les clés de lier et délier, afin que ceux qui se dévoient et vont insensiblement hors du chemin de vérité et de justice, soient astreints et contraints des liens de correction et obligation. Disons donc, de l’autorité apostolique, ceux qui eurent et qui mettent et mènent les autres en erreur, parles censures de l’église être baillés à Satan, à ce que leurs esprits soient sauvés, et à ce que tant eux comme les autres désapprennent de blasphémer; et comme dit le benoit pape Sixte: « Nous ayons mémoire de présider sous le nom )> d’icelle église , de laquelle la confession est » de notre très doux Sauveur Jésus glorifier, » de laquelle la fui ne nourrit jamais hérésie, » mais toutes les détruit. » Et pour ce nous entendons à nous non être autrement licite que de mettre toute notre force et puissance à ce à quoi le fait de runiverselle église soit arrêté.

» Vérité est que és jours prochains nous présidant à la congrégation du concile géné¬

ral de cette sainte sacrée église , notre bien aimé fils, maître Hulin de La Plante, docteur en lois, et notre bien aimé fils, maître Jean de Platon, docteur en lois, promoteur d’icelui sacré concile, et maître Yenlure Du Chàtel , ordonné procureur de la chambre apostolique et licencié és lois, nous ont exposé une lamentable querelle sous ces paroles, en disant :

» Très saint et révérend père, en ce sacré et œcuménique concile général légitimement assemblé , jà soit ce qu’une soit la sainte catholique et apostolique église romaine, que le benoit Saint-Esprit en la personne de Noire- Seigneur au livre des Cantiques le démontre en disant : « ]\Ia colombe est une parfaite , une » est aussi sa mère, qui l’a portée et enfantée. » Et le vaissel d’élection , monseigneur saint Paul, démontre l’unité d’icelle église et le sacrement de celte unité, eu disant : « Un corps » et un esprit, une espérance de notre voca- » lion , un seigneur et une foi , un baptême , » un Dieu. » El comme dit le benoit Cyprien : ■t Elle est un chef, une naissance et une mère •> plantureuse de toute fécondité , et ne peut » adultérer l’épouse incorrompue de Jésus- » Christ, nette cl pure ; elle connoît une mai- » son; elle garde, par chasteté, netteté et sain- » teté, une seule couche. » Et en un autre lieu, icelui même Cyprien dit : « Il n’a point l’ec- » clésiastique ordonnance qui ne lient l’unité » de l’église. » Et comme Pélage, pape, affirme des paroles du benoit saint Augustin, très noble docteur d’icelle église, pource qu’il ne peut être qu’il ne soit église, cl faut qu’icelle le soit, laquelle est un siège apostolique radialement constitué par la succession des évêques, néanmoins dés le commencement d'icelle église la libidinosilé cl l’outrage effréné d’aucuns hommes a toujours attendu de déchirer et de délrancher l’unité d’icelle à l’encontre desquels la divine vengeance premièrement, et après l’autorité des saints pères so sont elevées.

» Quiconque donc par hardiesse , sacrilège et diabolique persuasion présumera d’entamer celte sainteté, et, sans nulle macule, unité de l'église, celui sacré canon le démontre et enœigne ennemi de l'église ; et ne peut avoir Dieu à père s’il ne lient l’unilé de l’église universelle ; et ne peut celui ni nul en rien cou-

CllKOMQL'ES D’FAGl ^■aR\^D DE MONSTRELET. [H39J i

venir qui ne convient avecquc le corps de l’église et runivcrselle fraternité ; car comme Jésus-Christ soit mort pour l’église et l’église soit le corps de Jésus-Christ, il n’est point de doute que qui divise l’église, qu’il est convaincu de diviser et déchirer le corps de Jésus- Christ. Et à cette cause, par la volonté de Dieu, en ses schismatiques Dathan et Abiron, qui contre l’honneur de Dieu faisoient schisme et division, telle vengeance vint que la terre s’ouvrit et les engloutit tout vifs ; et les autres qui les adhéroient furent consumés par feu qui descendit du ciel.

