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CHAPITRE CCNXXIX

Commcnl le comte de Riclicmonl, connél.ible de France, prit la ville de Miaiix en Cric sur les Anglois.

En après, durant toutes ces tribulations, Arthusde Bretagne, comte de Richemont, connétable de France, assembla Jusqu’au nombre de quatre mille combatlans de gens de guerre , avec lequel étoient La Ilire, l’ioquet, le seigneur de Torsy, messirc Gilles de Saint-Simon et plus eurs autres capitaines françois, tant de gens de Champagne , l'rançois comme autres, atout lesquels il se lira, à l’entrée du mois de juillet, devant la ville de Meaux en Brie, que pour lors tenoient les Anglois. Et tout de première venue se logea à Champ- Commun, qui est un bien gros village; cl bref après ensuivant, lit assiéger une bastille devant icelle ville de Meaux, devant la porte de Saint-Rerny ; et après fil loger ses gens en ral>baye de Sainl-Pharon , aux Cordeliers cl en autres divers lieux de la dite ville. El tantôt après fut mise une bastille en l’ile, vers la tour de Coutancc; et il en fut faite une encore par messire Denis de Chailly, à la porte de Cormillon , vers la Brie; et depuis en furent faites cinq on deux îles , vers la tour de Sulpice , contre le marché, qui loules furent fournies de gens de guerre.

En outre furent dressés plusieurs gros engins contre les jiorles et murailles de la dessus dite ville, qui très fort la dommagèrent. Et tant en ce fait continuèrent qu’en la fin de trois semaines le dessus dil connétable de France et ses capitaines conclurent l'un avec l’autre de faire assaillir icelle ville par leurs gens d'armes, qui on étoient en moult grand’ volonté. Duquel assaut elle fut prise et con-

quise à peu de perle de leurs gens. Et fut pris dedans icelle le billard de Tliien, lequel (aulôt aprùs eut le hAterel coupé, et avecque lui un gentilhomme nommé Carbonnel de IJaule , avecque aucuns autres ; et si furent morts des dessus dits assiégés , tant en défendant leurs gardes comme eux retrayant au marché, environ le nombre de soixante hommes, et de quarante à cinquante prisonniers, parmi les deux dessus dits. Après laquelle prise le dessus dit connétable, et la plus grand’ partie de ses dites gens , se logea dedans la dite ville ; toute¬

fois demeurèrent gramment de gens en au¬

cunes des dites bastilles. Si étoient dedans le marché de Meaux, pour chefs de la part des Anglois, messire Guillaume Chambellan, messire Jean Rippelay et aucuns autres, environ cinq cents combattants. Et par avant, devant la venue d’icelui siège , avoient envoyé certains messages de leurs gens à Rouen pour signifier la venue des dits François, leurs adversaires, en requérant aux commis du roi Henri d’Angleterre qu’ils fussent secourus au plus bref que bonnement faire se pourroit.

Pour lequel secours bailler, le comte de Cambregeh, qui lors avoit la charge, de par icelui roi d’Angleterre, de la garde et gouvernemeht de la duché de Normandie, et avec lui messire Jean de Talbot, le seigneur de Fauquemberge, messire Richard d’Oudeville • et aucuns autres capitaines anglois, accompagnés de quatre mille combattants ou environ, se mirent à chemin sur intention de lever le dit siège et chevauchèrent tant qu’ils vinrent dedans la ville de Meaux. Dedans laquelle le dessus dit connétable, sachant icelle venue, avoit fait retirer ses gens et ses habillements de guerre, qui très bien leur vint à point; car pour vrai s’ils eussent été trouvés aux champs, il y eût eu grand meschef d’un côté et d’autre. Et vous dis que les Anglois ne désiroient autre chose que de trouver les dits François pour les combattre; et de ce firent plusieurs requêtes par leurs officiers d'armes au dit connétable, qui ne leur vouloit accorder. Et entre-temps furent faites aucunes escarmouches entre les parties; à l’une desquelles les dits Anglois gagnèrent sur les François bien vingt bateaux de

vivres et d’autres biens ; et d’autre part fut abandonnée une bastille que tenoil le seigneur de Moy.

En après , assaillirent iceux Anglois et pri- ■ rent de fait une autre bastille qui étoiten l’île auprès du marché , dedans laquelle furent morts de cent à six vingt hommes du parti des François, et les autres furent prisonniers. Durant lequel temps, les dessus dits Anglois, voyant que les François n’avoient point volonté de les combattre, et aussi qu’il leurétoil impossible de les grever dedans leur fort, se disposèrent de retourner en Normandie, après qu’ils eurent rafraîchi leurs gens qui étoient au dit marché de Meaux.

Si se départirent de Meaux , et par la mênritj marche dont ils étoient venus s’en retournèrent au dit pays de Normandie. Après lequel département, le dit connétable et ses gens s’efforcèrent derechef moult fort de guerroyer et combattre ceux du dessus dit marché par divers engins; et tant en ce continuèrent que environ trois semaines après ensuivant, le dit sire Guillaume fil traité avec le dit connétable, pour lui et pour ses gens, par telle condition qu’ils s’en iroient, saufs leurs vies et leurs biens. Lequel traité conclu et fini, leur fut donné bon et sûr sauf-conduit ; et s’en allèrent à Rouen, oû le dit capitaine fut fort reproché de ceux qui avoient le gouvernement; et de fait fut mis prisonnier au châtelde Rouen, pour tant qu’il avoit si tôt rendu icelui marché de Meaux, qui étoit bien garni de vivres et aussi d’habillements de guerre, et si étoit aussi une des fortes places du royaume de France. Néanmoins, depuis , il trouva manière de lui excuser vers les seigneurs de son parti, par lesquels il fut mis à pleine délivrance. Au temps dessus dit, fut décapité et écartelé un gentilhomme nommé Jean de La Fange, qui étoit au connétable de France, pour ce qu’il fut trouvé coupable d’avoir pourparlé avecque les Anglois sur aucunes besognes qui étoient préjudiciables au roi de France et à sa seigneurie. Si fut pour lors aussi écartelé avecque le dit Jean de La Fange un sergent du Châtelet de Paris.

* Wood ville.

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