» En après, combien soit inséparable le sacrement de l’unité de l’église et combien s’acquièrent grand’ perdition par l’indignation de Dieu , ceux font schisme en l’église qui délaissent le vrai époux de l’église et un autre faux évêque se constituent. On le voit és livres des Rois, où l’écriture divine déclare que quand de la ligue de Juda et de Benjamin les dix autres ligues se furent séparées et qu’elles eurent laissé leur droit roi et en eurent constitué un autre. Notre- Seigneur fut indigné contre toute la semence d’Israël et la donna en dérision et division , et aussi qu’il la déjeta de sa face. Et dit cette écriture : « Notre-Sei- « gneur avoir été indigné et iceux avoit don- >> nés en perdition qui s’étoient séparés et « dissipés d’unité et se avoient autre roi con- » stitué. Et a toujours été si grande de Dieu » l’indignation contre ceux qui ont fait schisme « et division, qu’aussi quand l’homme de Dieu » fut envoyé à Jéroboam , qui lui reprochoit » et blâmoit ses péchés et lui prédisoit la ven- » geance que Dieu en vouloit prendre , Dieu » lui avoit défendu qu’il ne mangeât du pain »> ne bût eau avecque icelui Jéroboam ; la- » quelle chose il trépassa contre le comman- » dement de Dieu; et tantôt après, par la di- >> vine sentence , il fut tellement persécuté « qu’ainsi qu’il venoit du dit Jéroboam , il lui » vint un lion très impiteusement, qui l’occit. » Esquelles choses , comme saint Jérôme affirme, nul ne doit avoir doute que le crime de schisme ne soit et ait été de Dieu grièvement puni. Comme doneque jà piéça en un saint sacré concile général de Constance, ce pernicieux schisme a travaillé et donné affliction à •l’église de Dieu et à la religion chrétienne, à

très grand’ perdition d’ames, et non mie tant seulement d’hommes , mais aussi de cités et provinces, par persécution cruelle et longue; et depuis, par l’inefîable miséricorde de Dieu tout-puissant, et aussi par les grands labeurs, angoisses et dépens des rois et princes , tant ecclésiastiques comme séculiers , et aussi de moult d’universités et d’autres loyaux chrétiens eut été apaisé, et croyoit-on l'église parfaitement, comme chacun le désiroit, en joie de parfaite paix , tant par l’élection de bien aimée mémoire le pape Martin, comme aussi après son trépas par l’indubitable, unique et canonique assomption de vous à la hautesse de l’apostolat ; mais maintenant voici que nous sommes contraints de dire comme Jérémie le prophète : « Nous avons attendu paix, mais » voici tribulation. » Et derechef avec Isaïe ; « Nous avons attendu lumière, et voici té- » nèbres ; » car plusieurs enfants de perdition et iniquité , peu en nombre et légers d’autorité, à Bâle, après la translation du concile, lequel avoit là eu vigueur par une espace,' par votre autorité, laquelle translation a été' faite par justes, évidentes, contraignants et nécessaires causes, canoniquement pour la très sainte et à tout le peuple chrétien très désirée union des Grecs et de toute l’église orientale , de toutes leurs forces, de toutes leurs douleurs, par cautelle, se sont efforcés de pécher. Car quand les devant dits appeleurs qui étoient demeurés à Bâle eurent failli aux Grecs de leur promesse, et qu’ils aperçurent par les orateurs grecs et de l’église orientale que très noble prince messire Jean Paléologue, empereur des Romains, et aussi Joseph de bonne mémoire , patriarche de Constantinople, avecque plusieurs autres prélats et autres hommes de l’église orientale dévoient venir au lieu élu pour célébrer le concile œcuménique, et que votre sainteté éloil là venue avec plusieurs prélats , orateurs et autres innombrables à très grands dépens et frais, pour détourner la venue du dessus dit empereur, ont été descerner un monitoire détestable contre votre sainteté et contre mes très révérends seigneurs , messeigneurs les cardinaux de l’église de Rome. Et quand ils aperçurent les devant dits empereur et patriarche de l’église orientale venir, ils allèrent de fait proposer contre votre sainteté une

r.lVRE SECOiND.

sacrilège sentence de suspension et administration de papalité; nonobstant lesquels enforcements iniques et sacrilèges, par votre diligence, cure et sollicitude avecque le conseil , et par moult de labeurs et de divers disputations , enfin la divine miséricorde a concédé que le schisme des devants dits Grecs et orientale église, lequel, à la grande destruction du peuple de chrétienté avoit duré près de cinq cents ans, si fut ôté du milieu de l’église, et que la très désirée union de l’orientale église et occidentale, laquelle on croyoit à grand’ peine pouvoir faire, par souveraine concorde s’ensuivit. Et eux, qui de voir tant de saintes œuvres et sacré concile se dévoient très hautement émerveiller, et par souveraines louanges et exaltations, comme toute la religion chrétienne avoit fait, dévoient vénérer et rendre grâce au Très- Haut de tant merveilleux dons , sont faits plus cruels et plus obstinés, en voulant à la très mauvaise cruauté minisirer ensemblement à la chose publique et ruine chrétienne; et sont faits persécuteurs de leur propre honneur par présomption pestiféré, s’étant efforcés tant qu’ils ont pu de trancher l’unité de la sainte romaine et universelle église, et l’incommutible créé de Notre-Seigneur, et le ventre d’i- Icelle piteuse et sainte mère église , par leurs massacres en morceaux et serpenlineux déchirés de ceux. Le duc, le prince et l’ouvrier de toute celle néfande œu\ re a été premièrement le premier engendré ce Irès déloyal satan Amcdeus, jadis duc de Savoie, lequel jtà piéça a ces choses préméditées en son courage, et a élé acertené de plusieurs fausses pronostications et sorceries par plusieurs exécrables et maudits hommes et femmes, lesquelles ont délaissé leur Sauveur derrière et se sont convertis après Satan , séduits par illusion de diables ; lesquels en commun langage sont nommées sorcières, frangules, straganes ou vaudoises, desquelles on dit en avoir grand foison en sou pays. Et par telles gens, jé passé aucuns ans, a été séduit tellement, qu’afin qu’il pftt être élevé pour chef monstrueux et difforme en l’église de Dieu , il prit habit d’hermite aux avisions d’un très faux hypocrite, afin que sous la peau de brebis ou agncl il couvrit sa cruauté lupinc; à ce qu’en la fin en procès de temps, lui, qui étoit confident A ceux de Hûle,

en fraude, par dons, par promesses et par menaces, une grand’ partie de ceux de Bûle, laquelle étoit sujette à son commandement ou tyrannie, idole de. Belzébuth, d’iceux nouveaux diables, ses princes, ils le constituassent à l’encontre de votre sainteté, laquelle est très vrai vicaire de Dieu et successeur de saint Pierre indubitablement, et profanassent et pollussent l’église de Dieu. Et a induit ce très miséreux Amedeus , homme d’exécrable et ignominieuse convoitise , et lequel toujours s’anathématise, cette division; laquelle, selon l’apostole, est servitude des diables, autrement appelée blasphémcuse synagogue d’hommes perdus , et de toute chrétienté la honteuse et confusible sentine puante ; à laquelle a député pour électeurs, proclamateurs, certains hommes ou diables sous figures et espèces d’hommes mussés , qui en la fin en idoles , comme jadis la statue de Nabuchodonosor au temple et en l’église de Dieu, s’élevassent; et aussi lui-mème élevé par scs furieux vices descendant à l’exemple de Lucifer, qui dit : « Je » mettrai mon siège en aquilon et serai sem- » blable au Très-Haut. » Au jour de la devant dite élection, mais plus vraie profanation, faite de lui , laquelle lui propre , à grands frais et anxiété de courage, avoit pourchassée par très grand’ et détestable avidité et désir, il embrassa , et n’a point eu d’horreur de vèlir les vêtements papaux et les signes, de soi tenir, porter et exercer pour le souverain et romain évêque , et de plusieurs , comme tel, se faire honorer et révérer. Et outre plus, il n’a point eu de honte ni cremeur d’envoyer en plusieurs et diverses parties du monde ses lettres plombées et bullées en la forme des évêques romains, èsquelles il se nomme et appelle Félix ; comme il soit ainsi que de tous les hommes du monde il soit le plus malheureux; et par lesquelles il s’efforce de mettre et épandre les divers venins de ses pestilences. O Irès saint père et très saint sacré conseil , que quiers-je premièrement ci, ou quedemandè-je, ou par quelle force de voix ou par quelle gravité de pesanlcnr de paroles, par quelle douleur de courage, par quel gémissement de courage ou par quelle abondance de larmes puis-je pleurer tant horrible forfaiture?

» Quelle occasion sera-ce, qui pourra déplu-

rer, exprimer par nulle cflluencicuse largesse ou abondance de larmes dignemonl ce terrible et énorme péclié cl crime? Certainement cette chose ne se peut véritablement exprimer ni raconter, pour l’indicible grandeur de sa crudélilé ; car la grandeur de si grande offense si vaine la force de la langue. Mais très saint et très révérend père, comme je connois maintenant, est le temps de remède plus que de querelle et de plainte ; car voici notre mère sainte église, laque le en la peri^onne de la sainteté, qui, en son vrai et sûr époux, par bonne et vraie paix se réjouissoil par ci-devant, maintenant est contrainte de crier en grands soupirs et sangloutissemcnts, et deffermer toutes les fontaines des larmes à toi, qui es son vrai époux, à vous mes très révérends pères, qui êtes maintenant en partie de sollicitude, et ci ce sacré et œcuménique évoqué, en disant : » Ayez merci de moi singulièrement, vous qui » êtes mes amis, car mes entrailles sont toutes » remplies d’amertume, et les lions détruisent » la vigne de Dieu Sabaoth ; et la robe de Jésus- » Christ, inconsulile et entière, qui est l’église, » les très mauvais déchirent. » Maintenant donc se loue Dieu, et tous ses ennemis soient dissipés et détruits. Et loi, très saint père, comme il soit ainsi que toutes les choses dessus dites soient manifestes, publiques et si notoires que par nulle couverture elles ne se peuvent céler, défendre, ni excuser, en la vertu du très hautain, avecque ce sacré concile lève-toi, et t’émus et juge la cause de ton épouse, et aie la mémoire de l’opprobre de tes enfants. O très puissant, ceins ton épée et la mets sur la cuisse ; entends, prospère et règne ; et dis avec le Psalmiste : « Je persécuterai mes » ennemis, et ne m’en retournerai jusqu’à ce » que je les consume et dérompe, à ce que plus » ne s’élèvent, ni chéent, ni trébuchent sous » mes pieds. » Ni il n’appartient point si déraisonnable offense , ni si abominable passer sous dissimulation, afin que par aventure, présomption de malice impunie ne trouve un successeur; mais par le contraire, la transgression et deffaute punie, soit aux autres exemplaires d’eux retraire d’offenser. Et à l’exemple de Moïse, l’ami et serviteur de Dieu, doit être dit par vraie sainteté à tout le peuple chrétien : « Départez tretous des tabernacles

» et villes des mauvais. » Et aussi, a i'exemple du benoit saint, ton prédécesseur, lequel, selon le conseil général de l’église à Ephèse, ôta et renvoya Dioscorus et scs fauteurs, et ensuivant on la Calcédoine il condamna.

» Aussi, à l’exemple des souverains évêques les prédécesseurs, lesquels ont toujours exterminé et expulsé de l’église de Dieu, de la cornmunilé des loyaux chrétiens et du sacré corps de Dieu, et affligés et punis d’autres condignes et justes peines, selon que justice le requiert, tous ceux qui se sont élevés contre l’église de Dieu par héré.sies, divisions et schismes, venge donc celle nouvelle, rage, qui est en l’injure de loi et de l’église de Rome, ton épouse, et aussi en l’esclandre de tout le peuple chrétien ; venge, délie, à l’aide et approbation de ce saint, sacré et œcuménique concile; excommunie, ôte cl sépare perpétuellement des portes de l’église, par l’autorité de Dieu toutpuissant, de saint Pierre et de saint Paul et de la Trinité, tous les mauvais devant dits monstres et difformes acteurs de telle offense, avec leur hérésiarque père de hérésie', le très peslilencieux Arnédée , et nouvel antéchrist en l’église de Dieu, avec aussi tous les serviteurs adhérents et ensuivants, et singulièrement ces pervers électeurs, ou plus vraiment profanateurs. Soient donc détestés lui et tous les devants dits, comme antéchrist, destructeur et invadeur de toute la chrétienté, ni jamais à lui ni aux devants dits sur celle matière ne soit donnée nulle audience. Soient eux et leurs successeurs privés de tous degrés et dignités ecclésiastiques et mondaines, sans nulle révocation ; et que tous soient de perpe-' luelle anathématisation et excommunication condamnés Et qu’au jugement ils soient avecque les mauvais, et qu’ils sentent la fureur des benoits saints apostoles saint Pierre et saint Paul, desquels ils présument l’église confondre. Soit leur habitation faite déserte, et ne soient nuis qui habitent en leurs tabernacles; leurs enfants soient orphelins et leurs femmes veuves. Tout le monde se combatte contre eux, et tous les éléments leur soient contraires; et qu’en telle manière ils soient détestés, exterminés et abominés de tous, à ce qu’eux pourrissent en perpétuelle nécessité et nnsère; justement la mort leur soit soûlas, et vie leur

oit tourment. Et les mérites de tous les saints i les confondent ; et que sur eux démontrent )ublique vengeance; et avec Choré, Datlian et ibiron, qui furent tout vifs engloutis de la erre, ils reçoivent leur portion. El finablenent, s’ils ne se retournent et de cœur se conertissent, et fassent dignes fruits de pénitence, t satisfassent à la sainteté et à runivcrselle iglise, pour la cruauté de tant de crimes et l’offenses, avecque les mauvais et ténèbres inernales soient massés en perpétuel tourment, itlà condamnés par le digne jugement de Dieu, ül nous, et tous bons chrétiens qui avons en ibominalion les hérésiarques princes d’héréie, et leur très abominable idole, antéchrist t blasphémeur exécrables réprouvons ; et loi icaire et lieutenant de Jésus-Christ, et très ligne époux de l’église ( comme nous confesons, et par dévote révérence cl obédience réérons), la grâce de Dieu tout-puissant garde l défende par l’intercession des benoits aposoles saint Pierre et saint Paul, et en la fin, lar sa pitié inénarrable aux éternelles joies lous mène. Amen.

» Nous donc, et par la relation des gens ignés de foi, ayant aperçu si très grand’ im- ■iété avoir été commise, avons été et sommes fflictionnés de grandes douleurs et tristesses, omrne il apparlenoit, tant pour le si grand sclandre maintenant venu comme pour la lort et perdition des âmes de ceux qui comaelloienl et ont perpétré telles choses; et par pécial de celui Amédée, antipape, lequel ous avons embrassé ès entrailles de charité, uquel nous avons eu loujous cure d’exaucer es prières et requêtes tant que nous avons pu vec Dieu. El comme jà piéça, é l’encontre de elle abomination, nous ayons eu désir en noœ courage d’y pourvoir de salutaires remèdes, elon le droit de notre office de pasteur, et laintenant si publiquement en la face de église soyons requis de résister, obvier contre i cruel crime, pour la défense de l’église, le lus instamment et hâtivement que nous pourans, de peur que cette chose tant énorme et xécrable soit un sourgeon et naissance, loyennant l’aide de Dieu, de qui est la besone, radicalement à extirper avec nous, ensemle ce saint sacré conseil présent, nous avons ilenlion d’y mettre remède sans quelque dila-

lion, selon les saintes ordonnances et canoniques de l’église. Voyant donc et entendant la requête du procureur et du promoteur de ce sacré concile et de notre chambre apostolique être juste et consonnante en droit divin et humain, nonobstant que les devant dites deffaules soient si publiques et si notoires qu’elles ne se pussent, par nulle manière, couvrir ni céler; et qu’il ne seroil nulle nécessité de faire autre information, toutefois, pour plus grande certification et caulelle des choses promises, par l’approbation de ce sacré concile, nous avons commis â plusieurs hommes vaillants et nobles, d’un chacun état du concile, diligemment examiner; et ce qu’ils trouveroient par information, justement et sans faveur, ils rapporlassent à nous et à icelui sacré concile. Et par les commissaires eue très diligente inquisition, en tant qu’il appartient, de ce schisme et division, et à nous et au dit concile assem.blésen congrégation synodale les choses qu'ils auroient trouvées par l'examen de gens dignes de foi ont loyaument rapportées. El combien que par ces tant publiques, manifestes et notoires deffautes nous eussions pu, sans quelque dilalion, les dessus dits scandaliseurs et fiagilieux hommes anaihématiser et condamner, selon les saintes ordonnances, néanmoins nous à ce sacré synode, en ensuivant la clémence de Dieu tout-puissant, qui ne veut point la mort du pécheur, mais veut qu’il se convertisse et vive, avons décrété et ordonné de faire toute la douceur que nous pourrons, afin que par le proposer de la voie de douceur , ils se retournent et reculent des devant dites outrages et excès, afin qu’eux retournant â la congrégation de l’église, comme le fils prodigue bénignement nous le recevons, et par paternelle charité nous l’embrassons. Icelui donc, Amédée et antipape, ses adhérents et les recevants, ou par quchpie manière favorisant, par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, et par l’effusion et aspersion du précieux sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, auquel et par lequel la rédemption do l’humain lignage et l’édification de l’église est faite, de tout notre cœur nous enhorlons, prions et obsecrons que l'imilé d’icelle église ( pour laquelle icelui Sauveur tant instamment pria son père) dorénavant ils délaissent et désistent à violer,

CHRONIQUES D’ENGUERRAND DE MONSïREf.ET, [1439]

et que la fraternelle dilection, amour et paix ( laquelle tant de fois et si curieusement quand il dut aller de ce monde à son père par mort, il recommanda à ses disciples, et sans laquelle ni oraisons, jeûnes, ni aumônes ne sont acceptées à Dieu ) ils ne détranchent et déchirent, ains se repentent et aient honte; et que des devant dits excès, tant scandaleux et tant pernicieux, le plus tôt qu’ils pourront, iis se désistent, et ils se trouveront véritablement envers nous et envers ce sacré concile ( si alfectueusement ils y veulent comparoir, comme ils doivent et sont tenus ) reçus par paternelle charité.

» Et à fin que, si d’aventure l’amour de justice et de vertu ne les retrairoit de péché, la rigueur de discipline et les peines contraignent les devant dits Amédée, antipape, électeurs et profanateurs, croyants, adhérents et recevants, et par quelque manière approuvants, par approbation de ce conseil, nous les requérons et admonestons, sur la révérence et obéissance qu’ils doivent à sainte église, et sur la peine d’anathématisation, crimes d’hérésie et schisme, et de quelconques autres peines, et leur mandons, en commandant très détroitemen t, que, dedans cinquante jours depuis, ensuivant immédiatement après cette admonition et sentence, icelui Amédée, antipape, pour le pape de Rome dorénavant il désiste et délaisse à soi tenir et nommer, et que par autres, tant qu’il le pourra, il ne se laisse nommer, et que dorénavant il ne présume à user des signes et autres choses appartenant au pape de Rome, en quelque manière que ce soit. Et les devant dits électeurs et profanateurs, adhérents et recevants, fauteurs désormais au crime de ce schisme, ne fassent assistance, ne croient ni adhérent ou favorisent, en quelque manière que ce soit, par eux ou par autres, directement ou indirectement, ni par quelque manière, question ou couleur, mais tant icelui Amédée, antipape, comme les devant dits électeurs, créditeurs, adhérents, récepteurs et fauteurs, nous aient, reconnoissent et révèrent comme évéque de Rome, vicaire de Dieu, et de saint Pierre et de saint Paul légitime successeur; et qu’à nous, comme père et pasteur de leurs âmes, ils entendent, comparent et étudient, dedans le terme préfix, nous et ce conseil

certifier, et acertencr des choses devant dites,’

» Et autrement, si icelui Amédée, élec-ii

leurs, croyants, adhérents, récepteurs et fauteurs de\ant dits font le contraire, que jà ne* soit! et que toutes les choses et singulières devant dites ils n’accomplissent par effet de-Ji dans le terme assigné , maintenant et pour' adonc nous voulons qu’ils encourent toutes les peines devant dites. Et néanmoins voulons que les devant dits, s’ils font le contraire, pré-'i cisérnent le quinzième jour prochain ensui-'i vant après le dit terme, mais qu’il ne soit fête, et, s’il est fêle, au prochain jour ensuivant sans fêle , comparent personnellement devant nous et le devant dit concile, où nous serons pour voir et ouïr eux et chacun d’eux; lesquels nous citons par telle manière, pour les déclarer au dit jour dignes d’être punis comme hérétiques et coupables de crime de lèse-majesté, et avoir encouru et desservi les censures et peines devant dites, et outre ordonner, selon que justice requerra et sera vu bon et profitable, en certifiant iceux ensemble et chacun à part, quel qu’il soit, comparent ou non, ou qu’il se démontre avoir comparu , nous procéderons à la déclaration des peines, moyennant et selon justice. Nonobstant que leur contumace ou présence n’y soit mie requise, procédons en outre à leur aggravement et réaggravement, selon que la rigueur de justice le requerra et leurs mérites l’auront desservi. I

» Et à fin que notre monition et citation | faite en celle manière soit, demeure et vienne q à la connoissance de ceux qui sont cités et à J qui il appartient, nous ferons attacher les. i chartes et lettres de cette citation contenant aux portes de l’église de Notre-Dame-la-Nouvelle de Florence; lesquelles lettres et char- i tes, ainsi comme par leur son et publique montrance, annonceront publiquement, et démontreront comme messages, à celle fin que les admonestés n’ignorent et ne puissent montrer ni prétendre nulle ignorance ni excusation : comme il ne peut être vraisemblable que telle chose leur pût demeurer inconnue ou célée , laquelle sera ci patenlement déclarée. Nous voulons aussi et ordonnons, par l’autorité apostolique, que notre dite monition, mise aux dites portes, vaille et obtienne pleine

IJVRE SECOND.

vertu et fermeté de contraindre les dits admonestés, nonobstant quelconque constitution au contraire, comme si la dite monition avoit été à chacun des admonestés personnellement et présentialement insinuée et intimée.

» A celle fin, toutefois que les admonestés et cités à la dite excusation n’allèguent icelui concile et cour romaine, commune à chacun, et le pays et le lieu être moins sûrs pour eux, et que, pour ces causes et autres, dussent être en péril , tant en allant comme en venant et séjournant , nous les assurons , par la teneur de CCS présentes. Et tous et singuliers patriarches, archevêques , évêques et autres prélats , et clercs d’églises et de monastères, et personnes ecclésiastiques; et aussi ducs, comtes, princes et chevaliers, et écuyers, et autres officiers, de quelque état ou condition qu’ils soient, avecque leurs lieutenants; et après, toutes communautés, comme villes, chûteaux et autres lieux, nous re(juérons, par ces présentes, et exhortons, et à iceux patriarches, archevêques, évêques, et autres prélats étroitement nous mandons qu’à tous les devant dits admonestés, ou chacun d’eux , en venant à ce conseil, ou à celte dite cour romaine, en demeurant et séjournant en icelle pour l’occasion devant dite, et en retournant, à leurs personnes, biens et autres clioses, ne fassent ni souffrent faire, tant qu’ils le puissent amender, nul ennui et offense à nuis hommes. Et ne soit licite, comment qu’il soit, cette page de notre citation, monition, volonté, requête, exhortation, procès et commandement, enfreindre, ou, par présomptueuse hardiesse, aller à l’encontre. Et s’il est aucun qui présume attenter, l’indignation de Dieu tout-puissant et des benoits apôtres saint Pierre et saint Paul se connoisse avoir encouru.

» Donné A Florence , en notre publique session synodale, solennellement, en l’église Wolre-Dame-la-Neuve : en laquelle ville de présent nous sommes résidant, l’an de l’incarnation dominicale mil quatre cent trente-neuf, le dixième jour d’avril, et de notre pontificat le dixième. »

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